Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge de feu le Pr Maurice Appelmans, membre titulaire et ancien Président

(Séance du 27 novembre 1993)   

Éloge académique du Professeur Maurice APPELMANS, membre titulaire et ancien Président,   

par Jean MICHIELS, membre titulaire.

Le septième professeur d’Ophtalmologie de l’Université catholique de Louvain, depuis l’indépendance de la Belgique, s’est éteint le 23 mai 1993.

C’est mon Patron qui est mort.  Il s’en est allé, conscient de la fin proche.  Il s’acceptait.   Il meurt, toutefois, presque sans le savoir, comme il l’a souhaité, dans sa maison et auprès de sa femme.

J’ai salué mon Maître sur un lit, drapé de blanc, orné de quelques fleurs d’affection et de reconnaissance.  Il repose, magnifique, déridé, d’un repos qu’il n’a jamais cherché, mais qu’il a mérité.

Les funérailles sont émouvantes, dans la petite paroisse St Antoine, où sont réunis, autour de la famille, collègues, anciens élèves, amis, son médecin et conseiller, le professeur J. Arcq.

Le décès de Monsieur Appelmans est d’autant plus poignant que, trois semaines plus tard, Madame Appelmans le rejoint.  Le jubilé de 65 ans d’union, en octobre de cette année, se fêtera au-delà de la route terrestre qu’ils ont parcourue ensemble.

Jean, Pierre, Maurice Appelmans est né à Gooik, le 1er avril 1902.  Il a vécu le 20ème siècle.  Maurice a deux quand son père meurt !  La jeune veuve attend un troisième enfant.

Ce que Monsieur Appelmans écrit au sujet de son prédécesseur, le professeur Anatole Vanderstraeten, ne vous paraît-il pas une autobiographie impressionnante : « La mort prématurée de son père fut une cruelle épreuve.  Elle contribua à la maturité de son esprit, studieux et réfléchi.  Il rendit à sa mère tout l’amour vigilant dont elle l’entoura.  Nonagénaire, il accepta le requiem, sans craintes et sans souffrances, dans la plus complète lucidité ».  Il n’y a qu’à changer le nom !  Maurice Appelmans vouera à sa mère, dont le courage fut inexprimable, une dévotion méritée.  Il reconnaît les fruits de l’éducation maternelle.  Il est plein d’affection pour ses deux sœurs.

Il suit avec assiduité l’école primaire dans le village natal.  Il avait plaisir à raconter qu’en hiver, le maître venait en sabots fourrés de paille ou de papier.  Les bancs étaient tous occupés dans le local chauffé.  Quel contraste avec les mois d’été : plus de la moitié des élèves suivant la moisson plutôt que les leçons !

Il garde un excellent souvenir des humanités gréco-latines au Collège Saint-Augustin à Enghien.  Que de fois exprimait-il son regret de voir tant de jeunes abandonner ce qu’il estimait être base d’humanisme et d’érudition.

Il citait de maximes latines que grecques, bien que le timbre de sa voix s’accordait davantage avec les terminaisons de la langue de Démosthène et, il y a Hippocrate !  N’exagérait-il pas quand il se demandait si les jeunes médecins étaient encore conscients de la valeur du serment ?  N’est-ce pas plutôt le type même de la réserve ou de la méfiance du Pajottenland ?

C’est alors qu’on lui présente l’exploitation d’une belle ferme dans cette partie du pays.  C’est tentant.  Mais conseillé par un oncle médecin et encouragé par sa mère, il se destine à la Médecine.

Il terminera les études universitaires en 1925, avec grande distinction.  L’envergure s’affirme.  Il combine études de Médecine et travail de recherche dans le laboratoire du professeur Manille Ide.

La même année il est lauréat des bourses de voyage du Gouvernement grâce à ses travaux sur « Les infections isovisqueuses dans le sang ».

C’est alors que le recteur, Mgr Ladeuze, confie au professeur Ide son grave souci au sujet de la carence médicale belge au Congo et que paraissent, au Moniteur belge de décembre 1925, les statuts de la « Fondation médicale de l’Université de Louvain au Congo » - ou « FOMULAC », les promoteurs en étant le professeur F. Malengreau et le Père Charles, s.j.

