Académie royale de Médecine de Belgique

|

Hommage au Pr Samuël Halter, correspondant

(Séance du  17 décembre 1983)   

Hommage du Professeur Samuël HALTER, correspondant     

par le Secrétaire perpétuel Professeur Albert de SCOVILLE.

Madame,

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Président,

Mes chers Confrères,

Mes chers Collègues,

Mesdames et Messieurs,

Samuël Halter, né à Genève le 3 novembre 1916, fut élu Correspondant de l’Académie royale de Médecine le 18 mai 1974, dans le cadre de la IVème Section, Division de l’Académie qui, depuis la fondation de celle-ci en 1841, regroupe les confrères intéressés, sous le vocable : « Hygiène, Médecine légale » - ainsi que - terme quelque peu désuet, de nos jours : « Police de la Médecine ».

C’est donc là que le Professeur Halter devait rencontrer régulièrement les bactériologistes, les immunologues et les virologues, les hygiénistes, les médecins légistes, et les confrères plus particulièrement orientés vers les questions de la Déontologie et du Droit médical.

C’est avec joie qu’il avait remercié, le 1er juin de cette même année, le regretté Michel de Visscher, assurant les fonctions de Secrétaire perpétuel après le décès du Professeur Albert Dalcq.

Les raisons d’une telle élection, les trouvons-nous dans un curriculum scientifique exceptionnel ou dans des intitulés reprenant des états de service de qualité, et des activités spécifiquement orientées, dans l’intérêt du pays et celui de la Santé publique ?

L’un préfigurant l’autre, on peut affirmer que les deux volets des qualifications du Docteur Samuël Halter furent prix en considération.

En effet, il n’avait pas 25 ans quand il fut proclamé docteur en Médecine – en 1941 – en même temps qu’il était lauréat du concours universitaire.

Il fait un assistanat de Chirurgie générale chez le Professeur Robert Danis, en 1941 et 1942.  Puis il devait se passionner tout autant, par après, pour la Physiologie, soit de 1945 à 1948.

Un intervalle s’est donc intercalé ici, et il s’explique, car les événements de la guerre avaient quelque peu modifié son orientation première, puisque durant trois années – de 1943 à 1945 – il est directeur du service médical de la Marine à Liverpool, après s’être évadé de Belgique en 1942, et après avoir subi la captivité bien connue de Miranda.  C’est donc ainsi qu’il avait pu rejoindre les Forces belges en Grande-Bretagne, dès 1943.

Samuël Halter est nommé chargé de cours en 1952 – soit à l’âge de 36 ans – professeur extraordinaire en 1960, et il est promu professeur ordinaire en octobre 1967.

Ses enseignements concernent : la législation et l’organisation sanitaires ; l’administration des hôpitaux ; l’hygiène publique ; aussi bien que la législation de la radio-protection.

Il fut ainsi rapidement nommé titulaire de la chaire de Physiopathologie du travail, tant à l’Université libre de Bruxelles qu’à la « Vrije Universiteit Brussel », tandis qu’il s’efforçait de créer une « Ecole de Santé publique » au sein de ces mêmes Institutions.

En même temps que les charges universitaires, et parallèlement à celles-ci, le Professeur Halter entamait une autre et brillante carrière au sein de la Fonction publique, et ce dès 1946.

Il est tout d’abord inspecteur d’Hygiène, puis inspecteur du service des hôpitaux ; puis attaché de cabinet ministériel à la Santé publique, chez le Dr Marteau et chez M. Leburton ; directeur général de l’Hygiène en 1957 ; chef de Cabinet du Ministre Namèche, à la Santé publique, en 1968 et 1969, et il est finalement nommé Secrétaire général du même Département en 1969.

Ses titres internationaux peuvent également être succinctement rappelés, que ce soit : à la Fédération internationale des hôpitaux ; à l’OMS ; à l’Euratom ; au Conseil de l’Europe ; à l’OCDE.

Si les premières publications du Docteur Halter concernent des recherches dans le domaine des sciences de base – c’était en 1936, et il avait alors 20 ans – très rapidement ses intérêts se polarisent vers des sujets qui deviendront réellement pour lui des domaines de prédilection : l’Hygiène et l’organisation de la Médecine.

