Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion du rapport de la Commission chargée d'étudier l'organisation de l'enseignement post-universitaire de la médecine

         La Commission était composée de MM. G. Debaisieux, L. Weekers, P. Govaerts et N. Goormaghtigh, Membres titulaires, ainsi que de MM. L. Brull, E. Bremer, P. Lambin, M. Florkin et E. Tytgat, Correspondants.

            L. Brull, rapporteur.

            Voici ce rapport :

            L’enseignement post-universitaire de la médecine peut être considéré sous des aspects divers, mais quel que soit le point de vue dont on l’envisage, la question est d’une actualité indiscutable et demande une solution dont l’urgence s’impose.

            Le diplôme de docteur en médecine, chirurgie et accouchements est la consécration d’études qui représentent une formation de base dans les divers domaines de l’art de guérir. Il ne peut être question d’en diminuer la valeur ni du point de vue pratique ni du point de vue juridique.

            D’autre part, la complexité croissante des sciences médicales et de la technique a eu pour conséquence la nécessité pour un grand nombre de médecins de s’imposer un effort supplémentaire en vue d’approfondir leurs connaissances dans un domaine déterminé ou d’acquérir la maîtrise de certaines techniques. Il est légitime de reconnaître à ceux qui se sont imposé cet effort le titre de spécialiste dans la branche à laquelle ils se sont consacrés.

            Enfin, certains porteurs du diplôme de docteur en médecine, chirurgie et accouchements se consacrent à la recherche scientifique : il est indispensable au progrès de la science qu’ils soient en nombre suffisant et que leur préparation soit adéquate.

            L’enseignement post-universitaire doit par conséquent réaliser un triple but :

            1°) permettre aux médecins praticiens d’entretenir leurs connaissances et de reprendre contact périodiquement avec les centres universitaires auxquels ils doivent leur formation ;

            2°) faciliter par un enseignement approprié, donné en ordre principal par des spécialistes, la formation des médecins, qui, leurs études terminées, doivent acquérir les connaissances théoriques et pratiques permettant de leur reconnaître la qualification de spécialiste ;

            3°) rechercher parmi les étudiants ceux qui présentent les qualités nécessaires pour faire œuvre de chercheur ; leur fournir les moyens de développer ces qualités et leur permettre de les mettre à l’épreuve, une fois leurs études terminées.

A)   Enseignement complémentaire pour médecins praticiens.

La nécessité ne s’en discute plus mais il est difficile dans l’état actuel des choses d’en codifier les modalités. Il appartient aux Facultés de l’organiser en tenant compte des nécessités locales, des demandes que les praticiens formulent, des moyens dont elles disposent, des préférences linguistiques de certaines provinces, etc…Les facultés peuvent dans ce but se faire assister par des Fédérations d’anciens étudiants, par des Sociétés médicales et recourir également à la publication dans des périodiques de leur choix, d’articles originaux et du texte des conférences faites aux réunions d’enseignement. Les Facultés doivent également ouvrir leurs services et leurs laboratoires à ceux des praticiens qui sans désirer se spécialiser, désirent cependant se mettre au courant des dernières acquisitions applicables à la pratique journalière. Il est évident que cette activité suppose un cadre suffisant de chefs de travaux et d’assistants spécialisés.

B)   Enseignement et diplômes de spécialistes.

En réalité, cet enseignement complémentaire existe déjà dans nos Facultés ; même s’il n’est pas reconnu officiellement, le personnel scientifique comprenant les assistants attitrés, les assistants volontaires, les internes, les externes, constitue une excellente pépinière de spécialistes. Le moment est venu de reconnaître cet enseignement, de l’améliorer, de le réglementer.

Avant d’aborder le fond même de cette réforme, une première et importante difficulté devrait être résolue concernant les diplômes à décerner, en tenant compte qu’il y a lieu de respecter les prérogatives de ceux qui ont acquis le titre d’Agrégé de l’Enseignement Supérieur ou le Doctorat spécial en l’une ou l’autre matière médicale.

