Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge académique feu le Pr Georges Achten

membre honoraire, par Charles Maurice LAPIÈRE, membre titulaire.

(Séance du 24 avril 1999)

Il y aura bientôt un an, le 22 mai 1998, que le Professeur Georges Achten nous a quittés, en silence comme durant la longue affection qui nous a privés de sa compagnie.  Le temps écoulé depuis lors nous semble suffisant pour ne pas heurter la discrétion qui le caractérisait, et permettre à tous ceux qui le regrettent de mieux saisir sa personnalité et la signification de sa carrière académique.

Georges Achten est né à Etterbeek le 3 juin 1922.  Son père, directeur d’école primaire, a certainement imprimé, de façon définitive, le besoin de perfection qui entourait toutes ses initiatives d’étudiant, puis d’enseignant.  Premier de classe depuis le début de ses études, Georges Achten aurait pu être ingénieur, architecte ou docteur en droit.  C’est finalement la Médecine qui a emporté son choix, vraisemblablement pour la qualité des services qu’il pourrait rendre à d’autres.  Elève doué, il est diplômé docteur en Médecine, Chirurgie et Accouchements en 1945, à l’âge de 23 ans, avec la plus grande distinction par l’Université libre de Bruxelles, après avoir passé deux de ses doctorats à Liège, pendant la fermeture de son Université (en fin de guerre).  La Dermatologie a conquis son esprit dès la fin de ses études ; il l’a apprise au contact des praticiens aux polycliniques de Forest, de Charleroi et à Herstal.  Après une période de volontariat, à l’Hôpital de Schaerbeek, il entreprend une carrière universitaire en 1951 comme assistant, puis adjoint des Hôpitaux St.-Pierre et Brugmann, sous la tutelle du professeur Van der Meiren.  Dès ce moment il se passionne pour la recherche, notamment l’étude du processus de la kératinisation des cellules épidermiques, dont il fait le sujet du mémoire qui lui assure le titre d’agrégé de l’Université libre de Bruxelles.

Parmi les différentes facettes où rayonnait la carrière de Georges Achten, celle qu’il préférait était certainement son activité de « Maître d’une Ecole de Dermatologie » à laquelle il a consacré beaucoup de son temps et de son énergie.  Il aimait son service, ses collaborateurs et ses élèves, et ce sentiment était réciproque.  Pour s’en convaincre, il suffisait de voir le Maître, le « Chef » comme ils l’appelaient, au milieu de ses disciples lors des réunions scientifiques.  Cette communauté d’esprit entre Georges Achten et la centaine de collaborateurs qui sont passés, ou sont restés, à son contact, est liée à la largeur et l’horizon qui l’intéressait, à son sens profond de la collégialité et de la convivialité, et au caractère didactique de la communication de son savoir.  Il vivait pour les autres et pour leur communiquer les notions scientifiques qu’il appréciait le plus.  Il le faisait efficacement, avec simplicité.  La contagiosité de ces qualités a permis, et permet toujours, de détecter l’origine de la formation dermatologique de nombreux confrères et collègues.  Le besoin de communiquer le savoir, tout en créant une partie de l’information, faisait de Georges Achten plus un enseignant qu’un chercheur.  Qui ne se souviendra avec plaisir des lectures magistrales qu’il donna devant notre Compagnie en 1979 : « De l’ongle normal à l’ongle pathologique » dont nous avons gardé une image instructive : l’ongle est un demi-cheveu qui s’ignore ; puis en 1985 « Sida et lésions cutanéo-muqeuses » au centre de l’actualité médicale de l’époque.  Les messages étaient parfaitement structurés, illustrés de documents où se rejoignaient l’art et la démonstration technique, présentés avec l’élégance et la sobriété qui imposent le respect de l’auditeur.

Les réalisations pédagogiques de Georges Achten sont multiples.  Les étudiants du doctorat ont bénéficié d’un enseignement assisté par l’utilisation judicieuse des techniques audio-visuelles.  Les spécialistes en formation ont reçu une éducation formalisée dans le cadre d’une licence spéciale en Dermato-Vénérologie.  La création d’une licence spéciale en Cosmétologie, un enseignement structuré parmi les premiers créés en Europe, à la faculté de Pharmacie, en collaboration avec notre collègue L. Molle, est une réalisation qui reste d’actualité, et dont peut s’honorer l’Université libre de Bruxelles.