Ne trouvons-nous pas, en 1950, une publication sur la « construction et l’organisation des hôpitaux » ?  En 1951, une autre publication traitant de nouvelles conceptions de « l’ossature des bâtiments » ? ou encore des articles sur l’organisation de services de prématurés.  Egalement il traite encore du fonctionnement d’une maternité moderne et il envisage même l’organisation d’un service de radio-diagnostic.  Il écrira encore de nombreux articles : sur les problèmes de radio-protection ; sur les installations nucléaires ; sur le problème de l’eau ; sur la pollution de l’air … etc.

Les cours et conférences qu’il donnera à l’étranger, s’exprimant de manière égale et très aisément, en français, en néerlandais, en anglais et en allemand… ne se comptent plus, partout en Europe, au Japon, à Manille … Il a souvent conférencié à  Londres, Vienne, Düsseldorf, Stockholm, Berlin et Genève.

Ce simple aperçu, trop rapidement évoqué, nous permet de dire que les académiciens avaient fait un bon choix en accordant leurs suffrages au Professeur Samuël Halter, homme de Science et hygiéniste de renom, mais aussi homme d’action, et bientôt « grand commis de l’Etat ».

Notre confrère, ainsi introduit au sein de la quatrième Section de la Compagnie, se devait donc de remplir au mieux, autant son rôle d’académicien que celui de Secrétaire général de la Santé publique.

Quand ses déplacements à l’étranger, quand ses multiples obligations officielles, ou encore quand ses nombreuses charges d’enseignement universitaire le samedi matin – il était régulièrement et fidèlement présent à nos séances plénières du dernier samedi du mois.

Il y prenait alors la parole avec compétence et bienveillance envers les orateurs, au cours des discussions suivant les lectures, et il intervenait toujours à propos.

Il excellait, entre autres, dans la discussion se rapportant à l’hygiène de l’enfance, et nous nous souvenons par exemple de la brillante intervention qu’il fit après l’exposé d’un distingué clinicien britannique, au sujet de la réduction de la mortalité périnatale, tombée chez nous de 17,8 % en 1900, à un taux voisin de 1,5 % en 1980, et ce, avait-il précisé, en dehors de toute influence du budget de l’INAMI – qui lui était passé en quelques 14 années de 19 milliards à 150 milliards de nos francs – soulignant bien ainsi le rôle décisif et les efforts particuliers accomplis par l’ONE, depuis 1952.

Quand il parlait, au cours des séances solennelles de l’Académie – ou lors des séances conjointes des deux Académies royales de Médecine – en qualité de représentant des titulaires du Département de la Santé publique, MM. J. De Saeger puis Luc Dhoore – c’était toujours en termes choisis et mesurés, sans doute, mais qui ne laissaient aucun doute sur l’intérêt que le Secrétaire général du Département concerné portait aux activités de nos deux Compagnies.

Ce souci nous parut particulièrement évident lorsque le Professeur Halter assista à la séance de proclamation solennelle des prix quinquennaux du Gouvernement pour les Sciences médicales, le 11 juin 1977.  Il s’adressa alors, avec une facilité égale, en un néerlandais élégant et à l’accent parfait, aussi bien qu’en français, aux deux lauréats, tant à notre distingué Confrère le professeur Leusen, de Gand, qu’à son ancien Maître, le Professeur Paul Bastenie, de l’ULB.

Pour chacun d’eux, c’est en quelques phrases concises qu’il résuma la carrière de chercheur et de physiologiste de l’un, de chercheur et de clinicien endocrinologiste et immunologue de l’autre.  Ce faisant, le Secrétaire général qui, en outre, avait rappelé en quelques mots tout l’historique des prix quinquennaux du Gouvernement pour les Sciences médicales, en avait parfaitement mis en évidence la haute valeur scientifique et morale, « de loin supérieure à leur montant financier », ainsi que le soulignait le Président de séance, le Recteur Welsch, lorsqu’il remercia le Professeur Halter.

