Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion du rapport de la Commission chargée d'étudier la question de l'examen d'entrée à l'Université

M. F. Schoofs. – Il me semble que le nouveau texte est moins sévère que celui qui a fait l’objet de précédentes discussions.

                M. Weekers avait proposé que chaque candidat devrait exhiber, lors de son entrée à l’Université, le bulletin des cotes qu’il avait obtenues dans les diverses branches de l’enseignement moyen. Si je ne me trompe, il n’en est plus question dans le nouveau texte qui nous a été communiqué.

                M. L. Weekers. -  Je suis toujours partisan du bulletin récapitulatif. Je dois quelques mots d’explication à ce sujet.

                En matière d’élevage, devenu une véritable science, on utilise judicieusement les pédigrées. Le carnet médical permet de se rendre compte de la santé d’un sujet, mieux qu’un examen isolé.

                Pourquoi ne pas procéder de même pour les valeurs intellectuelles ? On se rendrait mieux compte ainsi de la formation générale préalable d’un étudiant.

                Les membres très éminents composant la commission n’ont pas agréé ma proposition.

                M. F. Schoofs. – Je vous remercie de vos explications.

                M. R. Bruynoghe. – Nous allons donner partiellement satisfaction à M. Weekers. En effet, d’après le nouveau texte, le chef d’établissement d’enseignement moyen doit émettre un avis en tenant compte des études faites par l’élève. Cette appréciation ne vaut-elle pas celle que nous aurions après l’examen d’un candidat ? Peut-être ne regarderions-nous même pas le bulletin récapitulatif.

                M. L. Weekers. – En réalité, ce ne serait pas la même chose. Grâce au bulletin, on se rendrait mieux compte des résultats obtenus par l’élève pendant toute la durée de ses études moyennes. On inscrirait encore dans la suite dans le bulletin les résultats des examens universitaires. Certains interrogateurs demandent parfois aux récipiendaires quels grades ils ont obtenus précédemment. Cette information ne me paraît pas inutile.

                M. J. Bartholomé. – S’il est question de demander les points obtenus par les élèves au cours de leurs études d’humanités, ne pourrait-on décider que, par exemple, l’accès de cours scientifiques sera défendu à ceux qui n’ont pas eu au moins les 6/10 en mathématiques et pour le reste les 5/10 des points.

                M. J. Bordet. – Quelques changements ont été apportés au cours de la dernière séance de la Commission. J’avoue que certains points me laissent encore un peu hésitant.

                Il y a, par exemple, la question des doubleurs. Il a été admis qu’un jeune homme, échouant en juillet et en octobre, ne pourrait plus se représenter qu’au jury central. Mais, qu’adviendra-t-il de l’étudiant ayant échoué en juillet et qui ne se présente pas en octobre ? On peut demander tout de même si le récipiendaire qui a échoué et en juillet et en octobre doit être éliminé. Ne vaut-il pas mieux échouer à deux examens consécutifs que ne pas se représenter en octobre après avoir échoué en juillet. Or, l’étudiant qui aura adopté cette seconde attitude pourra doubler, tandis que celui qui aura affronté sans succès les deux épreuves de juillet et d’octobre, ne le pourra pas. Cela n’est pas équitable.

                Il y a aussi une modalité que je ne trouve plus dans le nouveau projet. Il est entendu que les professeurs de l’enseignement moyen feront une sorte de rapport sur les aptitudes des jeunes gens qui vont se présenter à l’université, notamment sur la façon dont ils peuvent résumer une conférence.

                Cependant, si un professeur de l’enseignement moyen est trop sévère ou mal disposé envers un élève déterminé, il refusera de lui donner ce certificat. La Commission avait prévu la possibilité d’un appel, sous forme d’un examen d’entrée à l’université même. Je me demande si la suppression de cette disposition est opportune.

                M. L. Weekers. – L’intervention de M. Bordet montre qu’il persiste un malentendu entre nous.

                Dans mon esprit, tous les élèves ayant obtenu le certificat d’études moyennes complètes du degré supérieur, témoignant qu’ils ont suivi cet enseignement avec fruit, auraient le droit de se présenter à l’université.

