Académie royale de Médecine de Belgique

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Raymond Reding, membre titulaire

TRANSPLANTATION HÉPATIQUE PAR DONNEUR VIVANT

par Raymond REDING (UCLouvain).          

A l’inverse des greffes rénales pratiquées à partir d’un donneur vivant dès les années cinquante, il faut attendre la fin de la décennie 80 pour voir les premières transplantations hépatiques par don vivant, d’abord en greffe pédiatrique vu la simplicité relative de pratiquer une lobectomie hépatique gauche chez le donneur. Cette approche thérapeutique a fait l’objet d’une analyse éthique approfondie, qui, une fois n’est pas coutûme, fut publiée préalablement à l’initiation du premier programme clinique organisé à l’Université de Chicago (1). La technique s’est rapidement propagée au Japon (où elle constitue toujours aujourd’hui la principale source de greffons hépatiques), puis en Europe (où la pénurie d’organes post-mortem à destination pédiatrique ne fait que s’accentuer). Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, le démarrage du programme revient au Pr. J.-B. Otte, et plus de 450 greffes hépatiques pédiatriques par donneur vivant (parental pour l’immense majorité) ont été réalisées depuis 1993. Les bons résultats en terme de sécurité des donneurs et de survie des receveurs ont pu être consolidés suite à une sélection minutieuse des candidats au don, et au raffinement des techniques chirurgicales pédiatriques notamment pour les reconstructions portale et artérielle. A l’inverse de la pédiatrie, en greffe hépatique adulte, l’utilisation de donneurs vivants se heurte à deux grands obstacles souvent rédhibitoires: (1) le risque chirurgical de pratiquer une hépatectomie droite notablement accru pour le donneur; (2) l’insuffisance du volume hépatique transplanté en cas d’utilisation du foie gauche. Ces risques ont largement contribué à une réduction drastique de ces interventions, voire à l’arrêt des programmes dans de nombreux centres occidentaux. Récemment, l’introduction de nouvelles indications de greffe, dont la transplantation pour métastases hépatiques, a dynamisé l’innovation technique, notamment la procédure associant une hépatectomie séquentielle (en deux temps) et l’implantation d’un greffon hépatique gauche de donneur vivant (premier cas réalisé aux Cliniques Saint-Luc en 2019). Dans ce contexte, la recherche translationnelle concernant la régénération hépatique connait de nouveaux développements.

(1) Ethics of liver transplantation with living donors. Singer PA, Siegler M, Whitington PF, Lantos JD, Emond JC, Thistlethwaite JR, Broelsch CE. New England Journal of Medicine 1989, 321: 620-2.