Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et éloge de feu le Pr Jean van der Stricht, membre honoraire

par le Pr Jean-Claude Schoevaerdts, membre titulaire.  

Jean Paul van der Stricht est né à Anvers le 14 octobre 1922.  Il fut diplômé Docteur en médecine à l’Université libre de Bruxelles en juillet 1947. Durant la guerre 40-45, il  fut membre de la résistance et volontaire de guerre. En 1948, il débuta son assistanat en chirurgie générale à Buenos-Aires chez le Professeur Finochietto et s’intéressa déjà à la chirurgie de l’œsophage auprès du Docteur Resano.

En 1949, il devint assistant, d’abord bénévole, puis full-time dans le service de chirurgie générale du Professeur Deloyers à l’Hôpital universitaire Saint-Pierre de Bruxelles (1952 à 1954, assistant en chirurgie générale à l’Institut Bunge à Anvers).

En 1960, il participa à la création d’un département de chirurgie vasculaire à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles où il sera nommé  adjoint faisant fonction de chef de département puis, en 1966, Chef de département part-time de chirurgie vasculaire jusqu’en 1974.  Ensuite, il devint consultant  à l’hôpital Erasme en chirurgie vasculaire (J.P. Dereume) jusqu’en 1980.

Jean van der Stricht gravit les titres académiques à l’Université libre de Bruxelles où il fut chargé de conférence dès 1967, suppléant du Prof. Bremer jusque 1970, puis chargé de cours en 1971,ensuite  titulaire du cours de pathologie externe (vasculaire) en 1972. Il était un enseignant à l’esprit clair, didactique, apprenant à l’étudiant à distinguer l’essentiel de l’accessoire, ce qui était prouvé de ce qui devait encore l’être, et accordant une importance primordiale à un examen clinique bien conduit.

Déjà, en 1955, il enseignait  la  propédeutique vasculaire et en 1961 il donnait la clinique de pathologie vasculaire au 4ème doctorat ; de 1971 à 1980 il donna le cours de pathologie vasculaire a l’ULB en premier doctorat. Il était friand  de participer  à tout enseignement post universitaire en pathologie vasculaire et progressivement il se différenciera vers un enseignement et une recherche axés sur la pathologie veineuse.

Comme exemples  d’enseignement, il faut rappeler ses séminaires médico-chirurgicaux de pathologie vasculaire à Saint-Pierre (1962-1975) puis à l’Institut Edith Cavell (1976-1982), de nombreux cours de recyclages pour médecins généralistes et  des cours à l’étranger, tel que  sa participation au  cours international de phlébologie pour l’Union Internationale de Phlébologie à Paris (1970-1990).

Nombreuses furent ses conférences scientifiques, notamment à l’étranger (Barcelone, Rio de Janeiro, Alicante, Sao Polo, Montevideo, Quito, Lima).

Nous ne pouvons oublier de mentionner ses démonstrations opératoires de saphénectomie ou sympathectomie à l’étranger.

Jean van der Stricht s’est associé à de la recherche fondamentale ou clinique de niveau universitaire tout au long de sa carrière.

1) Recherche dans le domaine anatomique : sur le diaphragme (laboratoire Pr A. Dalcq). Sur le système veineux (labo Pr J. Reuse).

2) Banque artérielle : greffons lyophilisés Acad. ziekenhuis Leiden : Pr Vink (1952); Institut Bordet.

3) Recherches dans le  laboratoire du Pr L. Deloyers ULB Bruxelles :

     A) Vasomotricité :

  • test vasomoteur au pentothal,
  • étude de médullo-surrénalectomie applicable chez le chien  et chez l’homme,
  • étude des catécholamines,
  • alternance  musculo-cutanée du réseau sympathique des membres supérieurs   et inferieurs.

     B) Fistules artério-veineuses :

  • chirurgie des angiodysplasies.

4) Coronarographies(1963) coll : J.P.Lambillotte : méthode personnelle chez le chien et chez l’homme.

5) Études phlébologiques : techniques personnelles de phlébographie dynamique,     techniques personnelles de phlébographie pelvienne et thoracique (coll : M. Golstein). Spléno-portographies (1957) étude hypertension portale. Techniques personnelles de saphénectomie.

Jean van der Stricht a acquis une réputation internationale dans le domaine de la chirurgie  vasculaire et particulièrement phlébologique : de 1947 jusqu’il y a peu de temps il a réalisé de nombreux voyages d’études scientifiques partout dans le monde, et il a été membre  dans près de 25 sociétés scientifiques dont quatre prédominent  par sa  présidence (ou vice-présidence) :

  1. Président de la société internationale de phlébologie 1983-1989,
  2. Président de la société bénéluxienne de phlébologie (1972-1993),
  3. Vice-président  de la société européenne de chirurgie cardio-vasculaire, (ESCVS) (1972-1986) chapitre européen  de la société internationale de chirurgie cardiovasculaire (ISCVS),
  4. Président de la Société belge de Chirurgie (1976).

Il faut souligner qu’il fut membre  dès 1970 de l’Académie royale belge de Médecine et membre titulaire depuis 1992. Et il fut promu : « Grand Officier de l’ordre de Léopold » par S.M. le roi.