            Dans ce projet, le programme actuel de l’enseignement médical de nos Facultés serait maintenu ; il aboutirait finalement au diplôme de docteur en médecine, chirurgie et accouchements, le seul qui aurait une valeur légale et serait requis de tous les médecins.

            Suivant des modalités que nous envisagerons, un enseignement des spécialités sera organisé qui permettra de conférer des diplômes dénommés : diplôme spécial de chirurgien, d’oculiste, d’anesthésiste, de radiologiste, de bactériologiste, etc…

Ces diplômes spéciaux seront utilisés par leurs titulaires pour l’exercice de leur profession de médecin spécialisé, mais ces diplômes acquis facultativement suivant les préférences et les possibilités de chacun, n’auraient pas à proprement parler de valeur légale. Ceci nécessite une explication.

            Le but à atteindre dans la question des spécialistes est surtout d’ordre social. Il faut que les malades qui s’adressent à un spécialiste soient assurés de sa compétence ; il faut empêcher que des médecins non préparés ou mal préparés fassent acte de spécialistes, pratiquent par exemple des opérations, sans garanties suffisantes. Comment procéder à cet effet ?

            Rendre le diplôme de spécialiste obligatoire présente de graves inconvénients. Cela nuirait à l’activité du médecin général qui doit garder le droit d’intervenir dans tous les domaines, dans les limites de sa compétence. Le diplôme de médecin général doit rester la clef de voûte de l’organisation médicale. Il serait dangereux pour les malades comme pour les médecins d’y porter atteinte en créant deux diplômes obligatoires et deux espèces de médecine. En fait, il n’y a qu’une espèce de médecins, mais orientés dans des sens divers très nombreux. La difficulté consiste précisément à discerner et à codifier ces orientations différentes.

            Pour indiquer la solution qui me paraît la meilleure, que l’un de nous a préconisée dès 1931, il n’y a qu’à signaler ce qui a été réalisé récemment par les oculistes, à son  initiative.

            Un jury central a été constitué par la Société Belge d’Ophtalmologie et l’Association professionnelle des Médecins Oculistes Belges. Par une procédure susceptible d’amélioration et sujette à révision, ce jury a dressé une liste des oculistes dont il reconnaît la réelle compétence. Ne figurent sur cette liste que ceux qui le demandent. Cette liste sera communiquée au Ministre de la Santé Publique, au Ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale, à l’Ordre des Médecins, à la Fédération Médicale Belge, aux Sociétés de Secours Mutuels, aux Sociétés d’Assurances, etc…

            Ces conditions créent un climat tel, qu’il sera impossible pratiquement pour un médecin de réussir comme oculiste sans être reconnu, donc sans être compétent. Les malades ne s’adresseront pas à lui ; les Sociétés de Secours Mutuels, les Compagnies d’Assurances ne l’agréeront pas ; les Tribunaux ne le désigneront pas comme expert, etc… Pour le surplus, ce qui est improbable, si un médecin non reconnu pratiquait indûment l’ophtalmologie sans figurer sur la liste, et surtout sans être compétent, il serait facilement repéré et signalé à l’Ordre des Médecins ».

            Si l’exemple de la Société Belge d’Ophtalmologie était suivi, il serait possible de publier sous l’égide de l’Ordre des Médecins et des différents organismes intéressés, un annuaire médical, officiel, complet, comprenant tous les médecins du pays. Cet annuaire jouirait d’une grande autorité ; le public connaîtrait ainsi tous les médecins, ayant le même diplôme légal et mis sur le même pied. Les médecins seraient classés par localités avec, en outre, l’indication de leurs diverses orientations.

Cet annuaire serait sujet à des révisions périodiques.

            Quelques explications maintenant sont nécessaires sur la façon de décerner les diplômes spéciaux.