                M. J. Bordet. – Ce n’est pas ce que l’on comprend à la lecture du nouveau texte.

                M. L. Weekers. – L’appréciation du chef d’enseignement moyen n’est qu’une information supplémentaire, permettant aux professeurs d’université, qui interrogeront en première année, d’être instruits sur la formation générale du récipiendaire. Mais, je le répète, il est bien entendu que tous les élèves, qui ont suivi l’enseignement moyen avec fruit, auraient le droit de se présenter à l’examen universitaire de première année. Il ne me paraît donc pas nécessaire de prévoir, pour eux, une juridiction d’appel.

                M. J. Bordet. – D’accord ! Mais il faut-il admettre que les élèves qui ont échoué à l’université en juillet et en octobre sont définitivement éliminés, tandis que ceux qui ne se représentent pas en octobre peuvent doubler ?

                M. L. Weekers. – C’est à mon corps défendant qu’a été introduite, dans le texte nouveau, la disposition autorisant ceux qui ont échoué en juillet de se représenter en octobre, puis encore au jury central.

                Nous devons savoir ce que nous voulons. Actuellement, il y a des sujets médiocres qui finissent par obtenir  un diplôme qu’ils ne méritent pas. Nous voulons les éliminer précocement et définitivement. Un crible est nécessaire. Nous pensons que sa place est au début des études universitaires. On nous dit bien que de bons éléments se révèlent tard. C’est vrai, mais c’est l’exception. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, le crible doit être sévère. Nous recherchons précisément la formule la plus efficace et la plus juste.

                M. E. Renaux. – J’ai l’impression que M. Weekers n’a pas répondu à la question précise posée par M. Bordet : Que faites –vous des étudiants ayant échoué en juillet, et qui  ne se représentent plus en octobre ?

                Un jeune homme peut ne pas s’être représenté en octobre pour une raison sérieuse, par exemple pour motif de santé. Peut-il doubler ? Ne peut-il plus se présenter qu’au jury central ? Il faut que, pour chaque cas particulier, nous connaissions la solution préconisée.

                M. L. Weekers. – C’est une question de détail qui ne peut entraver en rien le but à atteindre : éliminer les inaptes tout au début des études universitaires.

                Il me paraît préférable d’arrêter les inaptes déjà après un seul échec mais on peut, si on en décide autrement, leur laisser une deuxième chance à leur choix, à une autre session ou au jury central.

                M. le Président. – Il résulte de la discussion qu’on ne propose aucune modification sensible au nouveau texte de la Commission. Peut-être pourrait-on y intercaler la suggestion de M. Bordet ?

                M. R. Bruynoghe. – On pourrait dire : l’étudiant peut se présenter deux fois à l’épreuve de première année, mais il ne peut plus suivre les cours ; s’il échoue encore la seconde fois, il peut se présenter au jury central.

                Cet élève pourrait donc étudier chez lui, pour être prêt l’année suivante. Donnez-lui donc la possibilité une seconde fois sans spécifier à quel moment.

                M. F. Albert. – Si je comprends bien M. le Secrétaire perpétuel, les étudiants pourraient se présenter à l’examen de première année en juillet, puis l’année suivante en juillet ou en octobre, ensuite encore l’année suivante au jury central ? En réalité, de cette façon, ils pourraient préparer pendant trois ans l’examen de première année.

                M. J. Bordet. – Mais alors ils ne sont plus à l’université, et ils n’encombrent plus les cours de première année.

                M. F. Albert. – Peut-être, mais je pensais que le désir était d’arrêter au plus tôt les incapables en première année et vous leur accorderiez trois ans pour préparer cet examen de première année.

                M. J. Bordet. – On pourrait peut-être dire : ils peuvent disposer de deux ans pour satisfaire à l’examen de première année.

