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On lira ci-dessous le discours prononcé par M. le Secrétaire perpétuel Prof. de Scoville, le 26 septembre 1991, lors de la séance solennelle d’inauguration des cérémonies du 150ème anniversaire de l’Académie royale de médecine de Belgique, en présence de S. M. la Reine Fabiola. N.B. : les paragraphes mis entre crochets n'ont pas été mentionnés lors de cette séance, afin de ne pas allonger le discours.
Madame, Monsieur le Premier Ministre, Messieurs les Ministres Présidents et Messieurs les Ministres, Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Représentants des Académies et Institutions étrangères, ainsi que des Académies royales de Belgique, Madame et Messieurs les Recteurs des universités belges, Messieurs les Officiers Généraux, Monsieur le Président, Mes chers Confrères, Mes chers Collègues, Mesdames et Messieurs, Condenser, en un court exposé, 150 années d'activités, me paraît une gageure : un tel pari est illusoire. Je ne puis donc que me limiter à quelques repères-clés et tenter d'en souligner l'esprit, l'importance et l'impact. Ne convient-il pas tout d'abord de rappeler, très schématiquement, les divers volets de la mission et des activités de l'Académie, telle que cette tâche ressort de ses Statuts ? C'est avant tout l'organe consultatif du Gouvernement et des instances communautaires. Pour remplir une telle mission, l'Institution se doit de s'intéresser à tous les problèmes qui concernent la Santé publique, au sens le plus large - soit donc les différents domaines de «l'Art de guérir» - terminologie quelque peu désuète sans doute, mais qui recouvre à la fois la Médecine humaine, les sciences pharmaceutiques, aussi bien que les problèmes médico-administratifs inhérents à la pratique médicale, l'art infirmier, les professions paramédicales, sans oublier non plus les activités diversifiées de la Médecine vétérinaire, si importantes pour la santé de l'homme. Pour ce faire, l'Académie s'oblige à se tenir au courant des recherches et des connaissances les plus actuelles : c'est une évidence. C'est aussi pourquoi elle encourage la recherche fondamentale, et la qualité de la pratique et de l'expérimentation cliniques, notamment par l'octroi de prix et récompenses diverses, mettant également au concours des questions variées. *
Pour remplir une telle charge, le législateur avait, dès 1841, réparti les membres de la jeune Compagnie en six groupes, qui furent définis comme des « Sections », répartition toujours actuelle d'ailleurs. C'est ainsi que le « Tableau » de la Compagnie comporte les quatre premières, se rapportant à la Médecine humaine, la cinquième aux sciences pharmaceutiques, la sixième à la Médecine vétérinaire. Des dispositions similaires, de type quelque peu « militaire » aux yeux de certains, se rencontrent évidemment ailleurs - notamment chez notre consoeur l'Académie nationale de Médecine qui, à Paris, est de 20 ans notre aînée. [Rappelons encore qu'à l'origine, si les Académiciens nommés par le Roi Léopold Ier étaient des médecins distingués et renommés, membres également de diverses sociétés médicales existant à l'époque, plusieurs d'entre eux, en outre, avaient acquis une grande réputation en qualité de médecins militaires ou comme hauts fonctionnaires : le docteur Jean-François Vleminckx, qui devint le premier « Médecin-Inspecteur général » du service de santé de la jeune armée belge; le docteur Salomon Fallot, éminent praticien ayant participé à maintes campagnes militaires; le docteur Louis Seutin, également professeur de Chirurgie à l'Université libre de Bruxelles; le médecin liégeois Dieudonné Sauveur, le premier secrétaire de la jeune Compagnie, était un haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur.]
