Académie royale de Médecine de Belgique

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Eloge académique Pr André Castermans (Séance du 29 septembre 2007)

par J. FISSETTE, membre titulaire.

Le Professeur André Castermans est décédé en février dernier à l'âge de 78 ans.

C'était un être exceptionnel, hors du commun et particulièrement attachant. C'est avec beaucoup d'émotion que j'évoquerai son souvenir.

Au cours de ses études médicales, il travaille en qualité d'élève-assitant au Service de Microbiologie de l'Université de Liège, ce qui éveille en lui le goût de l'expérimentation et de la recherche. Il devient également premier interne à la Clinique médicale mais, après son service militaire, en 1955, il rejoint la Clinique chirurgicale des Professeurs Christophe et Orban et est séduit par cette voie qui lui permettra de pratiquer plus activement l'art de guérir. Il entame sa formation chirurgicale tout en se consacrant à l'étude des greffes, notamment sur leur aspect immunologique. Dans ce cadre, il fera un séjour à l'Institut Pasteur de Paris où ses qualités de chercheur impressionnent au point de lui proposer de poursuivre ses travaux au sein de cet institut. Mais il préférera se perfectionner dans ses recherches en séjournant dans le laboratoire du Professeur P.B.Medawar, Prix Nobel de Médecine (University College, London), et rejoindre ensuite sa ville natale et son Alma Mater auxquelles il est très attaché. Il mènera à terme une thèse d'agrégation intitulée "Les antigènes de transplantation" dont le président du comité de thèse sera le Professeur Medawar lui-même. Cette thèse est défendue avec brio en 1962. Il est un des plus jeunes agrégés de la Faculté de Médecine.

Parallèlement, dès 1960, il s'oriente vers la chirurgie maxillo-faciale et plastique et dans le but d'acquérir cette formation, il fera différents séjours à l'étranger. Des liens se créeront avec des maîtres de l'Art parmi lesquels les Professeurs Dufourmentel (Paris), Lagrot (Alger), Tessier (Paris), Peet (Oxford), Obwegeser (Suisse). Il sera "resident" à Sheffield chez les Professeurs Hynes et Rayner.

Il est nommé "chargé de cours associé" en 1963 de l'Université de Liège et professeur ordinaire en 1970. Il crée le service portant le nom de "Chirurgie maxillo-faciale et plastique" auquel on adjoint un "Centre de Brûlés". L'ensemble constitue une unité cohérente parfaitement intégrée dans le Département de Chirurgie et répondant au développement des nouvelles techniques chirurgicales.

Son sens de l'organisation, sa vision claire de l'évolution de la médecine et des spécialités, son esprit de synthèse et son intérêt majeur pour l'enseignement sont autant de qualités qui lui permettent de développer cette nouvelle unité chirurgicale.

Ses principaux centres d'intérêt se portent sur les fentes labio-palatines, les malformations cranio-faciales, la traumatologie faciale et le traitement chirurgical des cancers de la tête et du cou. Il avait acquis également une grande expérience dans le traitement des hypospades et des malformations vasculaires.

Enfin, avec son épouse, Madame Simone Castermans-Elias, qui est à la fois dermatologue et anatomo-pathologiste, il a mené et dirigé des recherches sur le mélanome.

Il était l'auteur de nombreuses publications de haut niveau national et international. Il était également membre de nombreuses sociétés scientifiques. La haute qualité de son travail scientifique a, entre autres, été reconnue par l'Université Pierre et Marie Curie de Paris où il a été reçu Docteur Honoris Causa en 1986.

Son activité allait bien au-delà de la pratique, de l'enseignement et du développement de sa spécialité. André Castermans était très attaché à son Alma Mater, à l'Institution comme il la nommait. C'est ainsi qu'il a pris une part très active dans le transfert du C.H.U. de Liège au Sart-Tilman.

Il a été Président du Conseil médical pendant de nombreuses années, lesquelles étaient difficiles car il s'agissait de donner des fondations solides à ce C.H.U. qui venait d'acquérir sa personnalité juridique et qui devait se trouver un équilibre financier conciliant qualité de soins, d'enseignement et de recherche, comme il sied à un hôpital universitaire. Il a poursuivi cette tâche jusqu'à sa retraite. Il était très apprécié dans cette mission car il faisait preuve de clairvoyance, de pragmatisme et toujours avec doigté et concision.

