Académie royale de Médecine de Belgique

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In Memoriam Pr Cesare Bartorelli, membre honoraire étranger

(Séance du samedi 27 février 1993)

par Jean LEQUIME, membre titulaire.  

L’Académie royale de Médecine de Belgique a perdu, il y a peu de mois, un de ses membres honoraires parmi les plus distingués : le professeur Cesare Bartorelli, président du Centre cardiologique et directeur de l’Institut de recherches cardio-vasculaires de l’Université de Milan.

Bartorelli était un remarquable physiopathologiste pour qui j’avais une très grande estime et une profonde amitié.

Il fut un pionnier dans le domaine des recherches consacrées à l’hypertension artérielle et son nom se situe, à juste titre, aux côtés d’autres pionniers : Sir George Pickering, Lord Rosenheim, Paul Milliez, Franz Gross, Irving Page.  Bartorelli fut un des fondateurs de la Société internationale de l’Hypertension.  L’idée de créer cette société fut avancée lors d’un symposium intitulé : « Antihypertensive therapy : basis and practice » qu’il organisa avec Franz Gross à Sienne en 1965 ; elle se développa lors d’un meeting ultérieur présidé par Paul Milliez à Paris et se concrétisa à Cleveland en 1966.  La contribution de Bartorelli au succès de cette nouvelle société fut capitale, en particulier lorsqu’il présida ses second et troisième congrès scientifiques à Milan en 1972 et 1974.  En reconnaissance de son rôle, la société organisa, en son honneur, son huitième congrès à Milan en 1981, à l’occasion de son septantième anniversaire.   

Bartorelli avait acquis sa formation de physiologiste à l’Université de Zurich où il travailla longtemps avec l’illustre Prix Nobel, Walter Rudoloph Hess.  Il comprit très vite que la Médecine moderne devait s’appuyer essentiellement sur l’expérimentation : il devait, dès lors, consacrer toute son existence à la Physiopathologie.  Il s’efforça de doter les universités où il travailla des bâtiments et du matériel indispensables pour la recherche.  A Sienne, où il obtint sa première chaire de Médecine, il rénova complètement l’Institut de Pathologie médicale (1956-1966).  Plus tard, à l’Université de Milan, il suscita la générosité de divers mécènes ; ceci lui permit de réaliser un remarquable Institut de recherches cardio-vasculaires.  Après sa retraite de professeur de Clinique médicale, il devait encore créer le « cardiological center de la fondation Monzino », dont il s’occupa activement jusqu’à la fin de sa vie.

Il devait fonder et présider la Ligue italienne pour la lutte contre l’hypertension et présider longtemps la Société italienne de Cardiologie.  Ses recherches sur l’hypertension sont capitales ; il fut un des premiers à étudier les mécanismes nerveux et réflexes de l’hypertension ; il fut aussi un ardent protagoniste des thérapeutiques à mettre en œuvre dans le traitement de cette condition clinique ; ses travaux et ceux de ses élèves dans ce domaine, sont innombrables : ganglion blocking agents, guanéthidine, thiazides, diazoxide et plus récemment bêta-blockers et antagonistes calciques.  Bartorelli fut invité à exposer ses travaux dans divers pays d’Europe, aux Etats-Unis, en Afrique, en Asie, en Océanie.  Il laisse plus de 350 publications.  Ses mérites exceptionnels ont été universellement reconnus : disons simplement qu’il était « Fellow du Royal College of Physicians » de Londres, « Honorary Fellow of Physicians of Edinburgh », membre de l’ « Association des physiologistes de langue française », de l’ « Association des physiologistes suisses », membre du conseil scientifique de l’Hypertension de la Société internationale de Cardiologie, Médaille d’or du ministère italien de l’Instruction publique et du ministère de la Santé, Grand-Croix de la République italienne, etc… ; élu Correspondant étranger de l’Académie royale de Médecine de Belgique en 1970, il y fit en 1972, une lecture memorable intitulée : « L’insuffisance cardiaque débutante dans l’hypertension artérielle » ; il devint membre honoraire étranger de notre Compagnie en 1977.

L’Ecole qu’il a créée à Milan a donné un grand nombre de physiopathologistes de valeur parmi lesquels son successeur, notre collègue Alberto Zanchetti.

Le Professeur Cesare Bartorelli était un homme charmant, bienveillant, aimé de ses collaborateurs, de ses élèves et de ses nombreux amis.

L’Académie royale de Médecine de Belgique présente à sa famille et à tous ceux qui l’ont aimé et admiré ses condoléances émues.  Elle se félicite d’avoir pu le compter parmi ses membres.