L'histoire nous apprend que si, en général, fut assez bien accueillie la création de la nouvelle Institution, malgré tout, certains cercles médicaux, à Gand et à Bruxelles notamment, semblaient regretter une telle naissance. On redoutait, paraît-il, l'influence de cet organisme « élitiste », regroupant médecins universitaires, médecins hauts fonctionnaires, médecins militaires... et on se hâta de lui reprocher, a-t-on pu lire de-ci de-là, que, à travers cet organe, il ne serait pas suffisamment tenu compte de la pratique quotidienne de la Médecine ! Les faits se chargèrent rapidement de démentir de telles allégations et de faire table rase de telles opinions. Lors du 25ème anniversaire de la jeune Institution, le 29 décembre 1866, le président Vleminckx put présenter un bilan absolument positif des activités académiques, au plan, précisément, des bienfaits dont bénéficièrent la santé publique et la population, durant cette première période de 25 ans d'activités. Il n'est pas inutile de rappeler aujourd'hui, qu'à cette époque sévissaient encore de graves épidémies de choléra ; qu'il existait de redoutables foyers de diphtérie, avec sa complication majeure, le « croup », tueur des jeunes enfants; que persistait la fièvre typhoïde dans des zones considérées, même longtemps plus tard, comme irréductibles. N'oublions pas non plus que nos prédécesseurs eurent à se préoccuper des ravages causés par l'alcoolisme chronique dans les classes industrieuses et pauvres, et qu'ils intervinrent efficacement pour la réglementation du travail des femmes et des enfants, notamment dans les mines de charbon. Alcoolisme, tuberculose, anthracose et ankylostomiase des mineurs, étaient le triste lot de nombreux travailleurs souterrains. En outre, quelque 30 % des personnes non vaccinées contre la variole décédaient, et soulignons encore. que la malaria endémique régnait dans les Polders et à Anvers. Que de problèmes d'hygiène publique et de médecine pratique, qui progressivement trouvèrent amélioration, voire ébauche de solution, puis résultats tangibles !
Ces actions bénéfiques furent encore plus marquées et importantes au cours de la période suivante. Elles furent évoquées, avec enthousiasme, le 12 décembre 1891, lors du 50ème anniversaire, célébré en présence du Roi Léopold Il et de la Reine Marie-Henriette. Le Souverain, prenant la parole lors de la séance solennelle de ce cinquantenaire - dans ces mêmes locaux où nous nous trouvons aujourd'hui - se plut à rendre hommage au travail réalisé pendant cette seconde période de 25 ans, évoquant notamment les paroles que Vleminckx avaient dites au jeune duc de Brabant en 1865, à savoir que « les travaux de l'Academie seraient encore plus féconds dans le deuxième quart de siècle que dans le premier ». [Vleminckx avait eu entièrement raison! Un seul autre exemple encore suffirait à le prouver, dans le domaine de l'Hygiène privée : lors du 25ème anniversaire, la fièvre puerpérale faisait 40 victimes chez 1000 jeunes accouchées; 25 ans plus tard, la mortalité n' était que de 4 à 5 parturientes sur 1000 ! L'éducation des accoucheuses avait également été réglementée, à l'instigation de nos prédécesseurs.] [Furent ainsi soulignées, à nouveau, la continuité de l'effort et la rigueur de l'action de la Compagnie, durant un demi-siècle, toujours au service de la Santé publique, et du bien-être de nos populations. On était donc loin des réticences, des doutes, voire des critiques, et des sentiments péjoratifs exprimés en 1841, dans certains cercles médicaux de l'époque.] * Après cinq nouveaux lustres, en 1916, s'inscrit une période de tristesse, de deuils et de sacrifices. Aucune célébration du 75ème anniversaire n'eut lieu. Les activités de la Compagnie furent d'ailleurs totalement interrompues et le Palais des Académies - notamment la salle du Trône où se déroule cette cérémonie - fut même transformé en ambulance militaire par le service de santé de l'année allemande. * Comme chacun sait, 25 ans plus tard, en 1941, de nouvelles conditions de belligérance empêchèrent nos prédécesseurs de célébrer avec faste un centenaire d'activités entièrement consacrées au service de la santé de nos concitoyens, et tout autant aux progrès de la science fondamentale