Il fut membre d’honneur de plusieurs sociétés étrangères dans le domaine cardiovasculaire notamment en  France et Espagne, et membre correspondant en Italie, Brésil, Argentine, Uruguay…

Sur le plan professionnel, il fut vice-président de l’Union professionnelle des Chirurgiens en Belgique (1968-1970), membre du conseil d’administration de la clinique internationale (1972), Président du Conseil médical de l’Institut Longchamps puis Molière-Longchamps (1982-2000).

Jean van der Stricht avait une qualité remarquable de rapprocheur d’hommes de science et bénéficiait d’un esprit organisateur exceptionnel ;il aimait rapprocher pour pouvoir partager les connaissances en chirurgie vasculaire et notamment en phlébologie :science en expansion depuis la période après-guerre.

Il  prouvera ces qualités déjà en 1972, en présidant le comité organisateur du 21ème congrès de la Société européenne de Chirurgie cardiovasculaire (ESCVS) au Palais des Congrès de Bruxelles (27-30 juin 1972). Plus de 500 participants du monde entier y participèrent sous le patronage du Ministre belge Servais, d’un comité Académique où nous  rappellerons la présence du Pr A. Dalcq, alors Secrétaire perpétuel  de notre Académie royale belge de Médecine et d’un Comité scientifique comprenant plusieurs membres de notre Académie de Médecine tels que  les  Professeurs Ch. Chalant et G. Primo. C’est au cours de ce congrès qu’il développa le rapprochement des orateurs par le jeu de tables rondes et de forums qui  sont devenus par la suite une forme  fertile de discussions entre les hommes de science au cours des réunions scientifiques.

En 1983 (2-6 mai 1983), il récidivera en organisant et en  présidant le 8ème Congrès mondial de l’Union Internationale de phlébologie au Palais des Congrès de Bruxelles, inauguré notamment par  M. W. De Clercq, vice-premier Ministre et Ministre des Finances de Belgique. Ce congrès eut un succès mémorable et les actes furent publiés dans deux volumes par acta medici. congress (série numéro 4 vol.1 et 2) maison d’édition : medical medica international Inc. à Bruxelles. Ce congrès contribua à signer l’entrée de la phlébologie sur l’échiquier mondial de la médecine et à souligner que phlébologie et progrès social se tiennent la main (par exemple, l’aptitude au travail) et que la phlébologie nécessite recherche et enseignement dans un domaine parfois considéré comme parent pauvre de la pathologie vasculaire.

C’est à la fin de ce congrès que Jean van der Stricht sera l’initiateur de la création du « Prix Bruxelles » pour récompenser les travaux de recherche de jeunes chercheurs en pathologie veineuse ; ce  prix fut remis à la fin du congrès de l’union internationale de phlébologie pendant plusieurs  années. (Kyoto 1986, Strasbourg 1989, Montréal 1992, Londres 1995, Sidney 1998).

A  ce titre, Jean-van der Stricht a stimulé activement  la création d’un Prix de recherche  au sein de notre Académie royale belge de Médecine à savoir : «  le Prix Suzanne et Liliane Chermanne » ; ce Prix triennal vise à récompenser la meilleure étude originale consacrée à la pathologie ostéo-articulaire inflammatoire, dégénérative ou tumorale.

Jean van der Stricht fut un « écrivain scientifique » : il fut auteur ou coauteur de plus de 300 publications  dans des revues scientifiques ; les sujets  en furent essentiellement  le fruit de ses propres recherches ou expériences  au cours de toute sa carrière clinique et en association  avec  ses Collègues collaborateurs. Nous nous rappellerons volontiers ses fréquentes publications dans les Acta belgica, le journal Phlébologie, ou Phlebology. De plus, il fut  également coauteur de Traités de pathologie médicale de renommée internationale  dont : le chapitre sur la circulation artérielle dans « la pathologie chirurgicale ». Ed. Masson ; les chapitres cancer de l’œsophage, hernies diaphragmatiques, hypertension portale dans « traité pratique de pathologie digestive » Godard. Ed. Maloine  Paris, le chapitre circulation au cours de la grossesse dans le « traité de gynécologie Vokaer »Ed. Maloine, Paris.

Il faut à ce stade rendre hommage à  son épouse feu Dame Monique Delbeke  qui participait avec soin à ses activités, notamment  lors  de l’organisation de congrès, en présidant le comité des dames ou en recevant chaleureusement chez elle les organisateurs  du congrès. Je me souviendrai   d’une de mes dernières visites au domicile de monsieur van der Stricht… les meubles et objets de valeur étaient restés en place comme nous les avions connus  avant le décès de son épouse ; « Pourquoi, disait-il, changer de place ce qu’elle a posé si bien et avec tant de soin… ».

Jean van der Stricht était un grand  humaniste ; il aimait inviter ses collègues à la maison d’Erasme. Comme sport, il  aimait la voile et les régates sur Dragons. C’était un homme respectueux et grand  défenseur de la nature.

Il entretenait dans sa propriété un élevage de poules et notamment des « barbues d’Uccle » de la famille des bantam, qui font partie du patrimoine d’Uccle… son seul  ennemi était le renard.  Après 2000, il se consacra  à la dendrologie et il fut président fondateur depuis 1999 de « l’association protectrice des arbres en forêt de Soignes » et il lutta pour protéger notre forêt cathédrale  contre une coupe insidieuse des hêtres.

Merci d’avoir eu l’honneur de rendre hommage à cet homme qui restera gravé dans notre mémoire. Qu’il me soit permis, au nom de l’Académie, de présenter aux membres de sa famille nos condoléances et aussi  nos sentiments les plus respectueux et très émus.