Ce bilinguisme parfait, cette aisance du verbe, cette élégance du style, s’extériorisèrent encore – et dans les meilleures conditions – lorsque le Secrétaire général de la Santé publique, ouvrant la séance commune et solennelle mise sur pied par les deux Académies royales de Médecine lors de la célébration du 150ème anniversaire de la Belgique, accueillit le Roi et la Reine en cette mémorable occasion, devant une assemblée de hautes personnalités médicales et scientifiques, nationales et étrangères.

De telles allocutions n’étaient jamais longues ni pompeuses, et les termes en étaient choisis et toujours excellents.

Monsieur Halter savait aussi, tout en défendant fermement ses opinions – ou la position du Département – ne pas heurter ses éventuels contradicteurs.

Il agissait avec une ferme tranquillité et une délicatesse extrême.  Son habileté également – que l’on peut qualifier de très diplomatique – témoignait de la longue habitude qu’il avait de certaines réunions, parfois complexes ou tumultueuses, tant nationales que surtout internationales.

Au sein de nos Académies, comment par exemple n’évitait-il pas d’utiliser l’expression « numerus clausus », en parlant des étudiants ou des médecins, termes qui faisaient encore – maintenant peut-être un peu moins, vu les circonstances – sursauter certains, et qu’il avait ainsi remplacés par une expression plus nuancée, comme « la fluctuation – ou la variation – du nombre des étudiants en Médecine … », et ce toujours dans le souci évident de ne pas heurter certes, mais tout autant de faire admettre plus facilement – et très habilement – telle ou telle résolution qui lui paraissait bonne à voter.

Par ailleurs, quand il le fallait, il savait avec autorité et fermeté exprimer son opinion.  Je n’en veux pour preuve que certaines expressions non équivoques de son discours, lorsqu’au cours de la 33ème assemblée mondiale de la Santé, le 12 mai 1980, la médaille et le prix Léon Bernard lui furent décernés, en sa qualité de défenseur de la Médecine sociale.

Dans son allocution de circonstance, le Professeur Halter ne put s’empêcher de constater – et ce sont ses propres termes que je n’hésite pas à rappeler mot à mot « … partout, on a été amené à céder à des pressions qui coïncidaient avec une certaine facilité et qui avaient pour effet de flatter la vanité d’un grand nombre d’hommes politiques ».  Il continuait ainsi : « Je ne citerai pour exemple que les résultats décevants d’une campagne généreuse de démocratisation de l’accès aux études universitaires qui, du fait de l’absence, de planification, a débouché sur la pléthore actuelle de médecins, infirmières, kinésithérapeutes et autres membres de l’équipe de santé, qui produisent – surtout dans les hôpitaux eux-mêmes trop nombreux, mal répartis et souvent unilatéralement suréquipés – des situations où les efforts financiers des communautés deviennent énormes, voire insupportables… ».  Il continuait sa pensée et s’interrogeant sur les remèdes à apporter, au sein de la « Communauté économique européenne », quant à cette situation… !

Ces caractéristiques et ces qualités, rencontrées chez le Professeur Halter, telles qu’elles apparaissaient au sein des Académies royales de Médecine, nous les retrouvions tout autant lorsque le Secrétaire général de la Santé publique présidait le comité de gestion du Fonds de la Recherche scientifique médicale, fonction qu’il remplit du 1er octobre 1969 jusqu’à son décès, le 13 juillet 1981, et où il se révélait tout autant parfait bilingue, homme sage, à l’autorité discrète, et à la compétence indiscutée.  Rappelons qu’il avait pris une part non négligeable à la création de cet organisme, le Fonds de la Recherche scientifique médicale (FRSM).  C’est encore à son initiative que fut créée la « Commission d’Ethique médicale » dans le cadre de ce même Fondation, commission dont il assumait également la présidence depuis le 11 juin 1976.

Mentionnons enfin, outre la présidence de la 28ème assemblée mondiale de l’OMS – comme on l’a rappelé déjà – qu’il occupa le poste de président du C.I.R.C., le « Centre international de recherche sur le cancer », à Lyon.

Toutes ces qualités que je n’ai pu qu’esquisser trop rapidement, certains des orateurs de cette journée les ont, sous un angle ou sous un autre, déjà parfaitement mises en évidence.

