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ACADEMIE ROYALE DE MEDECINE DE BELGIQUE

Etablissement public fondé en 1841

Professeur Albert de SCOVILLE, Secrétaire perpétuel de 1974 à 2004

Prof. Albert de SCOVILLE,
Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Médecine de Belgique de 1974 à 2004.
© Académie royale de médecine de Belgique

On lira ci-dessous :

  1. Le discours du Prof. G. FRANCK, Président de l'Académie pour l'année 2004, lors de la manifestation d'hommage du 17 décembre 2004;

  2. L'éloge académique par le Prof. J. FRÜHLING, membre titulaire et Secrétaire perpétuel lors de la séance de l’Académie du 19 juin 2010.

DISCOURS DU PROFESSEUR G. FRANCK, PRESIDENT POUR L'ANNEE 2004,
lors de la manifestation d'hommage du 17 décembre 2004

 

Un hommage a été rendu au Professeur Albert de SCOVILLE, le 17 décembre 2004, au Palais des Académies, à l'occasion du trentième anniversaire de ses fonctions de Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de médecine de Belgique. La manifestation s'est déroulée en présence des membres de la famille du Professeur A. de SCOVILLE, et d'une assistance nombreuse, parmi laquelle on comptait de nombreuses personnalités.

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Trente ans se sont déjà écoulés, depuis qu’il a plu à sa Majesté le Roi, de vous confier, le 1er juin 1974, le Secrétariat perpétuel de notre Académie royale de Médecine. Vous succédiez au professeur Albert Dalcq, professeur émérite à l’Université libre de Bruxelles, décédé le 29 octobre 1973, à l’age de 80 ans, après avoir assuré cette fonction pendant 16 ans, de 1957 à 1973.

Comme le soulignait, le professeur Rijlant, Président en 1974, en vous accueillant dans vos nouvelles fonctions :  « Très jeune encore – il n’a que 52 ans – le Docteur Albert de Scoville eut une vie cependant très remplie dans laquelle deux étapes, plus ou moins, interdépendantes, peuvent être distinguées : une évolution logique qui a imprimé à son activité d’abord essentiellement chirurgicale, une inflexion décisive vers l’Anatomie ».

Aujourd’hui, en décembre 2004, l’Académie royale de Médecine a souhaité organiser cette cérémonie en témoignage de reconnaissance et de respect pour l’activité inestimable que vous avez consacré à cette Institution, lui donnant un lustre reconnu par tous sur le plan national et international.

Je ne pourrai retracer en détail toutes les étapes de cette longue et brillante carrière au cours de laquelle vous avez modelé cette Académie à votre image. Il suffit de lire les remerciements qui vous ont été adressés par les Présidents qui se sont succédés pendant ces 3 dernières décennies. Les mêmes qualités se retrouvent inlassablement : diplomatie, sagesse, disponibilité, dévouement, civilité, politesse, courtoisie.

En relisant ces dernières qualités, je me suis posé la question de savoir s’il s’agissait de synonymes utilisés par diffèrent Présidents soucieux de ne pas répéter ce que les précédents Présidents avaient écrit. Mais connaissant les subtilités de la langue française, je me suis demandé si ces différentes qualités ne renfermaient pas des nuances très précises.

Que nous enseigne le Littré ?

La civilité, peut-on lire, est ce qui préside aux relations civiles c’est-à-dire entre concitoyens. On peut la définir comme un ensemble de bonnes manières à l’égard d’autrui, en d’autres termes comme un usage du monde.

La politesse est quelque chose de plus ; elle ajoute à l’idée de civilité, des manières et une façon de s’exprimer qui ont quelque chose de noble, de fin, de délicat. Pour pratiquer la civilité, il faut connaître les usages ; pour avoir de la politesse, la connaissance des usages n’est pas absolument nécessaire et l’homme distingué d’esprit et d’éducation à une politesse naturelle.

La courtoisie implique en plus des sentiments chevaleresques et, en particulier, la générosité envers les adversaires et les ennemis, sentiments que ne renferment ni la civilité ou la politesse.

