Académie royale de Médecine de Belgique

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Géraldine Brichant. Médaille de l'Académie. Prix Lucien Deloyers (2016-2017) - Présentateur + Résumé


PRIX LUCIEN DELOYERS

(PÉRIODE 2016-2017)

PRÉSENTATION DE Mme LE Dr G. BRICHANT,

MÉDAILLE DE L'ACADÉMIE DANS LE CADRE DU PRIX LUCIEN DELOYERS (2016-2017)

par

M. LAMY, membre honoraire

Dans son travail original, le Dr Géraldine Brichant a évalué l’hétérogénéité de distribution de deux protéines régulatrices-clés des récepteurs des oestrogènes et de la progestérone, au niveau de lésions d’endométriose infiltrante profonde, prélevées chez des patientes non traitées ou sous l’influence de différents traitements hormonaux.

Cette hétérogénéité de distribution des récepteurs hormonaux pourrait expliquer pourquoi les traitements endocriniens ne permettent pas de traiter efficacement cette pathologie sévère qu’est l’endométriose infiltrante profonde. D’où la nécessité de recourir à des techniques chirurgicales pour soulager les patientes qui représentent environ 10% de la population féminine en âge de procréer. Ces patientes souffrent de symptômes très invalidants : douleurs pelviennes chroniques, dysménorrhée, dyspareunie et/ou infertilité.

Compte tenu du caractère prometteur et des perspectives d’avenir de ce travail au sein d’une équipe de recherche performante et s’adressant à un nombre considérable de femmes, le jury unanime propose d’attribuer au Dr Géraldine Brichant la médaille de notre Académie.

Je vous remercie pour votre attention.

 

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MÉDAILLE DE L’ACADÉMIE DANS LE CADRE DU PRIX LUCIEN DELOYERS

(PÉRIODE 2016-2017)

Mme le Dr Géraldine BRICHANT (ULg).

Mémoire : « L’hétérogénéité de la distribution des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone dans des lésions d’endométriose profonde infiltrante chez des patientes en cycle naturel ou après une exposition à différents traitements ».

Mme Patricia NERVO, Pr Adelin ALBERT, Mme Carine MUNAUT, Pr Jean-Michel FOIDART et Pr Michelle NISOLLE, collaborateurs).

L’endométriose est une maladie caractérisée par le développement de cellules stromales et épithéliales endométriales en dehors de la cavité utérine 1. Cette pathologie concerne 6 à 10% de la population féminine en âge d’avoir des enfants2. Les trois types de lésions décrites (ovarienne, péritonéale et profonde infiltrante (DIE)) doivent être considérés comme trois entités distinctes d’une même maladie3. Située cinq mm sous la surface péritonéale, la DIE présente des caractéristiques histologiques différentes des deux autres. Elle est entourée de fibrose au sein de laquelle des cellules musculaires lisses sont mises en évidence 4,5. La DIE est fréquemment associée à de la douleur pelvienne chronique (DPC), de la dysménorrhée, de la dyschésie, de la dyspareunie et de l’infertilité6. Si ces lésions inflammatoires sont bénignes, elles présentent toutefois des caractéristiques typiquement associées aux pathologies néoplasiques telles que l’invasion locale et la résistance à l’apoptose7.

La DIE répond de manière très variable à l’hormonothérapie. Il est difficile de prédire le succès de celle-ci pour une patiente donnée. La démonstration récente de mutations des gènes conducteurs de cancer dans certaines cellules épithéliales endométriales ectopiques suggère une hétérogénéité fonctionnelle de ces lésions.

Afin d’évaluer l’hétérogénéité phénotypique des cellules dans les lésions de DIE, nous avons évalué l’expression du récepteur aux oestrogènes∝ (ER∝) et du récepteur de la progestérone (PR) dans les lésions de DIE de patientes traitées (par progestatifs, oestroprogestatifs ou agonistes de la GnRH) ou non. Nous avons évalué la hauteur épithéliale (HE), l’immunomarquage épithélial (IRS) et stromal (SSI). Si dans l’endomètre eutopique, toutes les cellules répondent de manière synchrone à la stimulation hormonale (XXX), nous avons observé dans les DIEs une grande variabilité de réponse au sein d’une même glande, entre les glandes d’une même patiente et entre les patientes recevant le même traitement.

Nos résultats ont montré que la variabilité dans la HE est principalement due à l’hétérogénéité épithéliale dans une glande, ensuite à la glande sélectionnée au hasard de l’échantillon et finalement au traitement de la patiente. La variabilité dans les scores IRS et SSI est principalement due à leur hétérogénéité chez une même patiente et, dans une moindre mesure, à la variabilité entre les patientes. Les scores de HE et SSI ne sont pas significativement différents quel que soit le traitement.

Cette hétérogénéité dans la distribution de ER∝ et PR peut expliquer en partie pourquoi les traitements endocriniens sont incapables de traiter l’endométriose profonde chez toutes les patientes et que les symptômes récidivent rapidement dès leur arrêt.

1.  SAMPSON J.A., Metastatic or Embolic Endometriosis, due to the Menstrual Dissemination of Endometrial Tissue into the Venous Circulation, Am. J. Pathol.3:93-110 43, 1927.

2.   GIUDICE L.C., KAO L.C., Endometriosis, Lancet 364:1789-99, 2004.

3.  NISOLLE M., DONNEZ J., Peritoneal endometriosis, ovarian endometriosis, and adenomyotic nodules of the rectovaginal septum are three different entities, Fertil Steril; 68:585-96, 1997.

4.  CORNILLIE F.J., OOSTERLYNCK D., LAUWERYNS J.M., KONINCKX P.R., Deeply infiltrating pelvic   endometriosis: histology and clinical significance, Fertility and sterility; 53:978-83, 1990.

5.   ITOGA T., MATSUMOTO T., TAKEUCHI H., et al., Fibrosis and smooth muscle metaplasia in rectovaginal endometriosis, Pathol. Int.;53:371-5, 2003.

6.   BERKLEY K.J., RAPKIN A.J., PAPKA R.E., The pains of endometriosis, Science; 308:1587-9, 2005.

7.  SAMARTZIS E.P., SAMARTZIS N., NOSKE A., et al., Loss of ARID1A/BAF250a-expression in endometriosis: a biomarker for risk of carcinogenic transformation?, Mod. Pathol.; 25:885-92, 2012.