Ce que je voudrais me permettre d’ajouter, pour terminer ce bref témoignage de reconnaissance à la mémoire de Samuël Halter, est peut-être un souvenir personnel, le dernier que j’ai pu recueillir de lui – et Monsieur Aujaleu, je pense, ne me contredira pas.

Vous étiez venu, honoré Confrère, Monsieur Aujaleu, le samedi 27 juin 1981, nous rendre visite ce jour-là, quand vous preniez séance pour la première fois parmi nous, depuis que vous aviez été élu Membre honoraire de notre Compagnie, le 29 novembre précédent.

En exergue de l’exposé que vous alliez nous faire, vous aviez dit : « A vous tous, j’adresse mes très sincères et chaleureux remerciements avec, si vous le permettez, une mention particulière pour mon vieil ami le Professeur Halter dont l’affectueuse bienveillance me comble depuis des années et dont je suis sûr qu’il a été pour moi, auprès de vous tous, le plus efficace des avocats ».

En effet, Monsieur, si le Professeur Halter fut votre avocat et l’instigateur de cette proposition, vous avez raison de parler d’ « affectueuse bienveillance » envers vous, tant il vous tenait en très haute et amicale estime !

Et c’est au cours du déjeuner si réussi et si cordial qui nous avait réunis avec quelques confrères et collègues, que cette amitié s’est tout à fait extériorisée.

Je me souviens de la joie réelle et du plaisir que Monsieur Halter éprouvait à vous retrouver, au cours de ce repas, prolongeant une séance consacrée notamment à la Santé publique et à la Pédiatrie sociale, sujets qui vous tenaient vraiment à cœur, et qui vous passionnaient tous deux.

Dans la conversation, Monsieur Halter s’était prodigieusement intéressé à quelques problèmes et à des souvenirs d’Afrique, qu’il avait sollicités de ma part, et ce malgré la fatigue réelle qu’il ressentait, depuis les dernières semaines, semblait-il, et alors qu’il présentait des signes révélateurs du déclin de sa santé.  Et j’avais dû répondre assez longuement aux questions qu’il posait, en fonction de tout l’intérêt qu’il manifestait au cours de cet échange de vues.

Cette dernière réunion de l’Académie pendant laquelle il avait encore pris la parole avec vigueur et énergie, et ce déjeuner qu’il avait tant apprécié, devaient être les derniers : à peine quinze jours plus tard, nous apprenions, consternés, sa disparition.

Ainsi se terminait, sans transition quasi, la vie particulièrement remplie, active et laborieuse, courageuse et pleine d’efficacité tout autant, de ce travailleur infatigable qui, présent à son bureau tôt dans la matinée, ainsi qu’on l’a bien rappelé, ne le quittait que tard le soir.

Comme un de nos collègues me l’écrivait, le 16 juillet 1981, à propos du Secrétaire général « … à l’Université, c’était un professeur écouté et en fait Monsieur Halter avait réalisé le tour de force d’être à la fois un administrateur excellent, un pédagogue parfait et un homme de science ».

Rappelons encore que Samuël Halter avait été élu Correspondant étranger de l’Académie nationale de Médecine de Paris et que de nombreuses distinctions honorifiques lui avaient été décernées, dont certaines au titre militaire.  Il était titulaire notamment de la Croix des évadés et de la Médaille du prisonnier politique.  Il était encore Officier de l’Ordre de Léopold, Commandeur de l’Ordre de la Couronne et porteur de plusieurs Ordres étrangers.

Telle fut, très rapidement rappelée, la carrière de Samuël Halter, Secrétaire général du Ministère de la Santé publique, Correspondant de notre Compagnie, tuteur administratif et moral, puis-je dire, des deux Académies royales de Médecine, et en même temps président en exercice du Comité de gestion du Fonds de la Recherche scientifique médicale.

Madame, c’est à la mémoire du Confrère académicien et du Collègue universitaire que j’ai tenu à réserver ces quelques réflexions.  Puissent ces sentiments que j’exprime ici au nom de tous nos Confrères, Membres et Correspondants des deux Académies royales de Médecine, ainsi que des Membres du Comité du Fonds de la Recherche scientifique médicale, constituer pour vous un souvenir durable et l’assurance que la grande figure et les activités du Professeur Halber au sein de nos Institutions, resteront gravées dans nos mémoires.