Académie royale de Médecine de Belgique

|

Vidéo et résumé de Mme Yannick Bleyenheuft

 

(Ont pris part à la discussion : MM. les Prs P. Vanderhaeghen, A.L. Benabid, B. Van den Eynde, Mme Fr Meunier et G. Moonen).

RÉADAPTATION MOTRICE DE L’ENFANT CÉRÉBRO-LÉSÉ et NEUROPLASTICITÉ

par Mme Yannick BLEYENHEUFT (UCL), invitée.        

L'infirmité motrice cérébrale (IMC) a une prévalence élevée: elle touche deux à trois enfants pour 1000 naissances et est la première cause de handicap moteur infantile. Le taux annuel de natalité belge avoisine les 127000 naissances, ce qui représente de 250 à 400 nouveaux cas d’IMC chaque année. Cette pathologie consiste en une lésion corticale irréversible qui intervient durant la gestation, à la naissance ou dans les premières années de vie de l'enfant. Les conséquences de ce type de lésions neurologiques centrales incluent très fréquemment des troubles moteurs : ces enfants présentent, à des degrés variables, des difficultés à la marche ou à la préhension. Ces troubles moteurs ont des conséquences majeures sur leurs capacités fonctionnelles (activités de la vie journalière telles que l’habillage, les repas, la toilette, …), limitant de ce fait leur autonomie. Aux troubles moteurs (variables en fonction de la gravité et la localisation des lésions corticales) peuvent s’associer des troubles sensoriels ou cognitifs.  Actuellement, les traitements ayant montré objectivement les meilleures possibilités d’amélioration des capacités fonctionnelles de ces enfants sont des traitements de type intensif (deux à trois semaines de neuroréhabilitation fonctionnelle à raison de plusieurs heures par jour). Les modifications induites par ces thérapies intensives dans les capacités fonctionnelles des enfants sont vraisemblablement liées à la réorganisation corticale qu’elles induisent, et à l’impact que cette réorganisation corticale peut avoir sur le contrôle moteur. La structure plastique du cerveau lui permet en effet de développer davantage certaines de ses zones en fonction des stimulations qu’il subit. Cependant, bien que la plasticité corticale soit intimement liée aux thérapies intensives chez les enfants IMC, à ce jour il n’existe que très peu d’études des modifications neurophysiologiques générées par ce type de traitement.

Au cours de cet exposé, les changements fonctionnels des enfants pris en charge dans un modèle intensif seront contrastés avec les changements obtenus dans les prises en charge à fréquence régulière. Les changements neuroplastiques des enfants participant à un processus de thérapie intensive seront par ailleurs mis en évidence tant avec la stimulation magnétique transcrânienne - qui permet de définir des modifications dans les cartes corticales – qu’avec l’imagerie du tenseur de diffusion, permettant d’évoquer des changements dans la matière blanche, et finalement avec la résonance magnétique fonctionnelle. Cette dernière permet de mettre en évidence les changements moteurs, mais également les modifications de réseaux d’aires corticales non-motrices (sensorielles, zone de la récompense,…) également modifiées durant les processus intensifs. La corrélation de ces changements neuroplastiques avec les changements fonctionnels sera également abordée.

Les travaux présentés mettent en évidence l’intérêt majeur d’une prise en charge intensive étant donné les changements induits, tant sur le plan fonctionnel que cortical. A terme, en plus de la définition des paramètres de traitement optimaux, les évidences fournies par ces travaux devraient permettre de convaincre les autorités de l’intérêt d’intégrer cette modalité de prise en charge à la pratique courante afin d’en donner l’accessibilité au plus grand nombre.