Le jeune boursier écoute son patron.  Il suit les cours de Médecine tropicale au parc Duden à Uccle, puis, en 1926, il s’embarque pour le Congo.  Dès son arrivée, il est plongé dans le « bain de brousse », immense, de la Pathologie tropicale et va s’intéresser particulièrement aux manifestations oculaires, dont vous avez eu des échos à cette tribune, l’onchocercose, sans négliger la malaria, la trypanosomiase et la variole.  Il constate notamment que des médicaments efficaces sont parfois nocifs pour l’appareil visuel.  L’amaurose quininique est connue et l’atoxyl (R) est plus toxique que la tryparsamide (R) pour le nerf optique.  Les observations cliniques et expérimentales lui permettent, avec Fr. van den Branden, de confirmer les faits.  L’adjonction d’hyposulfite de soude en réduit la neurotoxicité mais la néphrotoxicité en limite l’administration.

En 1928, après deux ans de travail intense, c’est le retour, heureux de l’expérience vécue.  Le cerveau et les valises débordent d’observation et de souvenirs anecdotiques.  Il n’oubliera jamais l’Afrique, le Congo : on a l’impression qu’il y a passé la moitié de sa vie.  C’est une deuxième patrie !

Par ailleurs les portes de son service seront toujours largement accessibles aux médecins, missionnaires, infirmières, qui souhaitent s’instruire ou se recycler pour assurer, au mieux, les soins dans de postes isolés, voire dans les hôpitaux équipés.

Il n’hésitera pas non plus à s’intéresser à la « Fomulac » dotée de trois cliniques : Kisantu, Kalenda, et Katana.  La mort prématurée de son ami le professeur E. van Campenhout avait laissé vide le pose de secrétaire général de la Fomulac.  Maurice Appelmans accepte la charge.  Il sera aidé par des amis et collaborateurs efficaces, les docteurs Delville et Kivits.

En 1973, il s’envolera à nouveau pour le Zaïre.  Il m’adressa une carte postale, illustration de la statue équestre du Roi Léopold II, carte qu’il accompagne d’une petite notice : « La carte se end encore mais le monument n’y est plus… » !  S’il note la régression du paludisme et de la trypanosomiase à Katana, il doit déplorer l’étendue effrayante de la dénutrition.

En 1983, il sera élu président d’honneur de la Fomulac.  Il est parlera encore pendant dix années.

La vie et l’enseignement de Maurice Appelmans sont imprégnés de l’influence d’Afrique.  Il a encore noté que les Bantous ont une acuité visuelle supérieure à la nôtre, et que les déficits de perception des couleurs y sont exceptionnels.

Arrêtons ici les diverses étapes, si variées et si enrichissantes, de l ’épopée scientifique africaine.

* * *

En 1928, il retrouve son village, planté le long d’une chaussée romaine, - par définition droite, - telle qu’il voudra sa vie.  Un chemin de traverse le mène parfois à Petit-Enghien : c’est là qu’il rencontrera Marie-Louise Balot qui, la même année, deviendra Madame Appelmans.

L’année 1928 se révèle riche en évènements : le professeur Vanderstraeten l’accueille dans le service d’Ophtalmologie et il devient aspirant du FNRS et ce jusqu’en 1932.  Il donnera des notions d’Ophtalmologie aux futurs missionnaires et aux agents coloniaux.   

En 1936, le Recteur, M. Ladeuze, lui demande d’assurer l’enseignement de l’Ophtamologie en faculté de Médecine, et ce dans les deux langues nationales.  Voilà donc un ardent souhait qui est comblé, d’autant qu’en même temps il est nommé chef du service d’Ophtalmologie.  L’autorité du professeur Appelmans est rapidement et solidement assise.

L’enseignement très vivant, est complété par les illustrations de patients qu’il fait examiner par les étudiants.  Pour lui, enseigner est aussi stimuler la recherche : il propose des travaux cliniques et expérimentaux, dans différents domaines de sa discipline.                  

