Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge académique de feu le Professeur Henri Firket, membre honoraire, par le Pr Jean-Michel Foidart, Secrétaire perpétuel


Chère Madame Firket,

Chers membres de la famille,

Monsieur le Président,

Chers Consœurs et Confrères,

Mesdames, Messieurs,

C’est avec une grande émotion, chargée de souvenirs, que je prends, ce matin, la parole pour évoquer la mémoire du Professeur Henri Firket.

Henri Firket est né le 31 mars 1922. Elu membre honoraire régnicole de notre Compagnie, le 27 novembre 1999, il  est décédé, le 27 février 2017.

Il fut diplômé Docteur en Médecine, par l’Université de Liège en 1947 et Agrégé de l’enseignement supérieur en 1958. Il enseigne à l’Université d’Elisabethville de 1957à 1961. Il perpétue ainsi une tradition familiale. Son grand-père, Charles Firket fut en effet chargé par Léopold II de participer à la création d’un enseignement, en Belgique,  des pathologies tropicales. Son père Jean Firket, Professeur à l’Université de Liège fut chargé de choisir l’emplacement de la future Université Officielle de la Belgique au Congo. Il décida de la créer à Elisabethville. Il en fut administrateur. Henri Firket devint un des jeunes professeurs à la Faculté de Médecine d'Elisabethville où son enseignement fut hautement apprécié.

A son retour en Belgique en 1962, il est nommé Agrégé de Faculté, à l’Université de Liège,  jusqu’en 1966.  Il devient ensuite  Chargé de Cours puis Professeur Associé. Il est promu Professeur puis Professeur ordinaire en 1975. Il est admis à la retraite en 1987. J’ai eu l’honneur de prendre sa succession à la chaire de biologie cellulaire de l’Université de Liège.

Pour l’exercice de son métier d’universitaire,  le Professeur Firket, possédait un double talent. Le premier– est celui d’enseignant, celui de captiver un auditoire parce que son discours était clair et structuré, parce que la matière enseignée était vivante, appréciée, par de jeunes étudiants de première candidature. La découverte de la biologie des cellules, des organismes et des populations était infiniment plus attrayante que les concepts abstraits de la chimie ou de la physique.

Son deuxième talent était celui de chercheur. C’est au contact du Professeur Marcel Florkin qu’il s’initie pendant ses études aux mécanismes moléculaires associés aux grandes fonctions cellulaires.  Mais c’est dans le laboratoire du Professeur Maurice Chèvremont, qu’il fait ses premières armes de chercheur.  Son œuvre scientifique trouve son inspiration du côtoiement de ses deux  maîtres. Elle  concerne les relations entre morphologie, composition et activités cellulaires. Il étudie la mitose et exploite les poisons mitotiques pour en caractériser le mode d’action et les phases de la mitose.

Il est un des premiers, à introduire avec W. Verly,  l’usage de la thymidine tritiée pour étudier la mitose et développer la cinétique cellulaire. Il étudie également l’impact des radiations sur la cinétique cellulaire. Ces travaux auront une influence considérable sur son activité lors de son admission à la retraite.  Ces articles pionniers sont publiés quatre fois dans la revue  «  Nature », et dans « Journal of Cell Biology ». 

A partir de 1962, il développe à Liège, la microscopie électronique appliquée à la pathologie et aux cellules in vitro. Il étudie particulièrement, les réactions lymphocytaires aux cellules cancéreuses.

Il effectua de nombreux séjours de longue durée dans des laboratoires étrangers de biologie cellulaire, d’histologie endocrine, et de microscopie électronique.

Citons les services du Professeur Danielli à Londres en 1950, du Professeur Aron à Strasbourg en 1952, du Professeur Leuchtenberger, à Cleveland Ohio, en 1953-54, et Bernhard à Paris en 1961-62.

Son œuvre scientifique compte 130 publications, une vingtaine de rapports à des congrès internationaux et un livre intitulé « La cellule vivante » publié aux éditions « Que sais-je » qui connut un grand succès et 10 éditions périodiquement mises à jour. Ce livre a été traduit en Japonais, Espagnol, Portugais, Vietnamien et Italien.

Ces double talents,  de chercheur et d’enseignant ne sont pas génétiques pas plus qu’ils ne se reçoivent. Au contraire, ils s’acquièrent, se cultivent, s’entretiennent par l’exercice  de la critique, par le travail, par la lecture, par l’écriture, le raisonnement. Henri Firket continua donc longtemps, après sa retraite en 1987, à s’investir dans la philosophie de l’enseignement, l’histoire des sciences et surtout le désarmement nucléaire.

Impressionné par ses travaux de radiobiologie et l’impact des rayonnements,  Il devient un membre actif de l’Association Médicale pour la Prévention de la Guerre Nucléaire et de l’ « International Physicians for the Prevention of Nuclear  War ». Il en préside sa section francophone. Cette association qui a été couronnée par le prix Nobel de la paix tient à sa spécificité médicale et c'est en cette qualité qu'elle est la mieux placée pour dénoncer les effets particulièrement néfastes sur la santé des gens qui ont survécu aux effets de l'explosion et de la chaleur.

Il faut rappeler que les Etats-Unis ont nié l'existence des effets mortels des radiations et des anomalies génétiques frappant la descendance des femmes enceintes pendant l'explosion. Toute publication sur ce sujet a été sciemment censurée pendant les années qui ont suivi l'explosion de crainte que la thèse du "mal nécessaire" ou de "la bombe pacificatrice permettant la survie des 500.000 à 1.000.000 de combattants américains" ne soit remise en question par l'opinion publique.

Parcourant le monde pour plaider la cause de l’humanité, le leitmotiv du Professeur Firket fut désormais la construction d’un monde de paix débarrassé des menaces nucléaires engendrées par les guerres et les détériorations de notre planète par les hommes inconscients de la fragilité de notre monde.

Il présentait à notre Compagnie, le 24 avril 1999, une communication intitulée : « Danger des armes nucléaires et responsabilité des médecins ».  Sous son impulsion, le 29 mai 1999, notre Compagnie approuvait à l’unanimité une motion qui stipulait :

« L’Académie royale de Médecine de Belgique s’associe à la résolution de la World Medical Association formalisée à l’unanimité à l’occasion de la réunion d’Ottawa, du 14 au 18 octobre 1998. En conséquence, elle condamne le développement, les essais, la production, le déploiement, la menace et l’usage des armes nucléaires. Elle demande aux gouvernements de s’abstenir de ces activités et de s’atteler de bonne foi à leur élimination ».

C’est cette action dans le cadre du désarmement nucléaire qui est remarquée par notre Académie qui  nomme en 1999, le Professeur Firket, membre honoraire régnicole.

Me limiter  à  énoncer  la liste de ses talents serait bien réducteur et indigne d’une telle personnalité. Parce qu’au-delà de l’enseignant, du chercheur, il y avait l’Homme, avec son humanité, son humanisme et sa lutte contre l’armement nucléaire.

Tout au long de ces nombreuses années, de ses déplacements nombreux à l’étranger, il fut accompagné et soutenu dans son œuvre par son épouse. Les liens d’amitié tissés au cours de cette longue carrière sont indéfectibles. En témoignent les lettres de soutien et d’affection adressés depuis Elisabethville, à l’occasion de son décès, plus de 65 ans après son séjour au Congo.

C’est avec une  grande admiration, et au nom de notre Compagnie, dont il fut un membre éminent, que je vous adresse Madame ainsi qu’à vos filles, les condoléances et les remerciements de l’Académie.