Académie royale de Médecine de Belgique

|

Avis au sujet d'une politique efficiente de lutte contre le tabagisme

La prévalence du tabagisme a cessé de décroître en Belgique au cours des dernières années; elle oscille entre 25 et 31% de fumeurs quotidiens chez les sujets de plus de 15 ans. La mortalité liée au tabagisme y est élevée tant en valeur absolue (20.000 décès prématurés par an) qu'en comparaison avec les autres Etats membres de l'Union Européenne. Par exemple, sur base de la valeur moyenne des statistiques de mortalité pour les trois dernières

années disponibles (1993-1995), le nombre de décès par cancer du poumon chez les hommes du groupe d'âge de 45-74 ans est, en Belgique, le plus élevé de tous les pays de l'Union Européenne. En ce qui concerne la mortalité par cancer du poumon, notre pays occupe la deuxième place, après le Danemark. Les suites du tabagisme sont au moins aussi sévères en matière de morbidité et de mortalité cardiovasculaires. Pour ce qui est du tabagisme passif, les mêmes conséquences néfastes ont d'ailleurs été démontrées bien qu'à un moindre degré, tant pour les poumons que pour le système cardiovasculaire. Cette épidémie ne pourra être maîtrisée que grâce à une politique globale et continue de prévention, à laquelle participeront les autorités tant fédérales que communautaires.

L'Académie de Médecine, consciente de la gravité du problème, appuie la Ministre de la Santé Publique dans ses actions visant, en concertation avec les communautés, à lutter contre le tabagisme dans le cadre du Plan fédéral pour le Développement durable 2000-2004. Ces actions devraient sensibiliser l'opinion publique au travers de la Coalition nationale Belge contre le Tabac. L'intervention financière annuellement récurrente d'un Fonds de Prévention du Tabagisme qui reste à créer, et qui trouverait ses ressources dans des mesures fiscales et dans les accises sur les produits du tabac, donnerait aux associations actives sur le terrain les moyens financiers continus et suffisants pour leur permettre de combattre le tabagisme et ses méfaits. Au cours des dix dernières années, la vente annuelle de cigarettes en Belgique a oscillé entre 12 et 14 milliards d'unités. Le prélèvement de 4 centimes par cigarette proposé récemment par les Ministres de la Santé Publique et des Finances permettrait dès lors de dégager chaque année entre 480 et 560 millions de BEF pour la prévention du tabagisme. Cette proposition budgétaire reste en deçà des 2 BEF par paquet prélevés dans d'autres pays, mais serait un signal particulièrement positif de la détermination des autorités en matière de prévention du tabagisme à la condition que ce mode de financement soit fixé par la loi, et que le budget de prévention du tabagisme ne descende pas en dessous de 500 millions BEF par an.

Si l'on veut que la majoration du prix de vente des cigarettes limite l'initiation au tabagisme et décourage autant que faire se peut la poursuite de ce comportement, il faut éviter de l'étaler dans le temps, car de minimes augmentations répétées ont un effet dissuasif beaucoup moindre qu'une augmentation brutale, par exemple de 25%. Pour éviter le glissement de la consommation vers les cigarettes roulées et la pipe, la taxation sur le tabac vendu en paquet doit être équivalente à celle sur la cigarette. L'étiquetage de tous les produits du tabac doit comporter des informations alternées sur les divers risques liés au tabagisme, imprimées en caractères gras, noirs sur fond blanc, et occupant au moins 50% de la face principale de l'emballage. La loi concernant l'interdiction de fumer dans les hôpitaux, les écoles, les restaurants et de manière générale dans les lieux publics doit être plus rigoureusement appliquée, et un contrôle plus actif de sa mise en œuvre doit être assuré, avec les mesures adaptées qui en résultent.

L'interdiction de toute publicité directe ou indirecte pour les produits du tabac reste une priorité absolue en matière de prévention. Vu leur rôle de modèles dans la Société, les hommes politiques, les enseignants, les médecins et les travailleurs de la Santé en général ne devraient jamais fumer en public, ce qui constituerait en fait une forme de publicité indirecte pour les produits du tabac. L'acte de fumer au cours d'émissions télévisées, même s'il se produit dans des locaux où le public n'a pas accès, doit être nommément interdit. De plus, dans le texte de la loi du 10 décembre 1997 (article 3, $2bis), la phrase "toute action qui vise à promouvoir" doit être remplacée par "toute action susceptible de promouvoir".

Des actions répétitives au niveau scolaire, impliquant les jeunes eux-mêmes, leurs parents, les mass media et la collectivité, doivent être menées principalement au cours des années d'adoption du comportement tabagique et souligner l'apparition rapide de la dépendance nicotinique.

Si l'on veut réduire rapidement le tribut-santé du tabagisme, il faut aussi aider les fumeurs à renoncer à leur comportement. Une meilleure formation des professionnels de la santé en matière d'aide à l'arrêt, un remboursement des médicaments facilitant la maîtrise de la dépendance du fumeur à l'égard du tabac et un soutien aux consultations de tabacologie ou aux Centres d'Aide aux Fumeurs sont eux aussi susceptibles d'améliorer la situation.

Finalement l'Académie de Médecine invite le Gouvernement à collaborer efficacement à l'élaboration d'une Convention-cadre internationale de Lutte contre le tabagisme aussi contraignante que possible telle que proposée par l'Organisation Mondiale de la Santé. Son application obligatoire par les Etats signataires assurera une collaboration internationale indispensable face aux stratégies coordonnées des multinationales du tabac.

Ce rapport a été approuvé par
l’Académie Royale de Médecine de Belgique
en sa séance du 29 septembre 2001.