Ces qualités bien spécifiques, Monsieur le Secrétaire perpétuel, vous ont permis d’imposer à ces lieux solennels et un peu austères, une atmosphère de convivialité et de dialogue qui n’a laissé aucun membre insensible qu’il soit belge ou étranger.

Reprenons brièvement les grandes étapes de votre carrière. Je ne ferai qu’évoquer vos Maîtres, Jean Firket qui vous initia à l’Anatomo-pathologie, puis Louis Christophe, Fernand Orban et Paul Desaive qui vous formèrent à la Chirurgie et vous préparèrent aux fonctions importantes de Professeur ordinaire de Clinique et de Pathologie chirurgicales dont vous fûtes chargé dès l’âge de 37 ans en 1959. Vous aviez crée le Service de Chirurgie de la jeune Université officielle du Congo belge à Elisabethville.

Je rappellerai également que vous aviez parfait votre formation par un séjour d’un an en 1957-1958, à l’Université de Harvard, comme « Advanced Fellow » au Peter Bent Brigham Hospital de Boston.

Les remous et soubresauts de l’indépendance du Congo vous ont incité, en 1968, à rentrer en Belgique, et à réintégrer l’Université de Liège. En 1971, vous êtes nommé Professeur ordinaire, titulaire de la Chaire d’Anatomie humaine topographique et de Splanchnologie, charge que vous assumerez jusqu’à votre Eméritat en 1987.

Sur le plan de la Recherche, parmi plus de 100 publications scientifiques, je soulignerai vos travaux consacrés à l’étude de la pathologie rénale et digestive, à la cancérologie, à la pathologie chirurgicale tropicale et plus particulièrement, vos contributions originales, à la fois expérimentales et cliniques, dans le domaine radio chirurgical de l’axe splénoportal.

Monsieur le Secrétaire perpétuel, votre réelle histoire commence pour nous en juin 1974, lors de votre nomination de Secrétaire perpétuel de cette Institution. Celle-ci ne vous était pas étrangère. Vous aviez été élu Correspondant régnicole en juin 1969 et Membre titulaire de la 3ème Section en juin 1972. Vous aviez déjà longuement participé aux travaux du Bureau de l’Académie comme suppléant d’abord puis comme délégué des correspondants.

Dans votre discours de prise de fonction, vous rendiez hommage au Professeur Dalcq, en soulignant l’atmosphère accueillante et le climat de confiance crées par ce dernier, envers les plus jeunes.

L’élève, ici une fois de plus, a dépassé le maître. L’Académie devenait pour vous, non seulement une nouvelle fonction mais aussi une passion. Les passions, écrivait Honoré de Balzac, ne pardonnent pas plus que les lois humaines et elles raisonnent plus juste : ne s’appuient-elles pas sur une conscience à elles, infaillible, comme l’est un instinct.

Cette conscience, cet instinct, vous le portiez en vous, dans vos gènes dirait-on aujourd’hui.

Dans ce magnifique discours prononcé en 1991, lors du 150ème anniversaire de l’Académie, devant sa Majesté la Reine Fabiola et devant un parterre des plus hautes personnalités belges et étrangères, vous exprimiez avec force les ambitions qui ont toujours dirigé votre action.

Notre vœux le plus cher, disiez-vous, pourrait s’exprimer comme suit : « Que nos gouvernements et nos hommes politiques, que nos hauts fonctionnaires et responsables administratifs, que les milieux médicaux veuillent bien comprendre ce message. Si la mission de notre Académie reste aujourd’hui dans la ligne que lui a tracée son passé, si elle est, sans doute, gardienne de la tradition, elle entend bien être – et rester – avant tout jeune, informée au jour le jour, des moindres progrès et découvertes scientifiques ».

Vous ajoutiez « Tradition ne signifie pas routine……La tradition n’est valable que dans l’adaptation continue et le progrès ». Vous poursuiviez : « Que chacun veuille donc bien réaliser que notre Institution n’est pas – ce que d’aucuns semblent imaginer – un agréable cénacle, un tant soit peu suranné dont les membres se rencontrent à date fixe pour deviser – courtoisement – mais qu’elle est avant tout et surtout un centre de travail, de réflexion, d’échange d’idées ; qu’elle est aussi une tribune de la pensée scientifique médicale la plus actuelle. Elle justifie ainsi la qualification d’association de capitaux intellectuels que lui attribuait son Président, le Docteur Gallez, le 12 décembre 1891, à l’occasion du cinquantenaire de sa fondation ». Vous poursuiviez : «  Cette sorte de banque de ressources et de compétences me paraît être le véritable organe consultatif auquel Gouvernement national et Instances communautaires, chaque fois que les circonstances l’exigent, peuvent, et doivent – je n’ai pas dit : devraient – se référer ».

