Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé de Jean-Louis Vanherweghem

(Séance du 17 décembre 2005)

EVIDENCE-BASED MEDICINE ET ART DE GUÉRIR : L’IMPASSE DE PARADIGMES INCOMMENSURABLES  

par J.-L. VANHERWEGHEM (ULB), membre titulaire.

Dans le contexte de l’art de guérir, on peut identifier plusieurs médecines, notamment la médecine occidentale régulière (« mainstream medicine », MM) et les médecines alternatives (« complementary and alternative medicines », CAM).  L’alternatif étant une solution de remplacement, CAM et MM se présentent ainsi en miroir et définir l’un, impose de mieux cerner l’autre. MM s’affirme comme une pratique basée sur les sciences.  L’analyse, aussi bien de l’évolution de la pensée médicale occidentale, d’Hippocrate à la biologie moléculaire, que des exigences de la médecine moderne basée sur les faits (« Evidence-based medicine », EBM), indique que MM s’articule autour des paradigmes du matérialisme (les lois du vivant sont les lois des sciences de la matière), du réductionnisme (ou atomisme, les parties expliquent le tout et les maladies sont des maladies des molécules) et du néopositivisme ou empirisme logique (la prévalence du « fait objectif » dans l’établissement des causes, diagnostics et traitements des maladies).  Les CAM rassemblent des pratiques fortes disparates.  Elles partagent cependant en commun des concepts qui apparaissent évidemment opposés à ceux de MM, à savoir le vitalisme (la vie et la maladie s’expliquent par des énergies immatérielles), le holisme (le tout ne peut être expliqué par ses parties) et le relativisme post-moderne (des regards différents peuvent être posés sur un même objet et il n’y a pas de vérité absolue ni de preuve objective).  MM et CAM sont donc basées sur des paradigmes incommensurables et le concept d’une « médecine intégrée » est une aporie.  Dans la pratique quotidienne, l’être humain qui se sent malade admet mal que l’EBM n’accepte pas de lui reconnaître cet état (« illness without disease »).  Le recours aux CAM répond à une demande sociale forte.  Dans le contexte de l’art de guérir, l’EBM est dans l’impasse d’une éthique qui exige une information scientifiquement correcte et interdit l’usage d’un placebo à l’insu du patient.  La solution est sans doute d’accepter la coexistence pacifique mais armée de l’EBM et des CAM.

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