Que de médecins ne se souviennent-ils pas encore de l’exposé théorique, illustré par des planches en couleur et d’excellents schémas, très synthétiques, au tableau.  L’apothéose innovatrice, l’illustration vivante, complétaient le cours.  Les malades consentants, parfois fiers d’être « un cas » étaient introduits dans l’amphithéâtre.  Le bras du maître se tend.  L’index en crochet appelle un candidat : « venez et examinez ».  Cinq malades, cinq directions, cinq candidats.

Le stress des appelés contraste avec le calme de l’auditoire.  Mais tout candidat-médecin profite des questions ou remarques, parfois acerbes du Maître, surtout si, chez un sujet accidenté, on a oublié le « ubi, quando, quomodo ».

L’enseignement clinique se poursuit aux consultations.  Des anciens sont heureux d’y revenir.  La présence journalière du chef de service justifie son exigence quant à la régularité.  Aucun malade sérieux ne pouvait lui échapper.  L’anamnèse des cas présentés devrait être fouillée, car « la vérité est souvent au fond du sac ».  

Le dévouement de M. Appelmans envers les malades est un exemple pour tous.

L’Ophtalmologie est avant tout médicale.  La chirurgie le passionnait moins.  Il se méfiait des techniques d’avant-garde.  « Vous laisseriez-vous faire cela ?, quand le recul parait insuffisant.

Que d’observations cliniques méticuleuses, ou l’introduction d’un travail en cours, ne furent-elles pas présentées aux sociétés belges et étrangères.  Il fallait son assentiment.  Il était, toutefois, sensible aux suggestions, ouvert aux discussions, tout en restant le « magister dixit », intransigeant sur le fond et la forme.  « Ce que vous avez à dire, dites-le ».  La connaissance de l’historique de la question est essentielle.  L’intérêt, c’est d’ajouter une pièce au puzzle ».

La vocation d’enseigner se complète par quatre éditions de « Leçons sur les maladies des yeux ».

En 1940, les troupes hitlériennes s’acharnent sur l’Université : il ne reste qu’un pan de mur des locaux de l’Ophtalmologie.  Le professeur Appelmans ne laisse pas tomber les bras.  La collégialité joue.  Quelques locaux abritent consultations, hospitalisation et laboratoire.  Il n’hésitera évidemment pas à accueillir les étudiants de l’Université libre de Bruxelles, expulsés par l’occupant : il leur ouvre également les portes du service.

L’enseignement théorique et pratique va se poursuivre durant 36 années, jusqu’à l’éméritat.  J’ai ressenti l’émotion de mon patron, quand, me remettant les clefs de son bureau, il me dit « Voici les clefs du paradis ».  Il ajoute « Bonne chance à Woluwé » !  C’est conscient de l’avenir qu’il a prévu le clivage, qu’il désapprouve, mais il a préparé à la succession, un collaborateur de chaque régime linguistique.  Le professeur Missoten de la « Katholieke Universiteit Leuven », m’a d’ailleurs demandé de l’associer à cet hommage.

Monsieur Appelmans a accepté de participer à l’inauguration du nouveau service d’Ophtamologie à Louvain-en-Woluwe.  Il n’a jamais caché son désaveu de la scission.  « J’ai connu Louvain quand c’était la ville dont la densité intellectuelle était la plus forte de Belgique ».  Il clame son incompréhension et sa consternation : « Je ne me suis laissé énucléer ni l’œil droit, ni l’œil gauche » ! Rappelons qu’il avait donné son enseignement dans les deux langues.

Revenons un instant à l’éméritat.  Nous sommes en 1972.

L’éméritat c’est comme les vacances.  Il ne s’arrête pas de lire.  Il écrit, entre autres, deux plaquettes sur l’enseignement de l’Ophtalmologie à Louvain.   Il s’intéresse aux ouvrages paraissant sur Léopold II, le Congo, sur l’histoire de la Médecine, en particulier, de l’Ophtalmologie, et de « la lumière ».

Il cherche et il découvre un manuscrit inédit, daté de 1773, comportant 240 feuillets, rédigés en latin par Jean-Joseph Gérard, natif du namurois.  C’est un philosophe qui écrit un « Traité de la lumière ».