et de la recherche clinique. Cependant tout était réuni pour justifier un tel jubilé, tant au plan national qu'à l'échelon international. Nos aînés ne tinrent donc qu'une simple réunion, de type purement scientifique et médical, quasi une séance ordinaire de la Compagnie. Et l'on peut lire, dans les documents de l'époque, certaines phrases - quelque peu désabusées sans doute, mais combien révélatrices tout autant d'un secret désir de revanche sur le sort - précisant bien une série de dispositions qui prévoyaient, pour l'immédiate après-guerre, une mise au point et la préparation d'une diffusion des nouvelles d'un centenaire «raté» que les circonstances, pour la seconde fois, avaient tué dans l'œuf. *
* Continuons notre périple si vous le voulez bien. Après un nouveau bond de vingt-cinq ans, le 12 octobre 1966, le 125ème anniversaire put, enfin, être célébré - et avec quelle chaleur et quelle satisfaction - puis-je l'affirmer ! Le Roi en fut le témoin, qui rehaussa de Sa présence la cérémonie inaugurale. La participation internationale à un colloque scientifique de renom, sous le titre : « Aux avant-postes de la Médecine », se révéla de très haute qualité. De nombreuses délégations étrangères y participèrent, dont les présidents furent présentés au Roi, comme ce sera d' ailleurs le cas aujourd'hui, après la séance, quand les chefs de délégations seront présentés à Sa Majesté la Reine. Le Bureau - avec le professeur Georges Leplat, président pour 1966, et le professeur Albert Dalcq, mon prédécesseur distingué - soutenu par tous les membres de la Compagnie, avait décidé de mettre sur pied, pour célébrer un tel anniversaire, combien important, une « vaste réunion de travail », et comme le disait Albert Dalcq, « une véritable amplification des réunions plénières ordinaires ». Lors de la séance inaugurale, après l'introduction d'accueil du président Leplat, et l'exposé du ministre Hulpiau, titulaire de la Santé publique, l'honneur revint à Corneille Heymans, professeur à l'Université de Gand, prix Nobel en 1938, membre titulaire et ancien président, de présenter le rapport définissant la contribution de l' Académie au progrès des sciences médicales. Remontant très loin dans le temps, notre illustre confrère se plut à rappeler le nom et les œuvres des plus prestigieux chercheurs belges appartenant aux quatre universités existant à ce moment, et qui illustrèrent de leurs travaux les disciplines dont l'enseignement leur était confié. [Furent donc évoquées la carrière et l'œuvre de Burggraeve (à Gand), de Théodore Schwann, de Joseph-Antoine Spring, de Léon Fredericq (à Liège), de Théophile Glüge à Bruxelles, de Georges et Hector Leboucq, d'Auguste Swaen et d'Arthur Van Gehuchten (celui-ci à Louvain). Corneille Heymans rappela encore, parmi les pionniers de l'Embryologie, le nom d'Edouard Van Beneden et sa contribution fondamentale à la Génétique. Dans son sillage, se situaient les travaux de Hans de Winiwater, de Jules Duesberg et de Jean Firket, tandis qu'à l'Université de Bruxelles, Albert Brachet, le Maître de l'Embryologie expérimentale, accueillait des chercheurs comme Albert Dustin et Pol Gérard. Dans le sillage de Léon Fredericq et de son élève Pierre Nolf, la Physiologie et son essor furent soulignés: les noms de Lahousse à Gand, Paul Héger et Jean Demoor à Bruxelles, Ernest Masoin et Adrien Noyons à Louvain en font foi. En Pharmacologie, dont l'initiateur en Belgique fut Jean-François Heymans à Gand, Ide à Louvain, et Zunz à Bruxelles, se réclamaient de lui. Quant à l'Hygiène et à la Bactériologie, les travaux de Van Ermengem, Ernest Malvoz, Lucien de Béco, Charles Firket, Martin Herman, sont à retenir, avant l'effloraison de l'Ecole belge d'Immunologie et de son guide incontesté, le professeur Jules Bordet, prix Nobel en 1919. Il convient encore de rappeler, en Bactériologie, les apports déterminants de Joseph Denys, Richard Bruynoghe, Octave Jeangout ; les travaux de André Gratia, qualifié de pionnier des antibiotiques; ceux de Jérôme Rodhain et Arthur Broden, en Pathologie tropicale.] Corneille Heymans, dans ses conclusions, disait que si l'Académie royale de Médecine de Belgique pouvait célébrer avec fierté le 125ème anniversaire de sa fondation, c'est