            Première considération. – Pour donner à l’enseignement des spécialités médicales le caractère scientifique indispensable, pour éviter que cet enseignement soit exclusivement technique et professionnel il doit nécessairement garder des attaches avec les disciplines fondamentales et générales (physique, chimie, physiologie, anatomie, pharmacodynamie, etc…). Il est donc grandement souhaitable, que ce soit dans les Universités ou sous le contrôle des Universités, qu’on organise l’enseignement des spécialités médicales.

            Deuxième considération. – Des cliniciens, chefs de service dans des hôpitaux non universitaires et réputés par leur valeur professionnelle pourraient avec avantage être appelés à collaborer à la formation pratique des spécialistes, après entente avec les Universités. Nous devons, dans ce domaine, chercher à utiliser toutes les forces du Pays.

            Troisièmement. – Quelle que soit la valeur de nos écoles, leur cadre dans certains cas, pourrait être insuffisant. A un spécialiste, par exemple, qui ambitionne de faire une carrière scientifique, il doit être permis de rechercher l’enseignement de maîtres étrangers.

            Ces différents points de vue sont parfaitement conciliables. Il suffirait, comme nous le proposons, de confier la mission de décerner des diplômes spéciaux, exclusivement à des jurys centraux. Il y aurait autant de jurys centraux que de spécialités reconnues, après entente entre les Universités. Chaque jury serait composé de quatre professeurs (un par Université). Ce système offre plus de garanties que si les diplômes spéciaux étaient conférés par les Facultés elles-mêmes ; celles-ci ne comprennent parfois qu’un seul représentant compétent pour une spécialité déterminée.

            Toutes les éventualités qu’il est nécessaire d’envisager recevraient ainsi leur solution. Même si, exceptionnellement, un candidat se formait complètement en dehors de nos Universités, il aurait la possibilité de faire la preuve de sa compétence en se présentant devant le Jury central. Celui-ci d’une façon générale jugerait sur titres tout en gardant le droit d’organiser éventuellement un examen.

            Ces dispositions très souples sauvegarderaient les intérêts tant des malades que des médecins et contribueraient utilement, nous paraît-il, à résoudre d’une façon heureuse, la question des spécialistes discutée depuis si longtemps.

            En conclusion, les propositions que nous voudrions soumettre à l’Académie sont les suivantes :

1)  Nos Universités donnent un enseignement de base correspondant au programme actuel. Cet enseignement conduit au diplôme final de docteur en médecine, chirurgie et accouchements ; seul ce diplôme a une valeur légale. Ce diplôme suffit pour la pratique de la médecine. Il est requis de tous les médecins, quel que soit leur genre d’activité.

2)  Les Facultés de médecine des quatre Universités s’entendent pour organiser, séparément ou en collaboration moyennant certaines règles à convenir, un enseignement universitaire complémentaire portant sur les diverses spécialités médicales. Pour réaliser cet enseignement au mieux, les Facultés peuvent faire appel à des hôpitaux et à des collaborateurs non universitaires.

3)  La mission de décerner des diplômes spéciaux en chirurgie, ophtalmologie, etc… est confiée exclusivement à des Jurys centraux désignés par les Universités. Ces Jurys jugeraient sur titres, tout en ayant la possibilité d’organiser éventuellement un examen.

4)  Le diplôme de spécialiste n’est imposé à personne pour pratiquer l’art de guérir, mais il est requis des médecins qui demandent à figurer comme spécialistes dans l’annuaire médical officiel élaboré sous le contrôle de l’Ordre des Médecins.

 

C) La formation des chercheurs.

A première vue on pourrait prétendre que la formation de chercheurs est une question indépendante de celle de l’enseignement   post-universitaire. On pourrait aussi bien prétendre que le progrès de la médecine dans toutes ses branches n’est qu’une question de progrès technique. Il faut que soit posée clairement cette question.

Nous ne sommes plus au temps où l’on peut ravaler la médecine à un art, ni séparer la recherche médicale de la recherche tout court, du moins au sein de l’Université.