Je tiens encore à ajouter un autre fait historique auquel Maurice Appelmans tenait : c’est l’affiche originale de la vente des « Annales d’Oculistique » par les héritiers d’Evariste Warlomont, lui-même président de notre Compagnie en 1886.  C’est un document qu’on pouvait regarder, sans y toucher !

Par ailleurs, il apprécie Marguerite Yourcenar « plus belge que française ». Il reprochera néanmoins certains jugements…

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Que fut le rôle de Maurice Appelmans au sein de la société belge d’Ophtalmologie ?  Sa capacité de travail lui permet d’accepter les fonctions de secrétaire général dès 1940.  Les débuts sont pénibles.  L’ouragan hitlérien déferle.  Aussi, avec le professeur Marcel Dani, il va convaincre les membres du comité : aucune réunion ne se tiendra sous l’occupant.

En 1945, les activités reprennent.  Il est présent à chacune des trois réunions annuelles.  I veille scrupuleusement à l’organisation et à l’intérêt scientifique des séances.  Les importantes participations belges et étrangères sont déjà une forme d’hommage reconnaissant qu’il partage avec ses collègues du comité.

En 1971, ces sentiments vont se concrétiser par la souscription d’une médaille souvenir.  L’avers le montre coiffé du bonnet, revêtu de la toge.  Le profil aux traits durs est cartésien et assez autoritaire.  Le revers représente deux pommes.  Elles rappellent le nom et « que les jeunes récoltent les fruits des aînés » « Carpent tua poma nepotes ».  Il deviendra membre d’honneur des sociétés belge et française d’Ophtalmologie, ainsi que de l’Institut Barraquer à Barcelone.  

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Ouvrons maintenant le dossier de l’Académie royale de Médecine.  C’est un nouvel aspect des activités du professeur Appelmans.  Le 30 juin 1951, il est reçu correspondant.  Il  deviendra membre titulaire en 1963 et après avoir présidé les commissions de la troisième Section, il occupera le fauteuil présidentiel en 1978.

L’Académie royale de Médecine est la couronne dont le dais domina l’éventail des activités de Maurice Appelmans.  Il aimait franchir le seuil de la porte de ce qu’il appelait « la forteresse ».  Il appréciait les réunions programmées par le Secrétaire perpétuel « qui incarne la mémoire et la conscience de l’Institution ».

L’Académie comble les fossés de l’éméritat.  Ce n’est que ces dernières années, quelque peu ternies par ce qu’il appelait les inconvénients de l’âge, qu’il abandonnera.  Il tint néanmoins à assister, een toge, à la cérémonie solennelle du 150ème anniversaire de notre Compagnie et il y présenta ses très respectueux sentiments d’attachement à S.M. la Reine Fabiola.  Souvenons-nous aussi, qu’au terme de sa présidence, il avait encore rendu un vibrant hommage à ses anciens Maîtres.

Il décrira une dernière fois à cette même tribune, ce qui fut son premier souci : « la gravité de l’onchocerca coccutiens ».  Ainsi, oriente-t-il encore ses préoccupations vers les besoins du Tiers-monde, vers l’Afrique, sa seconde patrie !  Il terminera en disant qu’une page est tournée.  Tel est le livre d’une vie active, bâtie sur l’intelligence, le travail, l’érudition, livre qui reste ouvert, témoin précieux, pour ceux qui ont connu le professeur Appelmans. 

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Avant de conclure, soulignons encore le caractère humain du Patron, sa convivialité, son art de vivre.

On peut dire que sans être « sportif », Monsieur Appelmans était un « lutteur ».  Si la balle pelote de son pays natal ne l’a guère intéressé, c’était un grand marcheur : en effet l’aller-retour, deux fois par jour, entre son domicile et la clinique, dépassait les quelque six kilomètres.  En boutade, il m’avait dit : « Mais, Michiels, pour être considéré comme sportif, je devrais dire que je pratique le « footing » !

Les vacances n’étaient pas synonymes d’oisiveté.  Il les partageait entre le « domaine féodal de Warelles », contigu au parc d’Arenberg à Petit-Enghien, et la propriété familiale d’Enghien, où l’attendaient sa mère et ses sœurs.  Il pouvait ainsi y remuer « les souvenirs de famille ».  Il lisait énormément.