avant tout aux « nombreuses et fondamentales contributions de ses membres aux progrès des sciences médicales » qu'elle le devait. Une telle concentration d'hommes de valeur, chercheurs scientifiques de base ou cliniciens avertis, permettait donc de situer la position de notre pays - et l'apport de notre Compagnie - dans le cadre de la communauté scientifique internationale. Le symposium « Aux avant-postes de la Médecine » fut, pourrait-on dire, le couronnement de quelque 125 années d'activités. Des personnalités particulièrement éminentes y firent des exposés remarqués, tels les virologues Albert Sabin et William Bernhard; les embryologistes et endocrinologues Robert Courrier et Albert Jost ; les hématologistes tout autant, dont Mme Nanna Svartz et notre grand aîné et éminent Maître, Monsieur Jean Bernard, que nous avons la joie et le réel privilège d'accueillir, à nouveau, aujourd'hui. Ce sommet scientifique, de très haute qualité, avait été introduit par la conférence d'un chirurgien renommé, le professeur Robert Merle d' Aubigné, et clôturé par la lecture d'un jeune neuropsychiatre d'avant-garde, le professeur Pierre Deniker, un des pionniers de la Psycho-pharmacologie. Rappelons encore que notre confrère le professeur Pierre Rijlant, physiologiste avant-gardiste lui aussi, qui avait mis sur pied le colloque réservé à l' automation médicale et à l'utilisation des machines et des computers, décrivit l'avenir du calcul analogique. Soulignons également la participation des médecins vétérinaires: le directeur de l'Institut national de Recherches vétérinaires, notre confrère distingué Monsieur André Florent, ici présent, avait reçu dans ses laboratoires tous les participants. Il avait magnifié la contribution exceptionnelle, aux plans national et international, de son prédécesseur René Willems auquel, je cite, « la Belgique doit d'avoir, la première, disposé d'un vaccin anti-aphteux trivalent, sous volume réduit, doué d'une efficacité remarquable ». Tels furent le caractère, l'ambiance et le niveau particulièrement élevé de ce 125ème anniversaire, à l'organisation duquel participèrent activement plusieurs de nos confrères MM. Pierre Dustin, Jacques Beumer, Camille Heusghem, Xavier Aubert, Henri Van Cauwenberge, qui participent à cette célébration et dont je tiens ici à rappeler les noms. * Quelques années plus tard, en 1974, trois de nos collègues éminents, les professeurs Christian de Duve et Albert Claude, auxquels il convient d'associer Georges Palade, se voyaient décerner conjointement le prix Nobel de Physiologie et de Médecine pour leurs découvertes en Biologie cellulaire et moléculaire. Nous nous réjouissons aujourd'hui de la présence du professeur Christian de Duve, que nous avons le privilège, très apprécié, de compter parmi les participants actifs à nos colloques scientifiques. Georges Palade, quant à lui, membre honoraire étranger, nous a priés de bien vouloir l'excuser, étant retenu aux Etats-Unis en ce moment même. Le regretté Albert Claude est décédé le 23 mai 1983. * Très proche de nous encore, ne conviendrait-il pas d'évoquer la mémoire de ceux qui furent, pour certains d'entre eux, nos maîtres, et par après nos collègues, au sein des universités belges. [Rappelons donc le souvenir de Henri Fredericq, Jean Brachet, Ernest Van Campenhout, Albert Dalcq, Frédéric Brémer, Zénon Bacq, Marcel Florkin, Paul Bordet, Marc Herlant, Maurice Millet, Joseph Bessemans, Paul Moureau, Maurice Welsch, Guy Bruynoghe, Pierre Frede- ricq, Joseph Heremans et Georges Leplat, chacun d'eux représentant une remarquable figure dans l'éventail des sciences fondamentales et de la recherche, tandis que, dans le domaine clinique, parmi les internistes, nous nous devons d'évoquer l'apport des travaux de Jacques Roskam, Joseph-Pierre Hoet, Pierre Rijlant, Michel de Visscher, Paul Bastenie, Jean Titeca, André Verniory, Paul Van Gehuchten, Ludo van Bogaert, Paul Dubois-Manne, Jean Bobon, ainsi que, en Chirurgie et ses disciplines connexes, sont à retenir l'œuvre et la carrière des académiciens Jean Morelle et Joseph Maisin à Louvain; Fritz Albert, Fernand Orban, Marcel Hanquet à Liège; Paul Martin, Léon Coppez, Jean Cahen, Lucien Deloyers, Hyacinthe Brabant, Jean van den Branden