Académie royale de Médecine de Belgique

|

Résumé Maurice Tubiana

(Séance du  19 décembre 1997)

La santé : craintes fantastiques et risques réels

par M. Tubiana, (Centre Antoine Béclère, faculté de Médecine - Paris), membre honoraire étranger.

Le premier devoir de la Communauté médicale et scientifique est certes de faire progresser nos connaissances mais elle ne peut pas se contenter d'amasser les faits, elle doit aussi les classer, les hiérarchiser, les faire connaître. 

La majorité du public croit que la vie moderne menace notre santé à cause du taux excessif de quelques substances chimiques dans le milieu où nous vivons, ce qui déresponsabilise l'individu; en réalité l'analyse objective des faits révèle que c'est notre mode de vie, nos comportements, l'évolution des mentalités, la conception de la vie que nous transmettons à nos enfants qui sont en cause.  0n a longuement cru que, comme le disait Francis Bacon "savoir c'est pouvoir".  Nous apprenons, aujourd'hui, que savoir ne suffit pas, il faut aussi convaincre. Mais on ne le fera pas en blâmant ceux dont le comportement paraît irrationnel : il faut aussi, et d'abord, comprendre leurs mécanismes actuels.  Comme le disait Marcel Proust "Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n'ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas"; on ne lutte pas contre les mythes, simplement avec des faits. Il serait simpliste de penser qu'on combattra les peurs, l'anxiété, provoquées par l'innovation scientifique et technique, grâce à une meilleure communication.  On n'y parviendra qu'en rectifiant jour après jour les informations erronées dans les médias, en ouvrant des dialogues, en introduisant, dans les écoles, une formation scientifique et l'éducation à la santé, en analysant les causes des réticences.  De même, il serait utopique de croire qu'on luttera contre le cancer en renforçant la sévérité des quelques règlements, contre les accidents de la circulation avec la ceinture de sécurité, contre le sida avec les préservatifs, contre l'angoisse et le mal-être avec les tranquillisants, contre la drogue en pourchassant les trafiquants.  Certes, ces mesures peuvent être utiles mais elles ne vont pas à l'essentiel.  Elles se contentent d'instrumentaliser la médecine et de traiter les symptômes; il faut, par-delà ceux-ci s'interroger sur leurs origines.  Or, plus la médecine est efficace sur les maladies organiques, plus croît l'importance des facteurs mentaux.  Mais, il est hélas beaucoup plus difficile de remédier aux désordres psycho-sociologiques que de prescrire un médicament ou d'utiliser un appareil.

__________________