Avec Madame Appelmans, il revoit son Pajottendand, bien différent du Hageland.  Ensemble, ils retrouvent Gooik et longent la chaussée romaine, revoyant les saules creux qui défient le temps.

Maurice Appelmans chante ce pays, immortalisé par les toiles de Breughel et de Bytebier.  C’est un « pays de cocagne » écrit-il.  « Dès le XVIème siècle, la table y est garnie de vaisselle d’étain et  de poteries vernies de Bruxelles ».      

Madame Appelmans aimait aider son mari et elle le fit durant toute sa vie, dans tous les domaines, notamment celui de la gastronomie.  Elle le savait fin gourmet et bonne fourchette.  Les invités connaissaient et appréciaient également ces qualités du maître de maison…  Monsieur Appelmans était très heureux de pouvoir offrir, de sa cave, des vins de qualité aux mille bouquets.

Ainsi qu’il le disait, reçu chez quelqu’un, son appréciation repose sur deux critères essentiels : la bibliothèque et la cave.  Curieux et méfiant, il s’assure que les livres n’étaient pas de simples objets d’ornement, mais bien lus, et par ailleurs les vins à déguster et non pures pièces de collection.

Il aimait également recueillir toute une série de médailles de congrès, belges ou étrangers, et avait une certaine prédilection pour d’anciennes monnaies, en particulier celles du Congo indépendant.  De même les pièces d’ivoirerie ne le laissaient nullement indifférent.

Soulignons par ailleurs un autre tait de sa personnalité : les sentiments de reconnaissance qu’il éprouvait envers tous ses Maîtres.

Trois fois l’an, il rendait visite à son prédécesseur, le professeur Anatole Vanderstraeten.

Le professeur Manille Ide était l’objet d’une réelle vénération.  C’est ce Maître, lui-aussi ancien président de notre Compagnie, qui l’avait réellement « mis sur orbite ».  Comme d’autres collègues, Maurice Appelmans fut stupéfait d’apprendre que le professeur Ide est arrêté et emprisonné en 1942 à St Gilles, par la police militaire allemande !  Mais la dignité l’emportera sur l’infamie d’un délateur qui d’ailleurs s’était rétracté : le professeur Ide sera libéré.  Peu après, un bombardement allié détruit la maison du professeur Ide, assez voisine de la gare de Louvain.  Celui-ci acceptera l’invitation de Monsieur et Madame Appelmans, et pourra jouir, chez son élève, d’un paisible confort : c’est là qu’il s’éteindra en 1944.

 ***

Comment conclure cet éloge académique sinon en affirmant que le professeur Maurice Appelmans a toujours agi selon sa conscience, ce que, s’il a dû franchir de dures étapes, jamais il n’aura négligé le devoir.

Son franc parler ne lui avait pas non plus valu que des amis… !

Je reviens à la dernière dédicace d’une publication qu’il m’offrit : « In Omnia Veritas ».  C’est avec un sourire, un tantinet narquois, qu’il disait « De mortuis, nihil nisi bonum ».

Maurice Appelmans n’a jamais supporté la flatterie.  Jean de la Fontaine était un de ses auteurs préférés : « Je ne veux pas être le corbeau de la fable » !  Ainsi avait- il tellement apprécié le cadeau qu’au nom de l’Académie, au nom de vous tous, mes chers confrères, le secrétaire perpétuel lui avait remis à son domicile à Louvain, le jour de son 90ème anniversaire, alors qu’il commençait à se sentir quelque peu diminué.  C’était une édition rare des « Fables de la Fontaine », souvenir qu’il avait lui-même choisi et qui lui causa une joie réelle.

Le Secrétaire perpétuel et le Bureau m’ont fait confiance pour la rédaction de l’éloge académique de mon Patron.  C’et en leur nom et en celui de tous les membres de notre Compagnie, que je présente nos sentiments de compassion et de vive sympathie aux membres de sa famille.

Monsieur Maurice Appelmans et son œuvre sont assurés de la pérennité.

L’assemblée, debout, se recueille longuement à la mémoire de son ancien Président.