Quel chemin parcouru pendant ces trente années ! Il suffit de relire les comptes rendus des activités académiques que vous présentiez chaque année à notre tribune, pour se rendre compte du travail important réalisé par notre Institution, sous votre impulsion. Ne parlons pas seulement des prix souvent prestigieux régulièrement octroyés par les Fondations académiques et para-académiques. Mais insistons aussi sur la qualité extraordinaire des présentations scientifiques et des colloques nationaux et internationaux organisés sur des thèmes précis. Remémorons-nous un instant, les multiples avis et réflexions donnés par notre Institution sur les nombreuses questions posées par le développement de la médecine, son coût, son éthique, ses aspects juridiques ou philosophiques.

Mais a côté de ce talent d’organisateur et de coordinateur, vous avez ajouté votre volonté de représenter une Institution s’ouvrant sur le monde scientifique, médical et politique.

Vous êtes membre de nombreuses Académies étrangères qu’il s’agisse, entre autres, de l’Académie nationale de Médecine de France, d’Argentine, des Académies royales de Médecine d’Espagne, ou encore de Royal Society of Médecine de Londres où de la New york Academy of Sciences. Dans la même foulée, vous participiez à la création de la Fédération des Académies Nationales de Médecine – et des institutions similaires – de l’Union européenne dont vous deveniez le Secrétaire général en 1995, Fédération dont le siège central est établi dans ce Palais des Académies.

Votre expérience du monde scientifique vous faisait entrer au Fonds National de la Recherche Scientifique (F.N.R.S.) comme membre du Conseil d’Administration et au Fonds de la Recherche Scientifique Médicale (F.R.S.M.) comme membre du Conseil de gestion et membre de la Commission d’Ethique médicale.

Votre autorité morale vous introduisait à l’époque à la chambre d’expression française du « Collège des Médecins » du Ministère de la Santé publique, au Conseil supérieur des médecins spécialistes et généralistes du même ministère, comme Vice-président, et Président de la chambre d’appel. Vous avez également présidé la Commission dite de l’article 49ter de la loi sur l’art de guérir. Enfin, vous n’avez jamais oublié que l’Académie royale de Médecine avait été fondée par le Roi Léopold Ier , le 19 septembre 1841, que Sa Majesté, le Roi Albert II en est le Haut Protecteur et que la Reine Fabiola en est le seul Membre d’Honneur, titre qui lui fut solennellement conféré le 23 octobre 1976. Eu égard aux services exceptionnels rendus, Sa Majesté, le Roi Baudouin vous octroyait le 21 juillet 1984, une Concession de noblesse avec le titre de Baron.

Ces mérites peu ordinaires furent reconnus unanimement comme en témoignent les distinctions honorifiques prestigieuses que vous furent remises : Grand Officier des Ordres de Léopold et de la Couronne, Chevalier de la Légion d’Honneur et Commandeur de l’Ordre national du Mérite de France, Grand Officier de l’Ordre du Chêne du Grand Duché de Luxembourg, Commandeur de l’Ordre civil d’Alphonse X d’Espagne.

J’ajouterais que vous avez reçu la médaille de la Résistance et que vous avez été promu Chevalier de l’Ordre de Léopold à titre militaire.

Monsieur le Secrétaire perpétuel, aux qualités qui vous sont reconnues, j’en ajouterais une dernière qui me paraît mieux cerner encore votre personnalité. Vous êtes un « homme distingué ». Le dictionnaire dit le « Petit Robert » en donne une très bonne définition : « Remarquable par son rang, son mérite » et il ajoute :   « voir brillant, célèbre, éminent, supérieur ».

