Académie royale de Médecine de Belgique

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Discours Pierre Coulie, Président élu pour 2019

Madame la Présidente,

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Chers Collègues,

Mesdames et Messieurs,

Merci tout d’abord pour votre confiance.

J'entame cette année de présidence parmi vous avec une relative sérénité. Relative car mes autres activités professionnelles tournent encore à plein régime, mais sérénité car je ne suis pas seul. C'est un véritable plaisir de travailler avec la présidente Madame la Professeure Danielle Balériaux et sous la houlette de notre Secrétaire perpétuel le Professeur Jean-Michel Foidart. C'est à leur initiative et grâce à leurs énergie et dévouement que se tiendront d'ailleurs très prochainement deux événements remarquables:

Le mardi 29 janvier la réception comme membre étranger de la Professeure Emmanuelle Charpentier, en présence de SAR la Princesse Astrid.

Le mardi 12 février l'accueil de Sa Majesté la reine Mathilde au titre de membre d'honneur de nos académies royales de médecine francophone et néerlandophone.

Par ailleurs je me réjouis de travailler cette année au Bureau de l'Académie avec Jacques Crommen et Georges Casimir, ainsi qu'avec Isabelle Salmon, André Scheen et mon collègue et ami Benoît Lengelé. Je sais que nos séances de travail seront aussi cordiales qu'efficaces.

Enfin, après avoir participé à la gestion de l'Académie sous les présidences de Willy Malaisse, Jean-Bernard Otte, Jacques Boniver, Jacques Brotchi, Jacques Melin, Gustave Moonen et bien entendu Danielle Balériaux, - quel éventail de qualités et de compétences!-  je songe à nos Secrétaires perpétuels János Frühling et Augustin Ferrant. Avec la complicité du président Louis Hue ils m'ont attiré ici. Ils ne sont plus, ou simplement pas là aujourd'hui. Ils se sont dévoués sans compter pour l'Académie et nous leur devons beaucoup.

Je partage avec vous quelques bien modestes pensées, autour de trois mots: émerveillement, prudence, optimisme. Adolescent, j'étais naïvement fasciné par les sciences, et en particulier par le fonctionnement du corps humain. Aujourd'hui, un peu plus au fait de la question, je reste émerveillé par les progrès accomplis et à venir. Nous avons tous connu de véritables révolutions dans nos disciplines. L'imagerie du système nerveux central est un bon exemple qui nous a été récemment exposé ici avec brio. Les progrès fulgurants du séquençage de l'ADN mettent à notre disposition des quantités et des qualités d'information peu imaginables il y a seulement 30 ans. Internet rend aujourd'hui accessibles quasi toutes les connaissances à quiconque, partout et en tout temps. Avec un smartphone -maintenant au Larousse- le monde et nos proches sont dans notre poche. N'est-ce pas merveilleux? Il n'y a jamais eu autour de nous autant de science, de compréhension du monde et de la vie, d'amélioration de la santé humaine, et maintenant de techniques pour nous aider dans des tâches intellectuelles d'augmentation des connaissances.

Mais dans le même temps, jamais autant de défiance vis-à-vis de connaissances bien établies: théorie de l'évolution, anthropocène et modification du climat, ou intérêt de la vaccination. Cette défiance n'est pas neuve: par exemple la vaccination a, dès l'origine, fait l'objet de bien des résistances. Prudence donc quant à notre espoir que ce qui est scientifiquement prouvé soit accepté par tous. Autres incitants à la prudence, voire à l'inquiétude pour le chercheur que je suis, la réglementite aigüe. Nous ne sommes pas les seuls à la subir. Dans leur livre récent 'Capitalism in America', Alan Greenspan et Adrian Wooldridge citent ce même élément comme facteur de déclin de l'économie américaine. Je les cite: 'The third problem is the growth of regulation, which acts as a tax on entrepreneurs' two most valuable resources, their time and their ability to try new things.' Remplacez dans cette phrase 'entrepreneur' par 'chercheur' et cela s'applique parfaitement à ce que nous vivons. Il y a bien d'autres raisons de tempérer notre émerveillement. Beaucoup sont régulièrement mentionnées ou discutées dans ce palais. Vous les connaissez. Le professeur de Duve, dans ses derniers livres, était plutôt pessimiste sur l'avenir de l'humanité dans sa trajectoire actuelle, qu'il expliquait être le résultat d'une sélection naturelle.

Mais à notre petite échelle d'académie de médecine, nous devons être lucides et optimistes. Notre lucidité peut se nourrir de nos diverses séances, qui sont des événements didactiques et conviviaux. Mais cet optimisme lucide doit être communicatif, donc communiqué. La communication vers le grand public dans les sciences médicales, et surtout en santé publique, est un art difficile. La communication par l'Académie est une préoccupation de notre Secrétaire perpétuel et je le rejoins. La communication vers les jeunes, car, chers collègues académiciens, nous ne sommes plus l'avenir, c'est l'éducation. La plupart d'entre nous sommes impliqués dans l'enseignement. Dans les cursus d'études auxquelles je participe, je suis frappé de voir l'augmentation des connaissances à mémoriser, alors qu'elles sont accessibles dans notre poche, et le peu d'apprentissage du doute cartésien et du raisonnement avec la rigueur et l'honnêteté intellectuelle qu'essaient d'observer les scientifiques.

Je vous remercie pour votre attention et vous souhaite à toutes et tous une excellente année 2019 à l'Académie royale de Médecine de Belgique.