     Pour fixer les idées, posons la question suivante : Quel sera celui qui enseignera la cardiologie : le pur technicien de l’électro-cardiographie, de la radiographie du cœur, ou celui qui aura maîtrisé en même temps que la technique la physiopathologie de la circulation ?

     L’état-major enseignant de la médecine doit être un état-major hautement scientifique, capable par son entraînement à la recherche de contribuer à la fois au progrès scientifique et technique. Si ce niveau n’est atteint aujourd’hui que par une minorité, le but de l’Université et des Facultés doit être d’y parvenir en général.

     Il en résulte que le problème de la formation des chercheurs est aussi celui du problème des cadres scientifiques et techniques de nos Facultés ; il est encore celui de nos laboratoires, de nos installations et de notre équipement technique.

     Le problème des cadres. – L’état ou nos diverses Fondations Scientifiques encouragent par des moyens divers la formation scientifique des jeunes éléments. Ceux-ci peuvent, pendant six ans, occuper des postes d’assistants, postes trop peu nombreux d’ailleurs. Ils peuvent consacrer éventuellement cette brève carrière par une Agrégation de l’Enseignement Supérieur.

                Mais à partir de ce moment, s’ils n’ont pas la rare chance d’obtenir un poste de chargé de cours, ils sont la plupart du temps perdus pour la recherche et l’enseignement. Les situations d’agrégés sont en effet accordées avec une parcimonie qui met obstacle à la création de réels cadres scientifique dans nos Universités. Or, la médecine se diversifie tellement que les grands services sont eux-mêmes amenés à créer dans leur sein des subdivisions. Par exemple, en Médecine Interne on peut citer : l’Endocrinologie, la Nutrition, la Cardiologie, les Affections pulmonaires, la Gastro-Entérologie, etc… Aucun chef, aussi éminent soit-il, ne peut affronter à la fois tous ces domaines. Il ne peut le faire avec des collaborateurs récents. Il faut qu’il soit entouré d’éléments de valeur, Agrégés, Professeurs associés, spécialisés dans les divers domaines de la branche principale et qui soient susceptibles de maintenir au plus haut standard, l’enseignement et la recherche dans les différents départements de la science médicale en question. Il faut de la place dans les services universitaires pour un grand nombre d’éléments de valeur. Ce sont ces spécialistes qui pourront d’une part contribuer à maintenir le diagnostic et le traitement des malades à leur degré voulu, contribuer à l’enseignement de tous les jours et à l’enseignement post-universitaire en tenant en mains les assistants et en organisant les cours supplémentaires et les cours de vacances, enfin s’occuper de recherche scientifique.

            Le problème des installations. – Rares sont les services qui disposent des installations et de l’équipement voulus, à la fois pour conduire la recherche scientifique et pousser les applications techniques dans tous ses développements.

            Mais il ne suffit pas de poser des problèmes ni de grever des budgets de l’Etat. Il faut trouver des moyens de réalisation.

            Moyens de réalisation. – 1) Les Universités et par conséquent l’Etat doivent accepter de créer et rémunérer convenablement un beaucoup plus grand nombre de postes d’agrégés. Il n’y a pas possibilité d’échapper à cette dépense si l’on veut que les Universités soient ce qu’elles doivent être.

            2) Il pourrait être avantageux que les titulaires des Services Cliniques et leurs collaborateurs doivent tous être full-time. Ainsi ils attireraient dans leurs Services une plus grande clientèle de cas difficiles, d’expertises, d’interventions, etc… Les honoraires provenant des malades payants ou assurés sociaux, créeraient d’importantes ressources pour le paiement d’une partie du personnel technique et de l’équipement.

            Le full-timat joint à des charges d’enseignement de lourdes responsabilités cliniques et des charges administratives, qui doivent avoir pour contre-partie une rémunération correspondant à ces charges.

            3) Les Assurances sociales, patrimoine national destiné à améliorer la Santé Publique et qui disposent de ressources importantes, pourraient donner des subsides aux Universités, notamment pour aider les laboratoires qui n’ont pas la possibilité de trouver des ressources dans le traitement des assurés sociaux.