Et je terminerai sur cette phrase d’Esprit Fléchier, homme d’Église et prédicateur du 17ème siècle, parlant du Duc de Montansier : « Il me suffit de vous faire souvenir qu’il se distingua dans une compagnie si distinguée ».

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Madame la Baronne de Scoville,

Être l’épouse d’un homme brillant que des fonctions importantes et contraignantes obligent à être souvent absent, demande une grande faculté d’adaptation et d’abnégation.

Vous étiez heureusement préparée à cet état. Faut-il rappeler que vous avez été élevée dans un monde où la Science régnait en maître. Votre père, André Gratia, Professeur de Bactériologie et de Parasitologie à l’université de Liège, fut un des grands pionniers des antibiotiques et de la découverte de la pénicilline, ce qui est trop souvent ignoré.

Nous avons tous apprécié votre présence attentive mais toujours discrète. L’Académie est votre Maison et lors des dîners et réceptions, vous receviez avec grande attention envers vos hôtes, veillant à ce que tout se déroule parfaitement, avec goût mais aussi sens du protocole. Votre époux n’avait-il pas l’habitude de dire, lorsqu’il parlait de vous « mon Chef de Corps ». Ceci illustre bien cette qualité de conseillère, très écoutée par le Secrétaire perpétuel, rôle que nous avons pu maintes fois remarquer.

Madame, nous avons demandé à Madame ter Heijden, une des anciennes collaboratrices administratives du Secrétaire perpétuel, actuellement retraitée en Hollande et qui nous a fait la plaisir de venir aujourd’hui, de vous remettre ce bouquet de fleurs, en témoignage de notre affectueuse admiration.

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Eloge académique du Professeur Albert de SCOVILLE
( 8 février 1922 - 18 mars 2010)

par le Prof.
J. FRÜHLING
membre titulaire et Secrétaire perpétuel
(séance de l’Académie du 19 juin 2010)

Chère Madame de Scoville, chères Anne, Claude, Laetitia et autres membres de la famille, chers Collègues, Monsieur le Secrétaire perpétuel, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, 

Nous sommes réunis pour rendre hommage au Baron Professeur Albert de Scoville, qui vient de nous quitter après un long parcours professionnel de près de soixante ans comme Docteur en Médecine et qui fut, pendant trente ans (1974-2004), Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Médecine de Belgique, fondée en 1841 et à laquelle il s’est identifié pendant ses longues années de titulariat de cette fonction.

Vu sa maladie chronique de longue date, son passage le 18 mars 2010 vers la sphère de l’existence éternelle ne fut pas surprenant, mais, même dans ces conditions psychologiques d’une longue attente, lorsque l’Hadès est franchi, on se rend compte que c’est le pas définitif et qu’il n’y a pas de retour. Nous commençons dès lors à nous rendre compte que nous avons perdu définitivement une personnalité exceptionnelle qui servira pendant des générations d’exemple pour ceux et celles qui veulent, dans l’avenir, épouser une carrière académique dans le sens le plus noble de ce mot.

Depuis sa prestation de serment d’Hippocrate, il est resté fidèle à sa vocation choisie, que ce soit dans le monde universitaire belge ou dans des conditions beaucoup plus primaires, dans l’ancien Congo belge.

 

Salle d’opération à Elisabethville – Albert de Scoville à l’avant-plan à droite

Il fut pendant toute sa carrière l’expression de la belgitude traditionnelle avec toutes ses caractéristiques positives. Il est resté loyal à la Belgique unitaire, à la Famille royale et à la culture française, tout en étant au service de ses étudiants et, plus tard, pendant trois décennies, au service de l’Académie royale de Médecine de Belgique.

C’était un homme fidèle à ses principes, loyal, dévoué et fondamentalement gentil dans le contexte humain, aussi bien avec ses aînés qu’avec ses cadets. Il a saisi dans ses communications toujours la bonne parole pour être à la fois agréable et efficace, mais si c’était nécessaire, dans l’intérêt de sa profession ou de son Académie, il pouvait être décidé et combatif pour la « bonne cause ». Malgré sa position sociale élevée, comme les vraies grandes figures, il a toujours su rester modeste.

