Académie royale de Médecine de Belgique

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Résumé de Paul J. Van Cangh (Séance du 25 mars 2006)

DÉPISTAGE DU CANCER DE LA PROSTATE : OUI OU NON ?

par P.J. VAN CANGH  (U.C.L.), Correspondant.

Le cancer prostatique (CP) est un des cancers le plus fréquemment diagnostiqué chez l’homme ; il est également la deuxième cause de mortalité par cancer.  La prévention primaire et le traitement curatif des formes avancées métastatiques restent impossibles à ce jour.  Il apparaît donc logique de vouloir le dépister le plus précocement possible pour pouvoir le traiter efficacement. Pourquoi le dépistage systématique reste-t-il un sujet de controverse ? 

L'épidémiologie du CP a été bouleversée au début des années 90 par l'apparition, suivie rapidement par l'utilisation systématique d'un marqueur organospécifique : le PSA (antigène prostatique spécifique). Nous avons assisté à une véritable migration de la population cancéreuse vers les stades localisés de la maladie, au point que, à l'heure actuelle la majorité des cancers prostatiques sont détectés à un stade précoce, potentiellement curable. A l’heure actuelle aux USA où le dépistage systématique est massivement utilisé, un américain sur six aura un diagnostic de cancer, dont la majorité bénéficiera d’un traitement radical. 

Des données anciennes d’autopsie ont démontré la présence de cellules cancéreuses prostatiques chez 40-50 % des hommes âgés de 50 à 60 ans, pour atteindre 80 % à 80 ans. Plus récemment les résultats de l’essai PCPT[1] ont révélé que 25 % des biopsies systématiques réalisées en fin d’étude chez des sujets normaux (PSA < 4 ng/ml) étaient positives et qu’il n’y avait pas de seuil absolu de sécurité !

Le cancer prostatique est par nature hétérogène. Une grande partie de ces cancers n’évolueront que lentement; leur découverte et surtout leur traitement radical systématique ne sont pas justifié (overdiagnosis and overtreatment) : le bénéfice thérapeutique reste incertain, leur morbidité est par contre évidente.   

Les études randomisées en cours en Europe[2] et aux USA[3] apporteront vraisemblablement des éléments de réponse à la question de la valeur du dépistage systématique du CP.  En attendant la recherche fondamentale s’attache à déterminer les facteurs pronostic d’agressivité (quels sont les CP significatifs qui vont évoluer et qui risquent d’entraîner le décès), et la recherche clinique étudie la valeur de la surveillance active (surveillance et intervention en cas d’évolution – watchful waiting).  

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1 PCPT      Prostate Cancer Prevention trial – 18.882 participants –

2 ERSPC    European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer –

3 PLCO      Prostate, Lung, Colorectal and Ovarian Cancer Sreening Trial (NCI).