            L’élévation du niveau des Hôpitaux Universitaires, et par conséquent de la qualité des médecins qui y sont formés, contribue en effet largement au niveau de la santé du pays.

            M. le président. – Vous avez reçu le rapport en même temps que la convocation à la séance de ce jour.

            Il y a lieu d’ajouter au rapport les alinéas suivants qui, par suite d’une erreur, n’y ont pas été insérés. Ils sont rédigés sous forme d’un vœu :

            « L’Académie royale de Médecine de Belgique, consciente de la nécessité et de l’urgence de créer en Belgique, comme dans tous les grands pays, une organisation de l’enseignement universitaire complémentaire sous ses trois formes :

            » 1) l’enseignement destiné aux praticiens ;

            » 2) la formation des spécialistes et l’éventuel diplôme ou certificat à leur attribuer ;

            » 3) la formation des cadres des chercheurs scientifiques dans les universités,

            » propose au Gouvernement la nomination d’une Commission comprenant par exemple, en plus des représentants de l’Académie, deux représentants par Université et un représentant des ministères et organismes intéressés, en vue de faire des propositions concrètes pour l’organisation de cet enseignement. »

            M. F. Hollander. – Messieurs, je désire vous faire part ici de quelques observations que j’ai faites au cours de ma carrière de professeur de psychiatrie. S’il y a une spécialité tout à fait nette, caractérisée et bien séparée des autres, c’est bien celle-là.

            Eh bien, depuis quinze ans, nos groupements scientifiques ont travaillé en vue d’obtenir des modifications pour le recrutement des médecins d’asile ; depuis lors nous utilisons une méthode qui nous donne entière satisfaction.

            On peut considérer, dans la carrière d’un médecin d’asile, deux périodes ou, si vous voulez, deux grades. Au premier grade, il est adjoint dans un asile de malades mentaux. Pour devenir médecin-adjoint dans l’un ou l’autre établissement de ce genre, le Gouvernement et notre Société de Médecine Mentale exigent que le candidat ait servi pendant quatre mois comme stagiaire dans une clinique universitaire de psychiatrie. Ce n’est qu’après ce stage qu’il peut demander sa nomination de médecin-adjoint dans un asile.

            Le second grade est celui de médecin-chef ou médecin-directeur. Pour pouvoir être nommé à ce grade, il faut avoir été médecin-adjoint pendant quatre ans dans un asile d’aliénés, n’importe lequel. Ce n’est qu’après ces quatre ans qu’il aura le droit de se présenter à un examen sur les matières spéciales afférentes à la psychiatrie : neurologie, anatomie, clinique, etc…, et aussi sur les notions administratives qu’il est indispensable de connaître pour gérer un établissement de ce genre.

            Le jury de cet examen est composé des quatre professeurs d’université, de deux médecins délégués par la Société de Médecine Mentale, - des spécialistes naturellement, - et enfin des inspecteurs médicaux des établissements d’aliénés ; en ce moment, les inspecteurs sont deux, un inspecteur général et un inspecteur adjoint.

            Cette méthode nous a donné entière satisfaction. Tout le monde ne réussit pas les épreuves. Nous avons déjà refusé quelques candidats, qui se montraient trop friands d’obtenir des places sans formation scientifique suffisante. Il y a même des candidats qui se virent refusés jusqu’à trois fois de suite. C’est une preuve que ce jury pour le recrutement des médecins d’asile est composé d’examinateurs justes et impartiaux. 

            Pour les asiles de l’Etat, les examens sont plus sévères. Vous savez qu’il y a quatre établissements de ce genre : Mons, Tournai, Reckem et Gheel. Ces examens portent sur toutes les branches des sciences médicales.

            Cette façon de faire a permis généralement de recruter des médecins vraiment compétents, et de remédier aux abus qui existaient il y a une quinzaine d’années encore.