Pendant sa vie et sa fonction académique, la médecine a fait des progrès inimaginables auparavant. Ainsi lorsqu’il est né en 1922, Best et Banting venaient de recevoir leur prix Nobel pour la découverte de l’insuline, première landmark de la future evidence-based medicine. Par ailleurs, trois ans auparavant, le même prix Nobel est revenu au Professeur J. Bordet, déjà un membre titulaire de notre Académie royale de Médecine de Belgique et dont la distinction était la reconnaissance implicite de la Belgique d’Albert 1er, deuxième puissance économique au monde jusqu’en 1914 et pays résistant héroïque pendant la guerre 14-18.

C’est en 1934 que le jeune Albert de Scoville entame ses études secondaires, quasiment au moment de la disparition d’Albert 1er, et du début hélas d’un lent déclin du rôle primordial de la Belgique sur l’échiquier européen et mondial.

La troisième date charnière est celle des débuts des études de Médecine du futur Docteur Albert de Scoville en 1939, coïncidant avec le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Pour illustrer cette période tragique et mouvementée dans la vie de chacun, retenons, parmi les nombreuses distinctions honorifiques que recevra plus tard Monsieur de Scoville,  la « Médaille de résistant » comme témoignage de son comportement civique et le fait qu’en 1945, il fit partie de la délégation des étudiants belges pour examiner les crimes commis par le régime nazi dans le camp de concentration de Bergen-Belsen. 

 

Camp des médecins belges à Bergen-Belsen – 1945.  Albert de Scoville à gauche.

Alb. de Scoville a reçu ensuite son diplôme de Docteur en Médecine le 24 juillet 1946 à l’Université de l’Etat à Liège, complété par un diplôme de Médecine hygiéniste en 1951 à l’Université de Liège, et par un diplôme de Médecine tropicale délivré en 1959 à l’Institut de Médecine tropicale d’Anvers.

Pendant sa formation, il fut attaché succesivement –toujours à Liège– au Service d’Anatomie pathologique du Professeur J.Firket et à la Clinique chirurgicale des Professeurs Christophe et Orban. Enfin, il fut Chef de travaux de pathologie chirurgicale de 1955 à 1959. Toujours dans le cadre de sa formation, il a passé en 1957/58 huit mois comme « Research Fellow in Surgery » et assistant à la Harvard Medical School et au Peter Bent Bingham Hospital (Boston –USA).

Entre 1959 et 1969, il a rempli les fonctions suivantes à l’Université d’Elisabethville, plus tard Université de Lubumbashi (Congo belge puis République démocratique du Congo) :

  • Chargé de cours de clinique chirurgicale et de pathologie chirurgicale générale à l’Université officielle du Congo belge et du Rwanda-Burundi ;

  • Professeur ordinaire de clinique et de pathologie chirurgicales à l’Université d’Elisabethville ;

  • extension d’attributions avec l’enseignement de la « Pathologie et thérapeutique chirurgicales spéciales » en 1960 ;

  • extension d’attributions avec l’enseignement de « Théorie et pratique des opérations chirurgicales » en novembre 1964.

Après la reprise de ses fonctions de Chef de travaux à la Clinique chirurgicale en août 1968 à l’Université de Liège, il a été chargé successivement des enseignements suivants à la Faculté de Médecine de son Université :

      « Pathologie des affections chirurgicales tropicales » ;
« Questions approfondies de pathologie tropicale spéciale » ;
« Anatomie humaine topographique » et « Anatomie humaine systématique», comme Professeur ordinaire titulaire de la chaire d’Anatomie humaine topographique et de Splanchnologie.

En même temps, il fut responsable du service de Pathologie tropicale et des enseignements y afférents, tant au Centre d’études des pays en développement (CEDEV) qu’à la Faculté des Sciences appliquées de l’Université de Liège. 