Les centres d’intérêt développés par Georges Achten sont vivants et constituent actuellement les sujets préférés de ses collaborateurs et successeurs académiques.  Ses premières connaissances de l’histopatholoige de la peau furent acquises au contact de son Maître, le professeur Van Der Meiren, et se sont cristallisées autour du problème négligé et mal connu de l’anatomie et de la pathologie de l’ongle, un sujet d’intérêt constant durant toute sa carrière.  La clinique de l’ongle, et la mycologie qui lui est associée, ont été des activités persistantes.  L’exploration de la pathologie cutanée par la microscopie électronique viendra compléter la dermatopathologie classique.  Elle fut en partie centrée sur l’étude des fibres élastiques, le vieillissement cutané et la pathologie des tissus conjonctifs.  D’autres secteurs d’intérêt clinique et scientifique ont en outre enrichi l’éventail de ses activités : les maladies professionnelles, les affections sexuellement transmissibles et la Dermatologie pédiatrique.

L’œuvre scientifique de Georges Achten est variée et comporte plus de trois cents titres.  Elle se présente sous la forme d’un album de photos de famille où le paysage illustre les divers pôles d’intérêt et où se retrouve le visage de la plupart de ses collaborateurs.  Seul, d’abord, pour l’étude de la kératinisation de l’épiderme et la biologie de l’ongle à son début, on le retrouve, par après, associé à tous ceux qui occupent actuellement des fonctions importantes dans ce qui fait, ou a fait partie de la sphère d’influence de l’Université libre de Bruxelles.  Avec eux, il contribua à l’évolution de la pensée scientifique dans le cadre de ses sujets de recherche, mais encore, il n’a jamais manqué l’occasion de décrire et d’analyser les observations cliniques particulières, contribution à un ensemble faisant, de la Dermatologie moderne, une science clinique particulièrement bien fondée.  Il a par ailleurs participé à la rédaction de plusieurs traités ; de même il put présenter ses travaux en qualité de rapporteur dans le cadre de divers congrès scientifiques internationaux.

Actif et entreprenant, Georges Achten ne supportait guère les honneurs liés à certaines fonctions.  Il préférait réaliser le travail lié à l’organisation d’une réunion scientifique bien plus que la présidence qui lui était associée.  Il réalisait cependant ces deux tâches d’une façon remarquable, comme ce fut le cas pour les 49e « Journées médicales de Bruxelles » et le XVIIème Congrès de l’ « Association des Dermatologues et Syphiligraphes de Langue française ».  La notoriété de Georges Achten fut confirmée par son élection au sein e notre Compagnie, ainsi qu’à titre honorifique, de multiples sociétés étrangères, de la vice-présidence de l’ « Association des Dermatologistes et Syphiligraphes de Langue française », déjà citée, et de la présidence de la « Société belge de Dermatologie ».  Le titre qui le combla vraiment fut son élection en qualité de Correspondant de notre Compagnie en 1983, puis celui de Membre honoraire régnicole en 1992.

Je sais quelle tristesse fut la sienne lorsque sa condition physique ne lui permit plus d’assister à nos réunions au cours des deux dernières années de sa vie.

L’ardeur au travail et l’exigence de la perfection dont Georges Achten fut l’exemple, étaient imposées à ses collaborateurs, mais compensées par ses remarquables qualités humaines d’accessibilité, de cordialité et un sens poussé de l’équité.  Ce sont ces qualités, complémentaires aux réalisations académiques et scientifiques, qui motivèrent la création du « Prix triennal Georges Achten ».

Le caractère jovial de notre confrère en faisait aussi un agréable et instructif compagnon de voyage, par la préparation soigneuse de son séjour à l’étranger et le partage de ses connaissances avec ses compagnons de route.  Il aimait voir, découvrir, - surtout ce qui est beau - et en garder des souvenirs qui, je pense, l’ont encore aidé, lorsqu’à regret il ne put continuer son exploration du monde.

Chère Madame Achten, vous avez eu l’occasion de vivre avec Georges Achten les rares moments de répit qui lui faisait son métier, de participer à ses voyages, d’admirer ce qu’il préférait : les expositions culturelles, peinture, sculpture et histoire, mais surtout le théâtre et la musique, où vous avez joué un rôle actif.  Vous lui avez donné la joie d’une vie familiale où vos trois enfants et vos sept petits-enfants l’ont comblé de bonheur.  Comme nous, vous souffrez de son absence.  Mais comme nous, vous-même, votre famille et tous ses collaborateurs, vous gardez une image vivante d’un homme, d’un maître, d’un collègue et d’un ami dont la mémoire ne saurait disparaître.

L’Académie, debout, se recueille en mémoire de ce confrère et collègue regretté.