Académie royale de Médecine de Belgique

|

Eloge de feu le Pr Carl Stainier, membre titulaire et ancien Président

(Séance du 25 janvier 1992)   

Éloge académique du Professeur Carl STAINIER, membre titulaire et ancien Président,   

par Claude LAPIÈRE, membre titulaire.  

Je tiens à affirmer tout d’abord que c’est un honneur pour moi d’évoquer ici la carrière et la personnalité du professeur Carl Stainier, membre titulaire et ancien président de notre Compagnie. 

J’ai été son élève, son assistant, son chef de travaux, son agrégé et son associé, avant d’être son collègue.

J’avais pour lui une estime qui s’est vite muée en admiration et, oserais-je le dire, en une amitié que je lui ai manifestée jusqu’au bout.  C’est avec une particulière émotion que je veux lui rendre un hommage éminemment mérité.

Fils de pharmacien, Carl Stainier vit le jour à Haccourt, dans la Basse-Meuse, à la naissance du siècle, le 2 janvier 1900.  Après de brillantes études secondaires au collège St Hadelin à Visé, il entreprend les études de Pharmacie à l’Université de Liège, où il est promu pharmacien en 1924, avec la plus grande distinction.

Déjà pendant son stage, il collabore à la direction des travaux pratiques des cours de « Denrées alimentaires » et de « Pharmacie pratique » et, dès l’obtention de son diplôme, il est nommé assistant dans le service de Bromatologie du professeur R. Vivario.  Ce dernier dirigera sa thèse de doctorat, défendue en 1929 avec grande distinction.  Son mémoire était intitulé : « Les éléments de la constante moléculaire des laits » et tout de suite se manifestaient ses qualités d’analyse, et surtout, cette intuition scientifique qui perçoit rapidement ce qui, dans une série de résultats expérimentaux, est susceptible de généralisation.

Pendant son séjour dans le service du professeur Vivario, il s’intéresse déjà à l’analyse des médicaments, tant à l’état pur que sous forme de spécialités pharmaceutiques, et dès 1925 le ministère de l’Intérieur et de l’Hygiène fait appel à lui pour l’analyse des produits prélevés par le service de l’Inspection de la Pharmacie.

En 1930, Carl Stainier est nommé chargé de cours lors de la succession du professeur E. Hairs.  Il demande et obtient la création d’un cours autonome intitulé : « Altérations et falsifications des substances médicamenteuses », qui changera ultérieurement de dénomination pour devenir « Analyse des médicaments ».  Il est le tout premier en Belgique, et peut-être au monde, à saisir l’importance de cette discipline aujourd’hui universellement enseignée.  Nommé professeur ordinaire en 1937, il devient en outre titulaire du cours de « Chimie pharmaceutique organique » et finalement de « Chimie pharmaceutique minérale » lors de l’admission à l’éméritat du professeur F. Schools.

On peut dire que la presque totalité des recherches du professeur Stainier relève de la chimie analytique et plus spécifiquement de l’analyse des médicaments, domaine dans lequel il a fait œuvre de pionnier.

La chimie analytique ne couvre guère d’honneurs ses adeptes.  Et pourtant … !  Où en serait aujourd’hui sans elle la Biochimie, la Pharmacocinétique…, pour n’en citer que quelques-unes des disciplines susceptibles d’intéresser cet auditoire ?  Sait-on assez les incroyables progrès réalisés dans de nombreux domaines chaque fois que les techniques analytiques de pointe réussissent à abaisser la limite de leur sensibilité d’un exposant de dix ?

Carl Stainier s’est intéressé à toutes les classes de médicaments.  Compte tenu des moyens techniques disponibles à cette époque, ses travaux sur l’analyse qualitative et quantitative des mélanges anti-névralgiques, très en vogue à ce moment, constituent un modèle du genre.  Il est l’auteur ou le promoteur de très nombreuses publications.  Toujours disponible, il stimulait l’esprit de recherche de ses collaborateurs, leur apportant non seulement le fruit de son expérience scientifique, mais aussi son soutien moral en leur laissant le plus souvent la primauté lors de la publication.  C’est ainsi qu’il a dirigé maints travaux de doctorat et trois thèses d’agrégation de l’enseignement supérieur.

L’œuvre du professeur Stainier a été appréciée à sa juste valeur aussi bien sur le plan international que sur le plan national.

Il était titulaire de la médaille d’or Flückiger, membre de l’Académie nationale de Médecine de France, de l’Académie nationale de Pharmacie, de l’Académie royale de Pharmacie de Madrid et de celle de Barcelone, membre d’honneur de la société italienne des Sciences pharmaceutiques.

Les universités de Lille, de Bordeaux et de Poznan lui avaient conféré l’épitoge de docteur « honoris causa ».  Correspondant de notre Académie en 1946, puis membre titulaire en 1960, il a toujours manifesté un grand intérêt envers notre Compagnie dont il a assuré la présidence en 1971.

Le professeur Stainier a enseigné pendant près de quarante années et a inculqué la rigueur scientifique à d’innombrables étudiants en Pharmacie.       

Il a publié plusieurs éditions de son cours de Chimie pharmaceutique et surtout d’un cours d’ « analyse des médicaments » qui, unique en son genre, s’est répandu largement.

