Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé Philippe Roberts-Jones, Secrétaire perpétuel (ARB)

(Séance du 17 décembre 1999)

VISAGES D’UN SIÈCLE        

par Ph. ROBERTS-JONES, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique.

Pour connaître une époque, il faut fouiller le visage des hommes qui la peuplent. C’est à travers des images du temps passé que l’on peut rendre une actualité à ce qui fut.  L’homme du jour, après sa mort, ressemblera aux portraits qu’il a laissés de lui.  Son image donc.

Imago en passant du latin au français retient, dès son  premier sens, l’idée de ressemblance, et l’histoire de l’Occident en fera la règle des visages qu’elle saisit de siècle en siècle, surtout à partir de la Renaissance où le culte de l’individu trouve ses racines.

L’antiquité déjà, avec l’Egypte, y accorde son attention ; la Grèce, ensuite, formule une harmonie du corps humain qui traversa les âges et qui porte encore au rêve devant ses kouroi et ses koré.  Rome, bien sûr, dotera ses portraits de traits physionomiques individualisés.  Les dynasties égyptiennes accordaient au visage sculpté et peint une valeur d’incarnation, souvent plus symbolique que réelle, puisqu’elles réutilisaient des figures de pharaons en effaçant le nom de l’un pour y graver celui du successeur ; mais au Fayoum, dès les premiers siècles de notre ère, les portraits peints d’hommes, de femmes, ou d’enfants décédés sont personnalisés et parfois émouvants.

En Occident, au XVe siècle, après la représentation du Dieu et de ses saints, et souvent à l’occasion de ceux-ci sous forme de donateurs, on peut connaître aujourd’hui encore les traits du Chanoine Van der Paele ou du Cardinale Albergati, grâce à Van Eyck, d’Antoine de Bourgogne vu par Roger de la Pasture, de la famille Portinari rassemblée par Van der Goes autour d’une adoration des bergers.  Le chauvinisme ne me guide pas si je cite ces trois peintres dits flamands, un limbourgeois, un tournaisien, un gantois ; il se fait que le portrait fut et sera un gendre dans lequel les artistes de nos régions excellent par leur qualités artisanales, leur souci de réalisme et, par conséquent, de ressemblance.  Faut-il mentionner l’Erasme de Metsys ou le Georges de Zelle de Van Orlez et par la suite Rubens ou Van Dyck, ce dernier fondateur de l’école anglaise ?  François-Joseph Navez qui ouvrira le XIXe siècle et Théo Van Rysselberghe qui viendra le clore ?

En ce siècle aussi le visage fut magnifié.  Vedettariat, star-system, enseigne politique, culte de la personnalité, le visage est consommé, agressé, molesté, voire superposé, non dans l’amour, mais dans la concurrence de campagnes électorales !  Et rien ne sera pour autant perdu, la récupération, même artistique, se révélera opérante.

Ces visages anonymes, ces visages recréés, ces contrefaçons en quelque sorte, sont-ils l’image de l’homme mouvant, changeant ?  Sont-ils l’image d’une manipulation, d’un clonage, nous propose-t-on le visage d’une mutation ?  Pourraient-ils être le fruit d’un ovule choisi, fécondé par un sperme sélectionné ?  Et si l’on procédait ainsi au mariage d’Einstein et de Madonna, est-on certain que les gènes en présence choisiraient les mêmes et bonnes affectations ?  A vous de répondre.  J’en laisse le soin à l’Académie de Médecine.  L’art ne cesse, quant à lui, d’évoluer et en cela il affirme sa permanence.  Peut-on en dire de même du visage de l’homme ?  J’ose croire que oui en vous offrant l’image de deux « Perpétuels » fin de siècle !   

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