à Bruxelles; à Gand, Emile Derom, Paul Van der Linden, Jules François, Guy Verriest. René Mouchet et Albert Dubois, quant à eux, se signalèrent particulièrement en Pathologie tropicale, tandis que Samuël Halter, le regretté Secrétaire général du ministère de la Santé, fut un remarquable hygiéniste et un organisateur hors pair de l'administration de la Médecine. Chez nos collègues pharmacologistes, pharmacodynamistes et docteurs en sciences pharmaceutiques, mentionnons les travaux et les activités de René Vivario, Jean La Barre, Louis Maricq, Albert Denoël, François JarDinet, CarI Stainier et Gaston Patriarche. . Quant à nos confrères médecins-vétérinaires encore, nous nous souviendrons des brillantes carrières de Firmin Liégeois, Charles Van Goidsenhoven, Paul Térache et nous mentionnerons particulièrement les remarquables travaux en Microbiologie, de Fernand Schoenaers, à la faculté vétérinaire de Cureghem-Liège, ainsi que ceux de René Willems - déjà cité - à l'Institut national de recherches vétérinaires à Uccle.] Cette évocation du nom de nos aînés - et de certains de nos contemporains - hélas disparus au cours d'un terme de 25 ans, que je ne puis analyser davantage, constitue un remarquable mémorial des activités de recherche et une contribution significative, peut-on affirmer, de la vie scientifique de notre Compagnie. * Pour souligner la pérennité de l'Institution et le renouvellement permanent de ses membres, la relève est assurée, et, je dirais, idéalement. En effet, ce fut encore un des mérites signalés de mon prédécesseur Albert Dalcq, de pouvoir obtenir, en 1968, de la part de l'administration, l'acceptation de dispositions prévoyant que tout membre titulaire, à l'âge de 70 ans, devient automatiquement hors cadre, tout en conservant l'ensemble de ses prérogatives: droit de vote, accession au Bureau et à la présidence. De telles dispositions ont donc pour effet d'ouvrir un poste et l'accès au titre de membre, d'un correspondant national, ce qui permet, du fait même, l'accession au rang de correspondant, à des personnalités nouvelles, plus jeunes, en pleine activité de recherche ou professionnelle, appartenant à notre Communauté médico-scientifique. En outre, il convient de signaler que depuis 1980 ont été élues, en qualité de correspondants, deux femmes académiciennes, Mme le professeur Jacqueline Flament-Durand, de l'Université libre de Bruxelles, et Mlle le professeur Monique Reginster, des Universités de Liège et de Mons-Hainaut. * Mesdames et Messieurs, Ce rappel historique serait particulièrement incomplet s'il ne faisait référence à quelques points saillants de nos activités, au cours de ces 25 dernières années. Si en 1970, fut célébré le centenaire de la naissance de Jules Bordet et, la même année, s'il fut rendu un hommage particulier au professeur Corneille Heymans, par après, d'autres réunions conjointes, notamment avec l'Académie nationale de Médecine, se déroulèrent soit à Bruxelles, soit à Paris. Les questions analysées furent importantes et variées : par exemple, les radiations ionisantes, la résonance magnétique nucléaire, les dangers de la pollution inhérents à l'emploi des armes nucléaires, la transmission chimique des influx nerveux, sujet auquel tenait tout particulièrement Zénon Bacq qui avait ainsi rappelé les belles recherches de son ami William Feldberg. En 1980, à l'occasion du 150ème anniversaire de l'indépendance nationale, furent mises sur pied - toujours en parfaite harmonie et totale collaboration, faut-il le dire, avec notre Consoeur néerlandophone - des séances extraordinaires sur le thème: « Europe-Santé-Science », réunions que Nos Souverains rehaussèrent de Leur présence. Cinq ans plus tard, un colloque international fut consacré à la « Recherche médicale en Europe : présent et futur ». * Indépendamment de ces activités scientifiques - nationales et internationales - il me paraît opportun, en cette circonstance toute spéciale, d'informer une telle assemblée choisie, de certaines actions, moins spectaculaires sans doute, mais combien utiles et pragmatiques, que l' Académie - précisément en fonction de sa mission et en vertu de ses Statuts - se doit de mener à bien, soit d'initiative, soit en réponse à des questions