Académie royale de Médecine de Belgique

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Décès des Prs C. Travieso, Sir Rudolph Peters et Yngve Zotterman, membres étrangers

(Séance du 27 mars 1982)   

Décès des Professeurs Carlos TRAVIESO, Sir Rudolph PETERS et Yngve ZOTTERMAN, membres étrangers.     

(Annonce faite par le Président Albert LOUSSE).

J’ai le regret de vous annoncer le décès de trois de nos confrères étrangers. Nous venons d’être officiellement prévenus par Mme Bianca de Travieso, du décès de son époux le Professeur Carlos Travieso, de Caracas, au Venezuela.

Notre Collègue a occupé pendant une quarantaine d’années la Chaire de Pathologie et de Clinique chirurgicales à l’Hôpital universitaire de Caracas ; il était l’auteur de nombreux travaux dans ces disciplines et porteur de nombreux titres vénézuéliens et étrangers.

Il a été élu Président de l’Académie de Médecine du Venezuela et de nombreuses autres sociétés savantes, tant dans son propre pays qu’à l’étranger. Il était membre de la Société belge de Chirurgie, de l’Académie de Chirurgie de Paris, membre d’honneur de la Société internationale de Chirurgie, « Fellow de l’American College of Surgeons ».

Il avait pris part à la célébration de notre 125ème anniversaire où il représentait le Corps médical de son pays.

Au Venezuela, il a exercé les fonctions de Sénateur de la République, de Président du Sénat et de Président du Congrès national vénézuélien. Il fut nommé Ambassadeur du Venezuela auprès du Roi et il était également Ambassadeur accrédité à Luxembourg.

Notre Compagnie s’honore de l’avoir compté parmi ses Correspondants étrangers depuis le 27 juin 1953 ; il était resté particulièrement attaché aux milieux scientifiques belges. C’était notamment un grand ami du Professeur Robert Danis.

Il était porteur de nombreuses distinctions honorifiques de son pays d’origine et de l’étranger et S.M. le Roi lui avait accordé, lorsqu’il était Ambassadeur à Bruxelles, le rang de Grand Croix dans l’Ordre de la Couronne de Belgique.

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Sir Rudolph Peters est décédé le 29 janvier de cette année à l’âge de 92 ans. Pendant plus de trente ans, il a dirigé le laboratoire de Biochimie d’Oxford et après son éméritat, il passa encore 22 années de travail fructueux à Cambridge, où il s’occupa de recherches biochimiques au Babraham College.

C’est lui qui développa le concept de lésion biochimique dès 1931 lorsqu’il étudia la pathogénie des accidents dus à la déficience en thiamine. Au moment où le pigeon présente des signes neurologiques évidents et une diminution de la consommation d’oxygène par son cerveau, il n’y avait encore aucune lésion détectable par les techniques anatomiques disponibles à cette époque ; il suffit pourtant d’injecter un peu de thiamine dans le cerveau pour voir disparaître d’opisthotomos et les convulsions.  

Pendant la guerre de 1939-7945, Sir Rudolph dirigea le laboratoire de recherche de la protection contre les armes chimiques. C’est là qu’il découvrit, et appliquant sa logique de biochimiste, le célèbre « British Anti-Lewisite » (BAL) qui, appliqué dans la demi-heure qui suit l’atteinte de la peu ou de la cornée par le vésicant, arrête le développement de l’œdème et de la lésion irréversible et restaure l’état normal.

Le Professeur Peters montra que les arsénicaux agissent par leur fonction arsénoxyde (-As=0) laquelle réagit avec les deux radicaux thiols d’un composant du système de la pyruvate-oxydase qui fut identifié plus tard : l’acide lipaïque. C’est la privation de certaines fonctions thiols essentielles qui est la cause de la toxicité des arsénicaux. Le BAL est le premier antidote, le premier agent thérapeutique mis au point, au départ d’observations biochimiques.

Le second concept développé par Sir Rudolph Peters est celui de la synthèse léthale. Bon nombre de substances inoffensives par elles-mêmes sont activées par l’organisme des mammifères et deviennent de véritables poisons. L’acide fluoroacétique synthétisé par certaines plantes africaines est transformé en acide fluorocitrique qui bloque le cycle de l’acide citrique et provoque l’accumulation mortelle de cet acide.

La toxicologie fut ainsi rénovée et on ne compte plus les exemples étudiés au niveau moléculaire, de ces synthèses léthales dont les plus démonstratifs sont évidemment ceux de l’activation des carcionogènes potentiels par les systèmes enzymatiques du poumon.

Le livre « Biochemical lesions and lethal synthesis », publié en 1963 par Pergamon Press, reste un document primordial pour ceux qui ont suivi l’évolution de la Biochimie et de la Pharmacologie au cours de ce dernier demi-siècle.

Sir Rudolph était Membre de la Royal Society depuis 1935 et fut anobli en 1952. Il était Membre honoraire de notre Compagnie depuis 1972. Il fut l’un des fondateurs du périodique « Biochemical Pharmacology » et le Président de son « Editorial Board » pendant de nombreuses années.

En 1958 il fut élu Président de l’ « International Council of Scientific Unions (I.C.S.U.) ». Il mit sur pied avec M. Florkin, l’ « International Union of Biochemistry ». Tous deux portaient un grand intérêt à l’organisation internationale de la Science.     

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Nous venons également d’apprendre la disparition, le 13 mars dernier, de notre Collègue Yngve Zotterman, Professeur à l’Université de Stockholm, ancien Président de l’Union internationale des Sciences physiologiques.

M. Zotterman fut Professeur de Physiologie au « Karolinska Institütet » et à la Faculté de Médecine vétérinaire de Stockholm. Il avait acquis sa formation de chercheur auprès de Lord Adrian à Cambridge, de Sir Thomas Lewis à Londres, de Lilliejestrand et de von Euler à Stockholm.  Docteur « Honoris causa » des Universités de Berne et de Cambridge, il fut aussi Président des « trustees » de la Fondation Nobel.

C’est le 18 mai 1974 que notre Compagnie éleva le Professeur Zotterman au rang de Membre honoraire étranger.  

Notre Confrère Zotterman s’est particulièrement fait connaître par la démonstration qu’il a apportée de l’existence de deux types distincts de terminaisons sensorielles de la douleur, les unes responsables de la douleur aiguë, les autres, de la douleur sourde, la sensation étant conduite, d’une part, par des fibres rapides A, et d’autre part, par des fibres lentes C.

En réalisant des expériences originales sur la modification de la réponse des organes du goût aux diverses substances, il a confirmé que les protéines à saveur sucrée sont uniquement perçues par l’homme et les primates.

M. Zotterman était l’auteur de plus de deux cents travaux scientifiques.

Rappelons enfin que M. Zotterman était un grand ami de notre pays et qu’il a toujours entretenu,  par exemple avec notre éminent Confrère le Professeur P. Rijlant, les meilleurs rapports tant sur le plan scientifique que sur le plan amical.

Le Bureau avait encore u l’occasion de le féliciter, en septembre 1978, à l’occasion de son 80ème anniversaire.

Je vous invite à nous recueillir quelques instants en mémoire de nos trois éminents et distingués Confrères disparus.