                M. L. Weekers. – N’est-il pas plus simple d’employer cette phrase : ils pourront se présenter deux fois ?

                M. le Président. – Il me semble que sous cette forme le texte paraît satisfaisant, et nous pourrions le mettre aux voix.

                M. J. Bordet. – Quelle est la rédaction définitive proposée ?

                M. le Secrétaire perpétuel. – Disons : le récipiendaire peut se présenter deux fois à l’examen de première année…

                M. L. Weekers. – Cette disposition, que nous estimons opportune, n’a rien de révolutionnaire. Je vous rappelle qu’un arrêté du Régent, datant de 1946, stipule que, durant tout le cours des études universitaires, les étudiants ne peuvent se présenter que trois fois à un même  examen. C’est bien, mais il faut chercher à faire mieux, de façon qu’à un examen de première année on ne puisse se présenter qu’une ou deux fois.

                M. J. Bordet. – Dans l’arrêté du Régent, comme dans la proposition qui est faite ici, il est question du nombre de fois qu’on peut se présenter à l’examen. Or, ce qui importe surtout, c’est de déterminer le temps total qu’on peut mettre pour faire telles ou telles études. Si vous dites, par exemple, que l’étudiant ne peut se présenter que deux fois à l’examen de première candidature, cela signifie que, s’il a échoué en juillet et en octobre, il est éliminé.

                Il faut mieux spécifier que le temps total que l’élève peut consacrer à l’étude des branches de première année ne peut pas excéder deux ans, c’est-à-dire que l’élève peut doubler mais non pas tripler. L’arrêté du Régent, lui, permet de tripler. Je propose donc d’insérer dans le texte que pour le premier examen universitaire on ne pourra que doubler ; donc ici je suggère deux ans au lieu de trois.

                M. le Président. – Dans ces conditions vous n’éliminez pas les doubleurs.

                M. J. Bordet. – Non ! Nous avons consulté à ce sujet les professeurs de l’université de Bruxelles. Un professeur a répondu qu’il y avait parfois de bons sujets parmi les doubleurs. Ils ne sont pas nombreux certes, mais il y en a.

                M. E. Renaux. – Il ne faut pas enlever à l’épreuve de première année toute sa valeur, par des atténuations successives. Nous devons trouver une solution raisonnable, mais pas trop large.

                M. J. Bordet. – Je suggère : défense de tripler, mais permission de doubler.

                M. E. Renaux. – Les deux épreuves de première année et celle du jury central devraient donc, d’après vous, se passer en deux ans au maximum ?

                M. J. Bordet. – Oui !

                M. L. Weekers. – Le plus simple serait de dire que les étudiants ne peuvent se présenter que deux fois à l’examen de première année d’université, sans spécifier quand ces deux examens seront passés. Si un élève est malade en octobre, on peut tolérer qu’il se représente l’année suivante.

                M. le Président. – Avec cette modification, le texte semble rencontrer l’assentiment de l’assemblée. Je le mets donc aux voix.

                - Le texte de la Commission, ainsi modifié, est adopté à l’unanimité.

Texte complet des propositions adoptées par l’Académie.

                La Commission était composée de MM. J. Bordet, P. Nolf, R. Bruynoghe, H. De Waele, L. Weekers, G. Leboucq, P. Gérard, J. Firket, J. Roskam et A. Castille.

                Tout étudiant se présentant à un examen universitaire de première année est tenu de communiquer au jury, en plus de son certificat d’études moyennes complètes du degré supérieur, l’appréciation finale du chef de l’établissement qui a délivré ce certificat. Celui-ci sera d’ailleurs informé, à la fin de la première année, du résultat obtenu par les élèves auxquels il a délivré le certificat en question.

                Son appréciation sera basée :

                1°) sur les études antérieures ;

                2°) sur une épreuve permettant de juger de l’aptitude de l’étudiant à assimiler et à résumer le compte rendu d’une conférence faite au cours du dernier trimestre dans l’établissement même.

                En cas d’échec au premier examen auquel il se présente après la première année, le récipiendaire ne peut plus se présenter qu’à une seule autre session et n’est pas autorisé à suivre à nouveau les cours.

                S’il échoue encore, son élimination est définitive. Il lui sera interdit de se présenter pour le même examen dans une autre université. Il est toutefois autorisé à se présenter une seule fois pour la même épreuve devant le Jury Central du Gouvernement.

                Il lui est toujours permis de s’inscrire à l’université pour des études autres que celles pour lesquelles il a échoué.

                Séance du 24 avril 1948.