Comme dernière date symbolique, relevons l’année 1974. Après avoir été élu membre correspondant de notre Compagnie en 1969 et élevé au titulariat en 1972, le relativement jeune Albert de Scoville est désigné, à l’âge de cinquante-deux ans, onzième Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Médecine de  

 

 Réception de S. M. la Reine Fabiola en tant que Membre d’Honneur - 1976

Belgique, comme successeur du Professeur A. Dalcq, qui a tenu les rennes de l’Institution de 1957 à 1973. L’année 1974 est également celle, où le prix Nobel de Médecine est partagé par deux Belges, Albert Claude et Christian de Duve, et l’Américain G.Palade, respectivement membre honoraire,  membre titulaire et membre correspondant étranger de notre Compagnie à ce moment. Sa fonction de Secrétaire perpétuel a donc commencé avec la plus haute reconnaissance du niveau exceptionnel de la recherche biomédicale fondamentale belge et Albert de Scoville a su insuffler cet esprit et cette impulsion à son Institution pendant les trois décennies à venir,  maintenant aussi bien du point de vue de la recherche scientifique que de celui de la médecine clinique, ce niveau d’excellence, ce qui est en soi le rôle des académies en général et d’une Académie des Sciences médicales en particulier.  

 

Albert de Scoville et Albert Lacquet, Secrétaire perpétuel de l'Académie-soeur néerlandophone
1978

 A propos de son élection en 1974 comme Secrétaire perpétuel, permettez-moi de rappeler quelques phrases du Professeur Alb. de Scoville, qu’il a prononcées dans le cadre de son discours de prises de fonctions, comme son credo et ars poetica.  Je le cite textuellement :

« Il me suffira, je le crois, de suivre la voie tracée par mon regretté prédécesseur. Comme lui, je m’efforcerai, notamment, d’entretenir les meilleurs rapports avec les six autres Académies royales, mais plus particulièrement, je mettrai tout en œuvre pour bien développer encore nos excellentes relations avec la “Koninklijke Academie voor Geneeskunde”».

« Je veillerai également à ce que notre Compagnie puisse continuer à entretenir les rapports les plus fructueux, non seulement avec nos Facultés de Médecine, mais aussi avec les grandes Fondations de la rue d’Egmont. »

« Je voudrais aussi développer, sous l’angle de la confraternité médicale, des contacts de plus en plus étroits avec d’autres organismes très importants, tels par exemple le Conseil de l’Ordre des Médecins. »

Puis Monsieur de Scoville a prononcé, dans le cadre du même discours, la phrase prophétique suivante qui a trouvé finalement sa réalisation trente-cinq ans plus tard lors du changement récent des Statuts de notre Compagnie : « Chacun sait que le qualificatif perpétuel ajouté à l’énoncé du titre lui-même de la charge veut bien préciser, sans aucune équivoque, une sorte de garantie absolue d’indépendance dont jouit le titulaire, garantie dont le législateur, dans sa sagesse, a voulu marquer la fonction, pour la préserver de toute pression ou ingérence extérieure, d’où qu’elle puisse venir. »

Au début de sa fonction, Alb. de Scoville a réinstallé l’Académie en 1976-1978 dans les locaux rénovés du Palais des Académies. Il a rétabli et continué le rituel immuable des séances de l’Académie, entrecoupé de séminaires et symposia de haut niveau, avec ses concours et ses prix permettant l’éclosion de plusieurs générations de futurs chercheurs. En 1991, en collaboration avec le Professeur Th. Godfraind, Président, et avec le Bureau de l’époque, il a organisé des festivités   scientifiquement « somptueuses » pour les 150 ans d’existence de l’Académie royale de Médecine de Belgique.  

 

Cérémonies du 150ème anniversaire de l’Académie royale de médecine

On reconnaît, entourant  le Secrétaire perpétuel Albert de Scoville, de gauche à droite, André Govaerts,
Théophile Godfraind, Président de l'Académie de médecine pour 1991, et Georges Sion, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de langue et de littérature françaises.

A cette occasion, il a reçu les grandes Personnalités de Belgique ainsi que les représentants académiques de plusieurs dizaines de pays du monde entier. D’une certaine manière, ce fut le sommet de son secrétariat perpétuel. Il a montré à cette occasion qu’il n’était pas seulement Secrétaire perpétuel, mais il a perpétué l’existence et l’œuvre de l’Académie royale de Médecine de Belgique.

