Académie royale de Médecine de Belgique

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Propositions de MM. Brull et Roskam, concernant l'usage abusif de la streptomycine

M. le Président. – Nous avons reçu, d’autre part, une lettre de MM. Roskam et Brull, dont voici le texte :

 

Université de Liège

Faculté de Médecine

Liège, le 11 juillet 1951.

« Monsieur le Président,

 

            » Nous sommes navrés de constater quasi journellement les méfaits dus à la liberté accordée aux médecins de prescrire la streptomycine sans contrôle.

            » Des malades atteints de tuberculose fibro-caséeuse nous arrivent, dont un traitement intempestif a rendu les bacilles streptomycino-résistants, et ces cas que la chirurgie thoracique, en plein essor, eût pu sauver, sont perdus à cause de l’emploi inconsidéré de l’antibiotique. Des méningites tuberculeuses ne nous sont confiées que tardivement quand un essai de traitement infructueux, parce que conduit sans discernement, a compromis définitivement leurs chances de salut.

            » Mais il y a pire. La formule erronée : tuberculose = traitement par streptomycine, est devenue une vraie calamité sociale. Elle conduit à la création de foyers de dissémination de bacilles de Koch streptomycino-résistants. Déjà, nous voyons se présenter en nos services des primo-infections non encore traitées et dont les germes résistent à l’action de la streptomycine. Pour peu que cette situation persiste, c’en serait fait de cette puissante arme dont la bactériologie a doté la lutte contre la tuberculose.

            » Nous estimons que l’Académie royale de Médecine de Belgique ne peut assister, indifférente, à la perte d’un remède aussi précieux que la streptomycine pour la thérapeutique et l’hygiène sociale.

            » Nous nous rendons compte qu’il est psychologiquement impossible de rétablir les entraves que les pouvoirs publics avaient si judicieusement apportées à l’application du nouvel antibiotique. Du moins nous paraît-il souhaitable de tenter d’atténuer les méfaits et dangers de la streptomycino-thérapie libérée en faisant l’éducation du corps médical belge.

            » S’il estimait opportun d’entreprendre cette croisade dont la proposition pourrait faire l’objet d’une motion de notre Compagnie, le Ministère de la Santé Publique et de la Famille pourrait compter sur la collaboration des Centres d’étude de la streptomycine qui se sont créés dans nos Facultés et se tiennent au courant des progrès de la thérapeutique nouvelle, auxquels ils participent d’ailleurs activement.

            » Nous avons l’honneur, Monsieur le Président,…

 

L. BRULL.                                                                                                            J. ROSKAM. »

 

            Nous pouvons difficilement nous prononcer immédiatement à ce sujet. Il convient de confier l’étude de cette question à une Commission qui serait composée, par exemple, de MM. Roskam et P. Govaerts.

            M. J. Bordet. – Et de vous, Monsieur le Président. Vous êtes compétent en la matière.

            M. le Président. – Il y a ici des Collègues plus compétents que moi sur l’ensemble du problème.

            Nous désignerions aussi MM. Gengou et Brull et M. le Secrétaire perpétuel.

            M. le Secrétaire perpétuel. – Beaucoup d’entre nous font des analyses sur la résistance aux antibiotiques depuis quelques années déjà.

            M. J. Bordet. – Quant à moi, j’ai toujours souhaité voir s’établir une collaboration plus intime et plus étroite entre l’Académie royale de Médecine et le Conseil supérieur d’Hygiène. Le Conseil supérieur comporte plusieurs sections, dont l’une s’occupe spécialement de l’étude des maladies infectieuses y compris la tuberculose. Un combat pourrait s’établir à cette occasion-ci pour arriver à des résultats plus efficaces.

            M. le Président. – Nous écrirons au Conseil supérieur d’Hygiène pour lui communiquer la motion de MM. Roskam et Brull, et lui demander s’il lui convient de nous faire part de son avis à ce sujet.

            M. J. Bordet. – Je suis Président du Conseil Supérieur d’Hygiène, mais M. Gengou a toute l’autorité voulue à ce sujet, puisqu’il est à la tête de la section compétente, et j’aime mieux que cette section intervienne.

            L’Académie pourrait donc demander au Secrétaire général du Conseil supérieur d’Hygiène, M. Van de Calseyde, d’inscrire cette question à l’ordre du jour. De cette façon, nos efforts mutuels seraient coordonnés et concordants, ce qui aurait plus de poids sur le Gouvernement.

            M. J. Bordet. – L’Académie ne croit-elle pas qu’il serait bon aussi de mettre à l’étude une motion sur l’abus des antibiotiques en général, abus qui constitue un danger pour la santé publique. On abuse également, en effet, de la pénicilline et d’autres antibiotiques.

            M. le Président. – Je remercie MM. Jules et Paul Bordet de leur intervention.

            Les problèmes qu’ils ont soulevés seront soumis à la Commission, qui sera composée, si l’Académie est d’accord, de MM. Gengou, Bruynoghe, P. Govaerts, J. Roskam, L. Brull et de votre Président. (Assentiments.)

            M. le Secrétaire perpétuel. – Le Bureau convoquera donc les Membres de la Commission et écrira à M. Van de Calseyde, Secrétaire général du Conseil supérieur d’Hygiène, pour le prier de soumettre les mêmes questions à l’étude de ce Conseil.

            Séance du 14 juillet 1951.