            A cette époque, quand il s’agissait de nommer un médecin directeur ou un chef de service, on faisait appel à un médecin de l’endroit ; parfois, on désignait le médecin le plus voisin de l’établissement, ou celui qui avait les préférences du propriétaire, ou encore celui qui avait des influences qui n’étaient pas toujours des influences scientifiques ou médicales. Aujourd’hui ce n’est plus possible.

            L’efficacité du régime d’examens que nous avons institué compte parmi les meilleurs arguments en faveur de l’adoption du rapport dans ses modalités relatives aux spécialités.

            Nous n’avons jamais rencontré d’inconvénient à la mise en application de notre système ; au contraire, nous nous réjouissons de son efficacité, puisque nous avons aujourd’hui un corps de médecins psychiatres compétents. Il y a cependant une petite lacune : c’est qu’il existe des médecins psychiatres libres, non attachés à un établissement, et ceux-là échappent à l’examen. L’examen généralisé remédierait donc à cette lacune. Mais l’application de notre régime ne nous a pas amenés à la création d’un diplôme de spécialiste ; nous ne délivrons pas de diplômes, mais simplement des attestations de capacité.

Motion d’ordre.

-     Sur proposition de M. Brouha, l’Académie décide, à mains levées, de remettre à une séance ultérieure le vote sur les conclusions de la Commission. La discussion est alors reprise.

Suite à la discussion.

                 M. Bigwood. – J’ai lu le rapport avec intérêt, mais je suis frappé par le fait que l’on nous propose de ne pas donner au diplôme de spécialiste une valeur légale, comme cela se passe pourtant dans d’autres pays.

                 M. J.Roskam. – Je tiens tout d’abord à féliciter chaleureusement le rapporteur pour son travail. Je ne ferai que deux ou trois remarques brèves quant à l’obligation du diplôme ou certificat et pour ma part je voudrais qu’on emploie le mot certificat.

                 Au 4me alinéa, p. 373, il est dit : « Rendre le diplôme de spécialiste obligatoire, présente de graves inconvénients. Cela nuirait à l’activité du médecin général qui doit garder le droit d’intervenir dans tous les domaines, dans les limites de sa compétence. »

                 A la p. 374, 2e alinéa (in fine), je lis : « Pour le surplus, ce qui est improbable, si un médecin non reconnu pratiquait indûment l’ophtalmologie sans figurer sur la liste et surtout sans être compétent, il serait facilement repéré et signalé à l’Ordre des Médecins. »

                 Je vois là une certaine contradiction et il suffirait de faire sauter le dernier passage cité pour que le texte soit conforme à l’esprit de la Commission ; le contexte est, en effet, suffisamment révélateur des désirs de la Commission, puisque, au début du même alinéa, il est écrit : « Ces conditions créent un climat tel qu’il sera impossible pratiquement pour un médecin de réussir comme oculiste sans être reconnu, donc sans être compétent. Les malades ne s’adresseront pas à lui ; les sociétés de secours mutuels, les compagnies d’assurances ne l’agréeront pas, les tribunaux ne le désigneront pas comme expert… ».

                 Il est donc inutile de faire figurer dans le texte la menace de l’intervention de l’Ordre des Médecins.

                 Pour éviter qu’on leur attribue un caractère obligatoire, je voudrais remplacer les termes « diplômes spéciaux » par ceux de « certificats spéciaux ». En effet, si l’on crée un diplôme, on arrivera facilement à l’imposer comme étant obligatoire.

                 Je souscris volontiers au 3e qui figure au 4e alinéa de la p. 378 et indique comme moyen de réalisation les subsides qui seraient accordés aux universités, et notamment aux laboratoires, par la Caisse des assurances sociales. Je voudrais voir terminer la première phase de ce 3e par : « ou n’en tirent que des profits insuffisants ».

                 M. le Président. – Je prie M. Roskam de vouloir bien formuler ses propositions par écrit, et son titre sera annexé au rapport à titre d’amendement.

