Académie royale de Médecine de Belgique

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In Memoriam Albert Claude, membre honoraire régnicole

(Séance du 28 mai 1983)   

Décès du Professeur Albert CLAUDE, membre honoraire régnicole     

(Annonce faite par le Président Paul-Pierre LAMBERT).

Le Professeur Albert Claude s’est éteint le 23 mai dernier dans sa 84ème année.  Sa discrétion, son extrême simplicité laissaient mal entrevoir combien sa destinée avait été exceptionnelle.

A l’âge de 17 ans, il avait déjà acquis une formation de dessinateur industriel. Il s’engage alors dans l’aventure de la première guerre mondiale et est rapidement attaché au service du renseignement de l’Armée britannique.  Les services qu’il y rend lui valent la « British War Medal ».  Dans l’intervalle, il a subi les rigueurs d’une captivité.

La paix retrouvée, il bénéficie fort heureusement des dispositions prises pour faciliter l’accès à l’Université des jeunes militaires dont les études moyennes avaient été compromises par le fait de la guerre.  Il s’inscrit à l’Université de Liège en 1922, d’abord à l’Ecole des Mines, puis en 1923, sa vocation s’étant affirmée, il entreprend des études médicales qu’il achève en 1928.

Albert Claude séjourne alors en Allemagne où il s’initie à la culture des tissus, puis aux Etats-Unis en qualité de « fellow » de la CRB.   Là commence la plus fructueuses des carrières scientifiques.  Elle a souvent été retracée.  Rappelons tout d’abord qu’Albert Claude fit œuvre de pionnier dans divers domaines de la technologie : l’utilisation de l’ultracentrifugation différentielle et l’application du microscope électronique en Biologie cellulaire, la pratique de coupes ultrafines, l’obtention de répliques de la surface cellulaire en vue de leur étude au microscope électronique.  Il possédait en effet une habileté technique exceptionnelle, à laquelle sans nul doute l’avaient préparé les années consacrées à la pratique du dessin industriel.

Plus encore il se fit connaître par l’originalité de ses contributions scientifiques : l’isolement des mitochondries, la démonstration qu’elles sont le support des cytochromes, la découverte des microsomes, celles du virus du sarcome aviaire et la démonstration de sa présence dans les cellules.

Dans l’introduction de la « Harvey Lecture » qu’il fut appelé à faire en 1950, Albert Claude s’exprime en ces termes « In history of cytology it is repeatedly found that further advances has to await the accident of technical progress ».  C’était dire, avec une extrême discrétion, la part qu’il avait prise dans ces deux domaines.

C’est dans un rapport de Paul Bordet, daté de 1965, recommandant Albert Claude à l’attention du jury chargé d’attribuer le prix « Baron Holvoet » que j’ai trouvé cette phrase : « L’œuvre d’Albert Claude offre cette particularité commune aux œuvres fondamentales d’avoir donné lieu à des développements d’une importance telle qu’ils tendent peu à peu à faire perdre de vue la source dont ils découlent ».

Bien d’autres distinctions scientifiques lui ont été accordées entre 1965 et 1974, année qui le verra partager avec Georges Palade et notre Collègue Christian de Duve, le prix Nobel de Médecine, qui couronnait ainsi quarante-cinq années de recherches ininterrompues dans le domaine de la Biologie cellulaire au sein du prestigieux Institut Rockefeller.

En 1949, Albert Claude revint au pays natal, et accepta la direction de l’Institut Bordet à Bruxelles et du laboratoire de Biologie cellulaire qui y était attaché.  Il s’y consacra à l’étude de l’action des agents cancérigènes et au rôle de l’immunisation dans la résistance au développement des tumeurs expérimentalement transplantées.

Il travaillait seul et volontiers tard dans la nuit.  Ses exigences sur le plan expérimental, ses habitudes de travail étaient, on le devine, diversement commentées tandis qu’il poursuivait sa voie avec la même rigueur et la même simplicité, malgré les honneurs que ses insignes mérites lui avaient valus.  Comment ne garderions-nous pas le souvenir de cette exceptionnelle personnalité faite de discrétion, de douceur, de persévérance et d’intelligence ?