Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé Raymond Limet, correspondant

(Séance du 27 juin 1992)  

DÉTERMINATION DU TAUX D’EXPANSION ET DE L’INCIDENCE DE RUPTURE DES ANÉVRYSMES DE L’AORTE ABDOMINALE       

par Raymond LIMET, correspondant.

Nous avons étudié 114 patients (d’une série consécutive de 797 personnalités admises pour un anévrysme de l’aorte abdominale) qui n’ont pas eu de traitement chirurgical immédiat pour différentes raisons : refus du patient, haut risque chirurgical, ou trop petit diamètre transverse de l’anévrysme, attesté par le CT scan et l’ultrasonographie.  Tous les sujets non opérés ont subi de deux à six examens pendant un suivi moyen de 16,8 mois (extrêmes, 3 à 132).  Quarante-sept malades (41,2 %) ont été dans la suite opérés de manière élective pour augmentation marquée du diamètre transverse de l’anévrysme (n = 44) ou pour d’autres raisons (n = 3), avec un taux de mortalité de 0 %.  Dix-huit autres patients ont subi une intervention en urgence pour rupture franche ou débutante de l’anévrysme ; il y a eu cinq décès.  L’incidence de rupture est nettement dépendante de la valeur de la taille finale du diamètre ; elle va de 0 % pour les anévrysmes plus petits que 40 mm à 22 % pour les anévrysmes de grande taille (> 50mm).  Parmi les 49 malades qui n’ont pas été opérés, un est mort d’une rupture survenue avant l’intervention et cinq de cause sans rapport avec la maladie.  En comparant les mesures individuelles, nous avons déterminé un taux linéaire d’expansion de l’anévrysme, qui s’est avéré dépendant de la valeur initiale du diamètre : 5,3 mm par an pour les diamètres inférieurs à 40 mm (n = 49), 6,9 mm par an pour les diamètres compris entre 40 et 49 mm (n = 41) et 7,4 mm pour les diamètres égaux ou supérieurs à 5o mm (n = 24).  Nous avons aussi mis au point un modèle exponentiel basé sur les paramètres des personnes, et déterminé ainsi pour chaque cas un taux d’expansion « exponentiel » exprimé en années -1. La moyenne générale s’élève à 0,129 années -1, et les valeurs individuelles se sont révélées indépendantes du diamètre initial.  La supériorité du modèle exponentiel sur le modèle linéaire s’est avérée statistiquement significative.  Notre étude confirme que l’expansion de l’anévrysme à un moment donné est fonction de la valeur du diamètre ; elle montre que l’évolution de la maladie dans le temps peut être prédite par un modèle exponentiel ; elle suggère aussi que le risque de rupture n’est pas seulement proportionnel à la taille de l’anévrysme, mais aussi à sa vitesse de croissance.