Académie royale de Médecine de Belgique

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Vidéo et présentation par Jean-Bernard OTTE

Remise du Prix NUTRICIA 2012 attribué aux docteurs Françoise SMETS, lauréate, Mustapha NAJIMI, lauréat, Xavier STEPHENNE, lauréat, et la médaille attribuée au Dr Thibault SENTERRE, le 8 septembre 2012.

 

Le jury constitué des Prs Georges Casimir, Pierre Coulie, Francis de Zegher et moi-même a rendu l’avis suivant pour le Prix Nutricia.

Cinq candidats ont soumis un travail de recherche translationnelle ou clinique en pédiatrie de grande qualité, trois ne peuvent pas être classés en raison de l’absence de publication.

Dans le premier groupe, deux candidatures sortent du lot par l’ampleur de la recherche, son importance clinique et le nombre de publications.

Le jury a classé en premier le travail de Françoise Smets, Mustapha Najimi et Xavier Stephenne consacré à la transplantation d’hépatocytes et de cellules souches mésenchymateuses hépatiques pour le traitement des maladies métaboliques hépatiques. Il comprend deux volets soutenus par une recherche fondamentale suivie d’application clinique.

La transplantation d’hépatocytes a été mise au point sur des modèles animaux avant d’être appliquée au foie humain. Les cellules sont isolées selon les conditions de « Good Manufactory Practices » et peuvent être utilisées fraîchement isolées ou après cryopréservation. Quartorze enfants ont été traités pour diverses affections métaboliques, en particulier des anomalies du cycle de l’urée, ce qui a permis de les protéger de décompensation métabolique et de séquelles neurologiques en attendant la greffe de foie. Les limites de cette approche sont la pénurie de greffons hépatiques utilisés en priorité pour la transplantation et la moindre qualité des hépatocytes cryopréservés.

La transplantation de cellules souches mésenchymateuses adultes a l’avantage de sa disponibilité car ces cellules peuvent être cultivées in vitro, donc multipliées à partir d’un seul donneur, et d’échapper au problème éthique soulevé par les cellules souches fœtales ou embryonnaires. De plus, elles sont prédéterminées à se différencier en hépatocytes et ont la capacité de s’implanter dans le foie du receveur. Elles exercent plusieurs fonctions métaboliques dont la synthèse de l’urée, la conjugaison de la bilirubine, la production de glucose et elles présentent une activité P450 intéressante pour des études de métabolisme médicamenteux. Ces cellules sont considérées comme des médicaments de thérapie innovante et une désignation de médicament orphelin a été accordée pour la maladie de Crigler-Najjar et le déficit en ornithine transcarbamylase. Des recherches sont conduites sur le pouvoir tumorigène de ces cellules, leur pouvoir procoagulant et les moyens de le contrôler.

Trois enfants ont été traités par greffe de cellules mésenchymateuses hépatiques pour déficit en ornithine transcarbamylase,  maladie de Crigler-Najjar et glycogénose de type 1a avec des résultats en cours d’évaluation. En outre, le Pr Etienne Sokal qui dirige le laboratoire d’hépatologie pédiatrique et le service d’hépato-gastroentérologie aux Cliniques universitaires Saint-Luc a créé Promethera Biosciences, une spin-off de l’UCL qui a débuté une étude de phase 1 avec trois patients.

Le jury du prix Nutricia a classé ce travail de recherche translationnelle en pédiatrie en premier pour son caractère pionnier,  le volume de la recherche, l’importance clinique et le nombre de publications dépassant trente articles dans des journaux scientifiques internationaux.

Le jury a également été impressionné et séduit par le travail de Thibaut Senterre du service de néonatologie de l’Université de Liège sur l’optimalisation de la nutrition et de la croissance des grands prématurés.

La prématurité concerne 7 à 10% des naissances en Europe et 9 à 15% aux Etats-Unis ; elle reste un problème important de santé publique. On observe généralement chez les prématurés une restriction de croissance d’autant plus sévère que la prématurité s’accentue, affectant la majorité des grands prématurés nés avec un poids inférieur à 1250 gr. Cette restriction de croissance est liée à une insuffisance d’apport en nutriments dont la responsabilité est imputée à l’instabilité clinique, à l’immaturité et à l’intolérance digestive de ces enfants. Elle est fréquemment considérée comme comme inévitable. Malheureusement ce déficit d’apport protéino-énergétique aggrave les pathologies néonatales, diminue la croissance cérébrale et augmente à long terme les troubles neuro-développementaux.

Afin d’apporter un support nutritionnel adéquat dès les premières heures de vie, une solution parentérale a été développée spécialement pour les prématurés quel que soit leur âge, pour leur apporter, dès le premier jour de vie, des apports énergétiques élevés de 40 à 50 Kcal  et 2 à 2,5 gr de protéines par kg et par jour. Ces apports sont augmentés rapidement pour atteindre dans les cinq premiers jours 120 kcal et 4 gr de protéines par kg et par jour. En parallèle, l’alimentation entérale est optimalisée pour stimuler le développement intestinal, en recourant au lait maternel et, à défaut, à des formules de lait pour prématurés.

Cette approche a été testée de façon prospective chez 102 prématurés avec un poids inférieur à 1250 gr à la naissance admis de façon consécutive dans le service.

Une amélioration considérable du gain pondéral a été obtenue, semblable au gain pondéral d’un fœtus de même âge gestationnel, réduisant à 21% le taux d’hypotrophie à la sortie du service, par comparaison au taux habituel de 40 à 100%. Parallèlement, un rattrapage précoce a été observé chez l’ensemble des prématurés. L’étude des paramètres biologiques a montré une très bonne tolérance métabolique avec réduction des troubles hydro-électrolytiques et la disparition rapide de l’acidose métabolique néonatale. La surveillance au long cours de ces enfants devra confirmer que cette approche permet de diminuer l’incidence des effets néfastes de la grande prématurité sur le neuro-développement, la croissance statu-pondérale et l’équilibre métabolique.

Ce travail de Thibaut Senterre a fait  l’objet de dix-sept publications internationales dont quatorze comme premier ou dernier auteur et de sa thèse de docteur en sciences médicales.

Le jury a estimé que ce travail méritait d’être distingué par l’octroi de la Médaille de l’Académie royale de Médecine de Belgique.

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