Conscient de la nécessité d’un enseignement post-universitaire, il a collaboré pendant près d’un demi-siècle à celui qui est dispensé par l’association des anciens élèves de notre école liégeoise de Pharmacie, fondée dans les années trente, et qu’il présida durant plusieurs décennies.

Son expérience de l’analyse des médicaments l’a tout naturellement conduit à assurer sa collaboration à la commission de la Pharmacopée belge et encore à celle de la Pharmacopée européenne, dont il fut en fait un des fondateurs, Pharmacopée européenne élaborée sous l’égide du « comité de Santé publique » du Conseil de l’Europe et dont il assuma la présidence de 1968 à 1971. 

Le professeur Stainier a enseigné pendant près de quarante années et a inculqué la rigueur scientifique à l’innombrables étudiants en Parmacie.

Il a publié plusieurs éditions de son cours de Chimie pharmaceutique et surtout d’un cours d’ « analyse des médicaments » qui, unique en son genre, s’est répandu largement.

Conscient de la nécessité d’un enseignement post-universitaire, il a collaboré pendant près d’un demi-siècle à celui qui est dispensé par l’association des anciens élèves de notre école liégeoise de Pharmacie, fondée dans les années trente, et qu’il présida durant plusieurs décennies.

Son expérience de l’analyse des médicaments l’a tout naturellement conduit à assurer sa collaboration à la commission de la Pharmacopée belge et encore à celle de la Pharmacopée européenne, dont il fut en fait un des fondateurs, Pharmacopée européenne élaborée sous l’égide du « comité de Santé publique » du Conseil de l’Europe et dont il assuma la présidence de 1968 à 1971.  Il faut savoir que la première impulsion pour l’élaboration d’une Pharmacopée européenne trouve sa source dans les contacts établis par le professeur Stainier, le professeur Vogelenzang de Leide l’Inspecteur général Robert du Luxembourg qui, au départ, voulaient créer une Pharmacopée Bénélux.

Carl Stainier a combattu pendant des années pour l’élaboration d’une législation sur le contrôle des spécialités, ce qui a abouti à la loi de 1955, à l’institution d’un fonds des médicaments et à la création du « service de contrôle des médicaments » (SCM).  Les résultats de ce contrôle ont fait l’objet d’une plaquette des services de l’Inspection de la Pharmacie qui montre combien ce contrôle était nécessaire pour l’épuration du marché pharmaceutique, trop longtemps resté à la merci de commerçants peu scrupuleux, au détriment de la santé publique, santé publique à laquelle le professeur Stainier a rendu, en cette occurrence, un service trop méconnu et qu’il me plaît de rappeler.

En dehors de ses charges d’enseignement et de recherche, il manifestait une intense activité, notamment pour la défense de la profession de pharmacien, profession de son père et de plusieurs de ses enfants.  Il en a toujours promu et défendu les principes essentiels : compétence, responsabilité et dignité.  Il a occupé la présidence du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, de 1965 à 1980.  Il y a imposé sa haute stature intellectuelle et morale, il a voulu y laisser son dernier témoignage, la dernière marque de sa foi dans l’importance du rôle que le pharmacien doit remplir dans notre société. Qu’il me soit permis de faire revivre l’esprit qui l’animait en citant un passage de son allocution, prononcée lors de la célébration du 25ème anniversaire de la création de l’Ordre des pharmaciens : « Si le pharmacien exerce une partie de l’art de guérir, il doit accepter toutes les obligations, toutes les servitudes qui en découlent, si nombreuses et si exigeantes soient-elles ; mais en contrepartie, il faut assurer au pharmacien des conditions de vie dignes de la responsabilité qu’il assume, dignes de la mission qui lui est confiée.  Le premier principe que le pharmacien doit respecter, c’est que l’intérêt du malade doit passer avant toute autre considération et notamment avant son propre intérêt ».

Sa démission de la commission européenne de Pharmacopée a été rapidement suivie de celle du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens.  Encore l’une ou l’autre apparition aux séances de notre Compagnie, puis Monsieur Stainier a cessé toute activité publique.  Son épouse malade justifiait bien sa présence constante à ses côtés.  Son épouse qui avait été pour lui le soutien moral pendant toute sa carrière, elle à laquelle le liait une affection jamais démentie le méritait bien, elle qui lui avait donné neuf enfants dont quatre sont devenus pharmaciens et quatre médecins.  Aussi le décès de Madame Stainier, en 1983, devait-il le marquer profondément.

Le 4 juin 1991 s’est éteint celui qui fut sans doute la plus haute figure de la Pharmacie belge et européenne de ce siècle.  Pour ses anciens collaborateurs, pour tous ceux qui ont été les témoins privilégiés de sa compétence, de son labeur et de sa rigueur intellectuelle et morale, sa mort a provoqué le même fracas que celui d’un chêne qu’on abat !

Au nom de l’Académie royale de Médecine de Belgique, je veux assurer ses enfants, ses beaux-enfants, sa nombreuse descendance, de nos condoléances émues et de notre admiration pour la haute figure de Monsieur le Professeur Stainier.

L’Académie, debout, se recueille longuement à la mémoire de son ancien Président.