Sur un autre plan, européen cette fois, dès les années 70, il avait été mandaté par le Professeur Welsch, alors Recteur de l'Université de Liège, pour le représenter et participer aux travaux du Comité consultatif pour la Formation des Médecins de la Communauté européenne. Ses qualités visionnaires, jointes à une grande diplomatie pour obtenir le consensus sur des points souvent difficiles, l'ont conduit à présider ce comité.

S'agissant de son Service de Chirurgie maxillo-faciale et plastique  inauguré en 1970, il n'a cessé de le développer au cours des années, permettant la formation de plus de trente spécialités.

Pour ma part, j'ai eu la chance d'être, dès le début, le premier collaborateur d'André Castermans et ceci m'amène à parler plus précisément de l'homme.

André Castermans était discret, courtois, économe de paroles. Il exprimait son opinion ou ses conclusions par quelques phrases, voire quelques mots marqués par un désir d'aller à l'essentiel. L'expression était concise mais claire. Elle n'allait pas parfois sans une dose d'humour féroce, perceptible souvent par les seuls initiés.

Econome de paroles, certes. Mais il était avant tout un homme de "parole", volontaire, voire obstiné, soucieux de mener à bien les objectifs qu'il s'était fixés. Il ne s'engageait jamais à la légère. Ce qu'il faisait n'était jamais dicté pour l'honneur ou l'intérêt personnel mais pour l'Institution qu'il plaçait avant tout autre intérêt. C'était un homme qui agissait et non qui subissait.

Les nombreuses années passées à ses côtés m'ont permis d'apprécier ses qualités. Les relations étaient simples, claires, harmonieuses, efficaces. Il était toujours possible de discuter. Si la passion était présente, car c'était un passionné, elle était contenue. Il était à l'écoute et toujours ouvert à la discussion tant sur les projets , les problèmes de gestion et d'organisation de l'enseignement qu'il a toujours défendu âprement et qu'il affectionnait particulièrement et, bien sûr, de la formation des spécialistes. Il n'était pas enfermé dans le passé et restait ouvert aux idées ou aux projets nouveaux. Mais il se donnait toujours le temps de la réflexion. Il y tenait.

A une époque où la surcharge des agendas est de mise et souvent signe d'une activité frénétique, ce modèle de réflexion devrait servir. Que de temps gagné lorsqu'on se donne le temps d'analyser posément. La rapidité de compréhension était exemplaire mais il s'obligeait à réfléchir avant toute réaction. Notre collègue Romain Vanwijck, son premier élève, pourrait en témoigner.

 

Trois qualificatifs me paraissent adéquats en évoquant cette grande personnalité, au propre et au figuré:

- A.Castermans était respectable par son comportement, grand par la taille  et grand par l'esprit de gentleman où l'on retrouvait un peu de flegme anglais; par sa retenue, sa discrétion, ses propos toujours corrects.

- A.Castermans était respecté en raison de sa compétence, sa loyauté, sa fidélité, son intelligence, sa clairvoyance et sa sensibilité.

- A.Castermans était respectueux. Cette dernière qualité n'étant pas la moindre. Bien sûr, il avait le respect de l'Institution, nous l'avons déjà dit, mais qui ne l'a pas vu avec ses patients, ses étudiants, son entourage professionnel à tous niveaux, peut difficilement ignorer cette qualité de respect accordé à tous et à chacun en particulier: les patients qu'il écoutait avec tant d'attention, les étudiants qu'il affectionnait particulièrement, enfin et surtout, sa famille, pour laquelle il avait un amour et un respect sans limite.

Le bonheur de sa famille était la part importante de sa vie et il consacrait toute la force de son travail et de son caractère de manière à ce qu'elle ne soit pas lésée par ses activités professionnelles. Il savait définir et classer les priorités de sa vie et la famille y a toujours eu la première place. Ce qui ne laisse de surprendre quand on mesure la somme de travail qu'il a accompli.