Remarquons qu’entre-temps, suivant la longue série de réformes constitutionnelles, la Belgique a changé de structures et l’Académie royale de Médecine de Belgique, dépendait, depuis 1989, comme pouvoir organisateur, de la Communauté française. En 1991-1992, dans le contexte international, européen en particulier, il est cofondateur de la Fédération européenne des Académies de Médecine, dont la première langue officielle fut, pas par hasard, avec le Professeur de Scoville comme Secrétaire général, le français.

Sous son sceptre, l’Académie  à continué son rôle d’organisme de conseil des différents gouvernements ou d’autres instances nombreuses qui se sont adressées à elle, et a rédigé et publié, bon an, mal an, plusieurs avis sur les questions fondamentales de la pratique médicale, de la santé publique ou de l’enseignement de notre Profession.

Toute cette activité fut orchestrée inlassablement par le Secrétaire perpétuel, grâce à son expérience et à sa culture médicale à très large spectre.

Figure connue et digne représentant des sciences biomédicales belges, il fut reçu partout par ses pairs internationaux avec amitié et respect. Relevons ainsi parmi les différentes distinctions sa qualité de :

-          Membre associé de l’Académie royale des Sciences d’Outre-Mer ;
Associé étranger de l’Académie nationale de Médecine de France ;
 
Membre associé étranger de l’Académie de Chirurgie de Paris ;
 
Membre honoraire de l’Académie royale de Médecine de Valence,
 
Correspondant de l’Académie royale de Médecine de Barcelone,
Correspondant de l’Académie des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Cordoba ;
Correspondant de l’Académie nationale de Médecine de Buenos-Aires et
Membre de la Royal Society of Medicine (London) ainsi que de la New York Academy of Sciences.

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Le Bureau et les membres de l’Académie royale de Médecine de Belgique, ainsi que ses collaborateurs administratifs, certains depuis longue date, prennent congé aujourd’hui une dernière fois de cette figure exceptionnelle et en même temps tellement typique des qualités  les plus positives d’une certaine Belgique, qui va survivre – je l’espère ardemment – aux résultats des dernières élections législatives.

A titre personnel, en tant que son successeur, je lui devais cet hommage qui n’est qu’un pâle reflet de la personnalité humaine et vivante d’Albert de Scoville, que j’ai connu dès le début de ma carrière de jeune Académicien, où je n’ai reçu de sa part que des gentillesses, des paroles aimables et des encouragements, sans savoir qu’un jour, par la volonté de mes pairs, j’aurais l’immense honneur de lui succéder.

Cet homme dévoué aux sciences, à la médecine et à son Académie possédait un havre où il pouvait toujours se retirer pour se ressourcer par l’amour et par le sens de la famille auprès de son épouse (fidèle compagne de route depuis 1948) puis de ses trois enfants et enfin de sa petite-fille Laetitia.  

 

76ème anniversaire en famille, le 8 février 1998

Tous ceux qui, comme lui, ont fait une carrière semblable dans notre monde médical, savent qu’une famille solide comme un rocher est la base sur laquelle l’homme d’une vocation déterminée bâtira sa carrière avec toutes ses réalisations.

Chère Madame de Scoville, chers membres de la famille, permettez-moi encore une fois, au nom de toute la communauté constituée par les Académiciens et en mon nom personnel, d’exprimer toute notre sympathie et nos condoléances les plus sincères.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers Collègues,

Nous avons pris définitivement congé du Professeur Alb. de Scoville, Secrétaire perpétuel de notre Compagnie pendant trente ans. Si l’on veut résumer sa personnalité et ses mérites, je dois citer l’Autrichien F. Grillparzer, le plus grand, avec Goethe et Schiller, des auteurs dramatiques de la langue allemande du XIXe siècle : « Er war ein treuer Diener seines Herren », en traduction libre adoptée : « Il a servi son Institution de la façon la plus dévouée, y consacrant toute son existence pendant trois décennies ». Pour conclure cet hommage, citons encore une fois Grillparzer : « Rentrons chez nous en gardant son souvenir : nous ne l’avons pas perdu, nous l’avons gagné pour l’éternité dans l’histoire de notre Académie ».

Merci Professeur Albert de Scoville  -–  et merci pour votre attention.   

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