                 M. De Beule. – Il y a quinze ans déjà que cette question d’un diplôme spécial a été discutée par cette assemblée. Si j’ai bon souvenir, l’Académie, à l’unanimité moins une voix, a même émis le vœu de voir créer un diplôme concrétisant le titre de spécialiste avec obligation légale. L’Académie a-t-elle changé d’avis ? En ce qui concerne, j’y vois une contradiction.

                 M. Firket. – J’apprécie beaucoup l’argumentation et les conclusions du rapport. Du point de vue universitaire, celui qui est le plus familier à la plupart d’entre nous, nous serons sans doute d’accord sur les grandes lignes proposées. D’autre part, les rapporteurs me semblent avoir bien fait de diviser leur travail en trois rubriques : a) enseignement complémentaire pour médecins praticiens ; b) enseignement et diplômes de spécialistes, et c) formation de chercheurs ; mais je suis cependant un peu surpris et je crains que mon étonnement ne soit partagé par le corps médical, de voir l’étendue assez inégale donnée à chacune de ces rubriques.

                 Le problème le plus important de l’enseignement post-universitaire n’est-il pas l’entretien des connaissances médicales élémentaires ? Or, cette partie du problème n’a été traitée qu’en 14 ou 15 lignes sur les 250 du rapport. Certes, je comprends pourquoi les rapporteurs ont agi ainsi car ils signalent eux-mêmes « les difficultés qu’il y a, dans l’état actuel des choses de codifier les modalités de l’enseignement pour praticiens ». Nous connaissons tous les difficultés rencontrées par les Facultés de Médecine pour se charger avec succès d’une telle organisation. Nous réalisons des cycles d’enseignement pratique pour les médecins diplômés ; à Liège, nous l’avons fait à deux reprises en 1947 et nous sommes réjouis d’y voir une fois 200 participants, l’autre fois 300. Mais c’est très peu de chose encore quand on tient compte du nombre de médecins qui devraient y être. N’oublions pas que 40% de la population belge est répartie dans des communes de moins de 2.000 habitants, et je me demande si, par nos cycles d’enseignement post-universitaire, nous touchons réellement le corps médical (environ 30 %) qui dessert ces populations et qui est le premier qu’il faudrait aider. On me répondra peut-être qu’il existe des revues médicales, mais c’est insuffisant. Nous savons notamment que les praticiens de médecine générale de nos campagnes ne peuvent quitter leur clientèle ou ne veulent pas le faire de crainte d’être supplantés par des confrères locaux. Il y a là une série de facteurs psychologiques dont on doit tenir compte et qu’il y aurait lieu d’étudier de plus près.

                 Ne pourrait-on développer plus cet aspect de la question et sans faire nécessairement des propositions de réformes concrètes, en souligner l’importance auprès des pouvoirs publics, à moins que les membres de la Commission ne  voient un inconvénient quelconque à procéder ainsi, auquel cas j’aimerais entendre leurs raisons.

                 M. Nolf. – Je suis frappé par ce terme « post-universitaire ». C’est peut-être une question de pure forme, mais on parle d’enseignement post-universitaire et l’on charge l’université de l’organiser, ce qui me paraît contradictoire.

                 Disons donc « enseignement post-scolaire » ou « enseignement complémentaire » comme il est déjà dit quelque part dans le rapport et qui me paraît un terme mieux choisi.

                 Peut-être pourrait-on prendre l’avis des philologues quant au choix du meilleur terme à employer ?

                 M. E. Derom. – Comme M. Roskam, je voudrais voir remplacer le mot « diplôme » par le mot « certificat », afin d’éviter toute confusion avec un doctorat spécial.

                 M. le Président. – Le doctorat spécial a été remplacé par l’agrégation de l’enseignement supérieur. Le doctorat spécial n’existe plus, sauf pour les docteurs du grade scientifique qui, eux, n’ont pas le droit de pratiquer la médecine.

                 - La suite de la discussion et les votes sont remis à la prochaine séance.

                 Séance du 25 octobre 1947.