Académie royale de Médecine de Belgique

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Suite de la discussion des propositions de la "Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde van België" concernant certaines dispositions légales récentes décrétant l'équivalence de certains diplômes

M. le Président. – Nous reprenons la discussion sur les propositions de la « Koninklijke Vlaamse Academie voor Geneeskunde » concernant certaines dispositions légales récentes décrétant l’équivalence de certains diplômes.

            Quelqu’un demande-t-il la parole ?

            M. J. Bordet. – Peut-être serait-il bon, tout d’abord, de rappeler à l’Académie ce dont il s’agit exactement, des Membres pouvant ne pas être au courant de la question.

            M. le Secrétaire perpétuel. – La question se réduit à ceci : un étudiant ayant suivi des cours dans une autre Section que celle de médecine peut-il passer dans cette dernière Section sans subir un examen d’entrée sur toutes les matières prévues au programme des études de médecine ?

            Des élèves sortant des cours agronomiques de Gand prétendent, par exemple, pouvoir passer en médecine, avec dispense de l’examen en chimie et en physique, sous prétexte qu’ils ont déjà réussi un examen sur ces matières à la fin des cours d’agronomie. Un arrêté récent accorderait cette dispense, mais nous ne sommes pas d’accord à ce sujet.

            A Louvain, entre autres, lorsqu’un étudiant, ayant suivi un cours de bactériologie dans la Section pharmacie, veut passer en médecine, nous l’obligeons à subir un examen de bactériologie tel qu’il est prévu pour les candidats médecins, parce que l’enseignement de cette science n’est pas le même dans ces deux disciplines.

            M. J. Bordet. – Les considérations émises par M. le Secrétaire perpétuel sont très judicieuses. Il est certain que des cours de chimie et de physique donnés à des élèves qui se destinent aux professions non médicales, n’ont pas la même orientation que ces mêmes cours réservés aux étudiants en médecine.

            Au surplus, en admettant que ces deux enseignements se ressemblent beaucoup, un examen sur ces branches n’offrirait pas de très grandes difficultés pour un candidat qui veut changer de discipline. Les remarques de M. Bruynoghe sont donc justifiées.

            A l’Université de Bruxelles, le cours de bactériologie et d’hygiène destiné aux pharmaciens n’est pas identique à celui qui est donné aux médecins. Il en va de même pour les autres sciences, comme la physique et la chimie.

            M. H. Fredericq. – En réalité, cette question est complexe.

            En effet, il serait aussi déraisonnable d’imposer de nouveaux examens en vue des études de médecine à tous ceux qui ont déjà réussi des épreuves sur la physique et la chimie en vue de l’obtention d’un autre diplôme, que de les accepter tous sans distinction.

            Tout dépend des études antérieures de l’étudiant. Par exemple, les études de chimie des élèves pharmaciens sont au moins aussi poussées que celles d’un étudiant en médecine.

            Je trouverais également légitime de dispenser des examens de physique et de chimie, le candidat ingénieur qui veut devenir médecin. Dans le passé, à Liège, ces cours étaient d’ailleurs communs aux futurs médecins, pharmaciens et ingénieurs.

            On ne peut exiger une identité absolue ; on doit se contenter d’une équivalence ; car sinon on devrait, dans une université donnée, refuser les étudiants qui ont commencé leur études de médecine dans une autre université belge. Or, la loi n’oblige personne à faire ses sept années de médecine dans la même université.

            M. Bordet est d’avis que, lorsqu’on a passé un examen sur la chimie et la physique, il n’est pas difficile de repasser cette épreuve l’année suivante sur les mêmes matières ; je ne partage pas complètement cette opinion, car je pense que l’obligation, pour l’étudiant qui change de section, de repasser des examens sur les matières de ses examens antérieurs, risque de lui faire perdre une année d’études.

            Cependant, je pense aussi qu’on ne peut à priori accorder une équivalence des cours de base préparatoires à la médecine, à un étudiant sortant d’un institut agronomique ou titulaire du diplôme de candidat en éducation physique (qui est d’ailleurs un grade scientifique). Dans ces deux derniers cas, il importe d’être circonspect.

            Tout ceci prouve que la question est complexe, et l’on ne peut pas toujours faire fonctionner la guillotine en obligeant tous les étudiants qui veulent passer en médecine à subir un nouvel examen sur toutes les matières.

            M. le Secrétaire perpétuel. – Je n’ai pas demandé de faire fonctionner la guillotine dans tous les cas. Au contraire, le mois dernier, j’ai proposé le renvoi de la question à une commission interuniversitaire qui, elle, étudierait le problème et ferait des suggestions au Ministère.