posées par les instances officielles, ou encore par certains grands organismes tels le Conseil national de l'Ordre des médecins, voire les conseils provinciaux. L'énumération de ces tâches serait fastidieuse! En voici quelques aspects, particulièrement significatifs. Nous avons étudié, entre autres : la question des bonnes pratiques en matière d'expérimentation médicamenteuse; le problème des opticiens; les produits amaigrissants; l'utilisation des anabolisants et des hormones mâles par ceux qui se livrent à la compétition physique; nous avons défini les actes autorisant la gamme des activités paramédicales (qui concernent les ergothérapeutes, les podologues, les kinésithérapeutes, logopèdes, techniciens de laboratoire, techniciens en Radiologie, diététiciens, etc.) ; nous avons encore actualisé la responsabilité des accoucheuses, étudié le problème de la surconsommation en matière de Biologie clinique, les médecines dites douces et parallèles, la réforme de l'Ordre des médecins... Arrêtons ici la liste de nos activités médico-administratives parmi les plus récentes, et telle est, Messieurs les ministres qui avez la Santé publique, les Affaires sociales et l' organisation de la Médecine dans vos attributions, la particulière attention que l' Académie a estimé devoir réserver à certaines des nombreuses préoccupations qui sont les vôtres. * Madame, Mesdames et Messieurs, Après les pensées élevées, quasi philosophiques, et les réflexions, dont certaines lancées comme une véritable mise en garde, - sinon comme un cri d'alarme - je fais allusion au budget consacré à la recherche - réflexions telles que notre président Monsieur Godfraind les a livrées; après le rappel historique de certains faits ayant marqué notre passé, et quelques notions plus actuelles, trop schématiquement évoquées, de nos actions présentes, comme j'ai tenté d'en esquisser le tableau, notre voeu le plus cher, à l'occasion de ces journées exceptionnelles, pourrait, je pense, s'exprimer comme suit : que nos gouvernants et nos hommes politiques, que nos hauts fonctionnaires et responsables administratifs, que les milieux médicaux veuillent bien comprendre ce message : Si la mission de notre Académie reste aujourd'hui dans la ligne que lui a tracée son passé; si elle est, sans doute, gardienne de la tradition, elle entend bien être - et rester - avant tout, jeune, informée, au jour le jour, des moindres progrès et découvertes scientifiques; que tradition ne signifie donc pas « routine », mais comme l'avait si bien défini, dans le style percutant que nous lui connaissions, le recteur Marcel Dubuisson, lors d'une séance de l'Académie thérésienne, la tradition « n'est valable que dans l'adaptation continue et le progrès ». Notre Compagnie se doit encore, au plan national toujours, d'être attentive aux aspects et aux problèmes - combien nombreux ne sont-ils pas ? - de l' organisation et de la pratique de la Médecine, au sens le plus large, telle que la profession médicale est organisée aujourd'hui dans notre pays - et demain, selon les critères de la Communauté européenne - qu'il s'agisse de la Médecine dite « générale », ou de l'exercice des vingt-six spécialités actuellement reconnues officiellement en Belgique. Que chacun veuille donc bien réaliser que notre Institution n'est pas - ce que d'aucuns semblent s'imaginer - un agréable cénacle, un tant soit peu suranné, dont les membres se rencontrent à date fixe pour deviser - courtoisement - mais qu'elle est avant tout et surtout un centre de travail, de réflexion, d'échanges d'idées; qu'elle est aussi une tribune de la pensée scientifique médicale la plus actuelle. Elle justifie ainsi la qualification « d'association de capitaux intellectuels » que lui attribuait son président le Dr Gallez, il y a 100 ans, le 12 décembre 1891, à l'occasion de la célébration solennelle du cinquantenaire de sa fondation. Cette sorte de « banque de ressources et de compétences » me paraît donc être le véritable organe consultatif auquel Gouvernement national et instances communautaires, chaque fois que les circonstances l'exigent, peuvent, et doivent - je n'ai pas dit : devraient - se référer ! (Applaudissements.)
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