Académie royale de Médecine de Belgique

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Discussion de la communication faite par M. M. Welsch, Correspondant, dans la séance du 27 février 1960, et intitulée : "Structure bactérienne et activité bactériolytique de certains antibiotiques "

        M. A.M. Dalcq, s’excusant de son incompétence sur les faits admirablement exposés par M. Welsch, voudrait se permettre de souligner leur intérêt général pour le cytologiste, ils mettent en effet en évidence combien spécialisés peuvent être les processus se déroulant dans les régions superficielles du protoplasme chez les Eubactéries, notion qui se relie aux différenciations morphologiques évidentes chez d’autres. Unicellulaires ainsi qu’aux activités corticales reconnues dans la cellule-œuf, les blastomères et bien des cellules. M. Dalcq se demande di les connaissances acquises par l’étude des relations entre la structure des Eubactéries et les effets des antibiotiques n’éclaireraient pas dans une certaine mesure les phénomènes de « transformation » héréditaire découverts chez le pneumocoque et autres cocci, et qui ont des aspects morphologiques et fonctionnels révélant que leur métabolisme de surface est modifié définitivement par les techniques utilisées.

            M. Welsch penserait-il que cette suggestion pourrait être retenue ?

          M. M. Welsch. – Les questions soulevées par M. le Secrétaire perpétuel sont du plus haut intérêt, mais, pour le moment du moins, peut-être encore en marge du sujet que j’ai développé devant vous le mois dernier.

        Les phénomènes de « transformation », consécutifs à l’introduction dans une bactérie d’acide désoxyribonucléique (DNA) provenant d’un germe de race ou même d’espèce différente, consiste dans l’acquisition, par le micro-organisme récepteur, de propriétés nouvelles propres au germe donneur. Cette acquisition est attribuable à une modification définitive de son génôme et se traduit par des caractères phénotypiques héréditairement transmissibles, affectant, par exemple, la nature antigénique et chimique de la capsule, le degré de résistance à un antibiotique, etc.

            Un aspect du phénomène qui reste difficile à interpréter est directement lié aux propriétés des structures superficielles bactériennes. Comment le DNA hautement polymérisé pénètre-t-il dans la bactérie réceptrice ? On connaît des transferts génétiques dans lesquels des bactériophages interviennent comme médiateurs (transduction, conversion lysogénique). Mais dans cette éventualité, nous savons que les phages, entités hautement spécialisées, sont pourvus d’une structure permettant leur attachement électif aux germes sensibles, et d’un enzyme capable de digérer certains constituants de la paroi cellulaire ce qui assure l’introduction, dans la bactérie réceptrice, de leur propre DNA et, éventuellement, de celui de la bactérie donneuse accidentellement incorporée dans leur enveloppe protéique. Dans le cas de « transformation » par DNA nu, on s’attendait, par contre, à ce que ces grosses molécules soient mécaniquement arrêtées par la paroi cellulaire.

            M. A.M. Dalcq remercie M. Welsch de sa réponse, qui soulève un des aspects les plus intéressants du problème évoqué, mais il lui signale que d’après un article tout recent de B.W. Catlin (Science, 131, 608-610), la transformation spécifique a été obtenue à partir de l’exsudat (slime) de culture de méningocoques (Neisseria), produit contenant un sel de l’ADN. Ce fait indiquerait-il que, non seulement l’ADN peut traverser la paroi pour pénétrer dans ces cocci, mais qu’il peut aussi s’évader du corps cellulaire ?

            M. M. Welsch pense que la présence de DNA extracellulaire, doué des activités du « principe transformant », ne pose guère de problème : il est vraisemblablement la conséquence de l’autolyse d’une fraction plus ou moins importante de la population bactérienne.

            Il convient de souligner, pour éviter toute équivoque, que la transformation de bactéries en protoplastes est généralement un phénomène tout différent de ceux auxquels M. Dalcq a fait allusion, ces modifications de structure étant purement phénotypiques, temporaires ou létales, et directement liées aux conditions extérieures, notamment à la pression osmotique du milieu. Dans certaines circonstances, cependant, le protoplaste peut être à l’origine du cycle L. dans lequel les microorganismes se perpétuent indéfiniment sous une forme particulière, dépourvue de la paroi cellulaire normale, tout en conservant souvent, mais non toujours, la capacité de revenir au type bactérien primitif.

            Séance du 26 mars 1960.