            M. Fredericq s’y oppose-t-il ?

            M. Fredericq. – Je ne m’y oppose pas, mais j’avais compris qu’il se dessinait ici un sentiment hostile à l’établissement d’une équivalence de diplômes. A mon avis, en ce domaine, il fait faire preuve d’une certaine largeur de vues.

            M. le Secrétaire perpétuel. – Vous avez cité tantôt des cours dont l’enseignement n’est pas équivalent. C’est pourquoi j’estime plus simple de renvoyer la question à une Commission interuniversitaire.

            M. Castille. – Il est évident, par exemple, que les pharmaciens n’ont que des élèments de bactériologie qui ne peuvent suffire à un étudiant en médecine, et que les connaissances acquises par un agronome ne sont pas les mêmes que celles qu’un pharmacien ou un médecin doit posséder. Mais je propose de constituer une Commission chargée d’étudier la question, et de nous faire éventuellement des suggestions qui seraient soumises ensuite au Gouvernement.

            M. J. Bordet. – Notre Collègue, M. Fredericq, nous disait il y a un instant qu’en exigeant un nouvel examen de chimie et de physique d’un candidat déjà diplômé dans une autre discipline, on obligerait cet étudiant à perdre un an.

            Il faut tenir compte qu’en première année de médecine il n’y a pas que la chimie et la physique, mais aussi d’autres branches, notamment la zoologie.

            M. Bigwood. – Je me rallie entièrement au point de vue développé par M. Fredericq. On ne saurait formuler une règle générale à ce sujet. Il s’agit toujours de cas d’espèce. Les Facultés devraient être chargées de trancher la question dans chaque cas particulier. Cela me paraît tellement évident que l’encommissionnement de la question me paraît superflu. Il me semble que l’Académie pourrait formuler dès à présent un avis dans ce sens qui pourrait être accepté unanimement.

            M. le Président. – Je me permets de vous faire remarquer qu’en réalité la question est déjà tranchée, puisqu’un arrêté est prêt.

            Il y a donc lieu de trouver une autre formule, en demandant au Ministère de désigner une Commission consultative, composée de professeurs des quatre universités, et donc les suggestions pourraient inspirer le gouvernement.

            Si nous nous contentions de l’avis d’une Commission académique, cet avis aurait moins de poids et d’autorité que celui d’une Commission interuniversitaire. Celle-ci pourrait insister auprès du gouvernement sur les difficultés rencontrées dans le règlement des cas d’espèce.

            Voyez-vous une objection à cette proposition, M. Fredericq ?

            M. H. Fredericq. – Pour ma part, je n’en vois aucune. Mais on devrait examiner chaque cas d’espèce.

            En réalité, comme c’est déjà le cas pour les étudiants du grade scientifique qui ont commencé leurs études à l’étranger, c’est la Faculté intéressée qui devrait pouvoir prendre une décision sur le vu des diplômes antérieurement acquis et accorder éventuellement des dispenses raisonnables.

            Les Facultés sont d’ailleurs suffisamment conscientes de leurs responsabilités pour ne pas agir à la légère.

            M. J. Bordet. – Mais il est désirable que l’opinion des quatre universités concorde à ce sujet, parce que si telle université est plus large que les autres, cela peut provoquer des inconvénients.

            Je le répète, il y a lieu de demander une entente entre nos quatre universités, d’autant plus qu’en Belgique il y a deux universités de l’Etat et deux universités libres, dont les programmes ne sont pas absolument identiques.

            M. R. Vivario. – J’appuie le point de vue développé par M. Bordet. Il est souhaitable, en effet, d’avoir ici, une unité d’action, une entente entre les quatre universités. C’est pourquoi j’estime aussi qu’il faut demander au Gouvernement de constituer une Commission interuniversitaire, laquelle tiendrait le Gouvernement au courant de nos desiderata.

            Nous devons être très attentifs à cette question, parce que le Ministère, se basant sur les dispositions légales ayant déjà établi des équivalences, a pris des décisions dans nombre de cas.

            Comme on l’a fait ressortir également, les cours destinés à la formation de diverses professions diffèrent très fortement les uns des autres. On a cité, entre autres, la chimie ; la Commission proposée devra donc revoir les programmes de ces diverses disciplines, pour pouvoir établir éventuellement une équivalence.

            M. le Président. – L’Académie me semble être unanime que la proposition faite par le Bureau, et tendant à demander au Gouvernement de désigner une Commission interuniversitaire chargée d’étudier la question et de faire des suggestions au Gouvernement. (Marque d’assentiment).

            M. H. Fredericq. – Nous semblons tous d’accord aussi pour reconnaître la complexité du problème.

Séance du 27 janvier 1975