Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé Thierry Velu

(Séance du 27 avril 1996)

LA THÉRAPIE DU GLIOBLASTOME PAR TRANSFERT DE GÈNE SUICIDE : UNE NOUVELLE APPROCHE A LA CROISÉE DE LA GÉNÉTIQUE DE L’IMMUNOLOGIE, DE LA NEUROLOGIE ET DE LA NEUROCHIRURGIE   

par Th. VELU (Centre de Génétique et Oncologie moléculaire – Service de Neurochirurgie – Hôpital Erasme – ULB), et J. BROTCHI, membre titulaire.

Le glioblastome est la tumeur cérébrale la plus fréquente et reste d’un pronostic extrêmement sombre, malgré les progrès réalisés en chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie.  C’est donc un exemple typique de tumeurs pour lesquelles de nouvelles approches thérapeutiques doivent être développées.  Une des applications les plus prometteuses des techniques de biologie moléculaire correspond à ce qui a été appelé « thérapie génique ».  Cette approche peut être définie comme une technique à visée thérapeutique dans laquelle un gène fonctionnel est inséré dans des cellules d’un patient, dans le but soit de corriger une erreur génétique congénitale, soit d’apporter une nouvelle fonction à la cellule.

L’approche étudiée dans notre laboratoire consiste à transférer, dans les cellules tumorales, le gène « suicide » codant pour la thymidine kinase du virus herpès simplex (HSV-tK), qui va les rendre sensibles à l’action d’une molécule, le ganciclovir, non toxique pour les cellules normales.  Nous étudions un modèle de tumeur cérébrale, obtenu par injection stéréotaxique de cellules de la lignée 9L dérivées d’un glioblastome, dans le cerveau de rats syngéniques Fischer 344.  Le succès de cette approche dépend non seulement de l’action cytotoxique du ganciclovir sur les cellules transduites, mais aussi d’un effet « bystander », qui correspond à l’observation que l’infection de 10 à 50 % des cellules tumorales suffit à induire une régression complète.

Nos travaux montrent que l’administration de ganciclovir triple le temps de survie des animaux porteurs de tumeurs cérébrales 9L transduites par HSV-tK, mais n’est capable de guérir qu’une minorité d’entre eux.  Par contre, la majorité des animaux survivent lorsque cette tumeur est localisée dans les tissus sous-cutanés.  Diverses données expérimentales suggèrent que la lyse tumorale induite par l’administration de ganciclovir est suivie d’une réponse immune antitumorale.  Nous caractérisons actuellement cette réponse et cherchons à la stimuler afin d’augmenter cette réponse et cherchons à la stimuler afin d’augmenter l’efficacité de cette approche thérapeutique.  Bien que les résultats préliminaires obtenus dans le traitement de glioblastomes humains par transfert de gènes suicident soient encourageants, il est certain que d’importants travaux de recherche fondamentale devront encore être réalisés avant que la thérapie génique ne devienne réellement efficace et accessible à large échelle dans les hôpitaux.

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