Académie royale de Médecine de Belgique

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Laure Bindels. Prix Docteur Maurice Godin-Maria Savelkoul (2013-2015) - Vidéo + Présentation + Résumé

PRÉSENTATION DE Mme LE Dr L. BINDELS

Lauréate du Prix Docteur Maurice Godin - Maria Savelkoul (2013-2015)

par

Mme A. NOËL, membre titulaire

(En attente du texte de sa présentation)

 

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MICROBIOTE INTESTINAL, CANCER ET CACHEXIE

par

Mme le Dr Laure BINDELS (UCL)

Les quarante mille milliards de bactéries qu’abrite notre intestin sont appelées collectivement « le microbiote intestinal » et interagissent avec notre corps pour réguler de nombreux processus physiologiques, tels que l’homéostasie énergétique. Des études, réalisées chez la souris et chez l’homme, suggèrent une contribution de ces bactéries intestinales dans différentes maladies telles que les maladies inflammatoires de l’intestin, l’obésité et le cancer du colon. Les outils les plus répandus actuellement à notre disposition pour exploiter le microbiote intestinal à des fins thérapeutiques sont les probiotiques et les prébiotiques. Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont administrés en quantité adéquate, confèrent un bénéfice « santé » à la personne qui les consomme. Les prébiotiques sont des composés non digestibles qui sont fermentés par les micro-organismes de l’intestin et, par là, favorisent la croissance de bactéries qui exercent un effet physiologique bénéfique sur la personne qui les consomme.

Puisque le microbiote influence l’immunité et la balance énergétique de son hôte, nous avons posé l’hypothèse que le microbiote puisse jouer un rôle dans la perte de poids associée au cancer, aussi connue sous le nom de cachexie. Nos travaux, menés au sein de l’équipe du Prof. Delzenne, ont mis en évidence, dans deux modèles murins de cachexie cancéreuse, des changements de certains taxa bactériens, tels que les Lactobacillus et les Enterobacteriaceae. La restauration des taux de lactobacilles à des souris leucémiques cachectiques via l’administration de souches sélectionnées de lactobacilles a permis de contrer l’inflammation et l’induction de marqueurs d’atrophie musculaire. Nous avons également observé que l’administration d’un prébiotique reconnu, l’inuline à courtes chaînes, a permis, via un produit microbien issu de la fermentation (propionate), de réduire l’accumulation de cellules leucémiques dans le foie. Enfin, sur base d’une analyse approfondie du microbiote intestinal réalisée par séquençage, nous avons sélectionné une approche symbiotique, consistant en l’administration d’un prébiotique et d’un probiotique, et visant à contrer les altérations microbiennes observées. L’application de cette approche symbiotique à des souris leucémiques cachectiques a permis de réduire la prolifération des cellules leucémiques dans le foie, l’atrophie musculaire et la morbidité, ce qui a permis in fine d’augmenter la survie des animaux. Une caractérisation de l’intestin au niveau moléculaire a révélé des signes d’altérations de cette fonction barrière (barrière physique, chimique et immunitaire), altérations contrées par l’administration du symbiotique.

Au travers de ces travaux, nous avons pu mettre en lumière, au travers d’approches nutritionnelles, le rôle thérapeutique du microbiote intestinal dans le contrôle de la prolifération tumorale hors du tractus digestif et des désordres métaboliques associés. Par ailleurs, ces études ont permis de mettre en lumière de nouveaux mécanismes impliqués dans l’interaction microbiote-hôte et de nouvelles cibles moléculaires pour le traitement du cancer. Sur base de ces résultats prometteurs obtenus dans des modèles murins, nous avons mis en place une étude clinique, du nom de MicroAML, visant à étudier la composition et l’activité du microbiote intestinal chez des patients leucémiques, atteints de cachexie ou non. Cette étude exploratoire constitue une première étape avant d’envisager une étude d’intervention avec des prébiotiques et/ou de probiotiques. Cette ligne de conduite devrait nous permettre d’évoluer vers notre but ultime, à savoir la formulation de conseils nutritionnels basés sur des preuves scientifiques à l’intention de patients cancéreux cachectiques.

Références principales de ce travail :

BINDELS LB, et al., Nat.Rev.Gastroenterol.Hepatol. 12: 303-310, 2015.  

BINDELS LB, et al., PLoS.One. 7: e37971, 2012.  

Bindels LB, et al.,  Br.J.Cancer 107: 1337-1344, 2012.  

Bindels LB, Dewulf, et al., Trends Pharmacol.Sci. 34: 226-232, 2013.  

Bindels LB, Neyrinck AM, et al., PLoS.One. 10: e0131009, 2015.  

Bindels LB, et al., The ISME J. 10 : 1456-1470, 2016.

(Mes remerciements vont au Pr Delzenne et à tous nos collaborateurs).