Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et résumé François Jamar


RADIOTHÉRAPIE MÉTABOLIQUE : BÉNÉFICES ET RISQUES ?  

par François JAMAR (Service de Médecine Nucléaire – UCLouvain), invité.      

A côté des applications diagnostiques de la Médecine nucléaire, les radionucléides peuvent aussi être utilisés à des fins thérapeutiques sous la forme d’une radiothérapie interne.  Celle-ci tire profit de la capacité de certains tissus malades de capter et concentrer un médicament radioactif  avec une grande spécificité par rapport à la plupart des organes normaux. L’application la plus courante est l’administration de radioiode (I-131) dans les pathologies thyroïdiennes (hyperthyroïdie, goitres nodulaires et cancer différencié). Par son tropisme particulier pour les cellules thyroïdiennes différenciées, l’iode radioactif est capable de délivrer aux cellules malades une forte dose de rayonnement béta qui va conduire à la mort de ces cellules et à la guérison du patient. L’I-131 est utilisé à cet effet depuis la deuxième guerre mondiale avec un succès inégalé dans le traitement du cancer thyroïdien dérivé des cellules folliculaires. Il permet d’éradiquer les résidus tumoraux après chirurgie (traitement ablatif) et même, souvent, de venir à bout d’une maladie métastatique, en particulier au niveau pulmonaire. Les risques liés à ce traitement sont limités, tant en fréquence qu’en intensité. La crainte du développement de cancers secondaires, par effet aléatoire, est justifiée mais de tels effets n’ont jamais été établis pour les doses habituellement utilisées. Il n’empêche qu’au cours des deux dernières décennies, tous les efforts ont été déployés pour limiter au maximum les activités utilisées, tout en garantissant l’efficacité de ce traitement.

D’autres approches thérapeutiques basées sur le même principe sont aujourd’hui utilisées par exemple dans les tumeurs neuroendocrines (peptides se liant aux récepteurs pour la somatostatine), les tumeurs prostatiques avancées (ligand du récepteur PSMA), les métastases osseuses douloureuses (radium-223) ou encore les tumeurs hépatiques primitives ou secondaires non résécables, par injection dans l’artère hépatique de microsphères marquées à l’yttrium-90. Ces différents traitements comportent un risque d’effets secondaires, comme la plupart des traitements oncologiques : chaque indication doit être soigneusement évaluée et justifiée.

Enfin, une particularité de ces traitements est que le patient traité devient  lui-même une source d’irradiation potentielle pour son entourage, le public et l’environnement. Afin de limiter ce risque, des mesures sont prises en sorte que la dose reçue par quiconque ne dépasse pas la limite de dose établie par le législateur pour le public (1 mSv). Ces mesures peuvent inclure une hospitalisation avec isolement, la récolte des urines, et le respect par le patient de consignes visant à restreindre ses contacts pendant une certaine durée et à éviter toute contamination. Au niveau belge, ces consignes ont été développées et diffusées en particulier par le Conseil supérieur de la Santé.