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N.B. : cette rubrique est également destinée à informer certaines institutions étrangères auxquelles les personnalités ci-dessous ont pu appartenir. On lira ci-dessous : - Liste des membres récemment décédés; - Discours d'hommage au Professeur A. de SCOVILLE. - Discours d'hommage au Professeur Joseph LEUNEN. - Discours d'hommage au Professeur Léon CASSIERS. - Discours d'hommage au Professeur Gerhard SOKAL. - Discours d'hommage au Professeur Alexandre FAIN.
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IN MEMORIAM
Pour lire le texte de l'éloge prononcé par le
Professeur J. Frühling
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IN MEMORIAM
Chers Membres de la famille de monsieur Leunen,
Le Professeur Joseph Leunen est décédé le 19 mai 2009 dans sa 88è
année.
Fils d’un artisan tapissier, il effectue ses études durant la
seconde guerre mondiale. Inscrit en candidature à l’ULB, il est
confronté à la fermeture de son université en novembre 1941. Joseph
Leunen est diplômé Dr en Médecine vétérinaire par le jury
vétérinaire belge en 1947. Il débute sa carrière dans le département
commercial d’une firme pharmaceutique bruxelloise. Après quelques
mois d’activité au sein de cette firme, il postule un poste
d’assistant chercheur à l’Institut National de recherches
vétérinaires (aujourd’hui Centre d’étude et de recherche vétérinaire
et agrochimique – CERVA). Recruté et nommé assistant le 14 octobre
1948, il fera toute sa carrière dans cet institut où il sera
successivement nommé chef de travaux (1957), directeur du
laboratoire de virologie (1962), chef du département de virologie
(1966) et finalement directeur de l’établissement de 1975 à 1986.
Joseph Leunen est un pionnier en virologie vétérinaire.
Recruté comme adjoint du docteur René Willems, sa première mission
consista à aider celui-ci à préparer un vaccin trivalent destiné à
immuniser les bovins contre le virus de la fièvre aphteuse.
Ensemble, ils ont développé dès 1948, la production de vaccin de
type Waldmann. La préparation du vaccin Waldmann nécessitait la
multiplication des souches virales dans l’épithélium lingual de
vaches saines. Ainsi Monsieur Leunen a-t-il mis sur pied toute une
organisation complexe nécessitant une grande mobilisation en moyens
humains et en nombreuses infrastructures afin de produire de grandes
quantités de virus aphteux. Les bovins achetés en Irlande étaient
acheminés en Belgique par bateau; ils étaient inoculés par voie
intralinguale dans divers abattoirs, clos d’équarrissage, et
installations militaires du pays, puis après 24 heures ils étaient
abattus. L’épithélium lingual gonflé par le virus aphteux était
alors prélevé et servait d’antigène pour la préparation du vaccin.
Les jeunes vétérinaires travaillant au laboratoire, de même que
plusieurs vétérinaires miliciens, mis à la disposition de l’INRV par
le ministre de la Défense nationale, ont réalisé ce travail organisé
et coordonné par le Dr Leunen. En 1950, l’INRV pouvait déjà produire
annuellement 300.000 doses de vaccin trivalent bien nécessaires pour
tenter de prévenir l’extension d’une épizootie qui frappait quelques
40.000 exploitations à cette époque.
En 1956, assisté par Robert Strobbe, Joseph Leunen a développé la
méthode Frenkel de production de virus aphteux. Cette méthode
consistait à prélever, dans les abattoirs, des épithéliums linguaux
de bovins sains abattus. Ces épithéliums mis en survie dans des
milieux adéquats au laboratoire était finalement ensemencés avec du
virus naturel et ce impérativement dans un délai de 48 heures après
leur prélèvement. Initialement, Monsieur Leunen a organisé la
récolte des épithéliums linguaux dans plusieurs abattoirs de
Belgique. Plus tard, en raison du fait que tous les bovins belges
étaient vaccinés, il organisa ces prélèvements en Ecosse, en
Bretagne et en Yougoslavie. L’acheminement de ce matériel biologique
vers le laboratoire d’Uccle devait se faire dans des délais brefs,
ce qui demandait une coordination parfaite.
A partir de 1961 et jusqu’en 1990, la vaccination anti aphteuse
généralisée annuelle de tous les bovins âgés de plus de 6 mois a été
rendue obligatoire en Belgique, et l’INRV fabriquait annuellement
les 2.500.000 doses du vaccin trivalent anti-aphteux nécessaires
pour couvrir tous les besoins du pays. La vaccination anti aphteuse
alliée à une politique d’abattage et de destruction systématique des
animaux infectés a ainsi permis d’éradiquer la fièvre aphteuse de
Belgique. L’amélioration de la situation sanitaire européenne a
motivé la décision de l’Union Européenne d’arrêter la vaccination
anti-aphteuse en 1991. L’épisode dévastateur de
l’épizootie de fièvre aphteuse qui a touché le
Royaume-Uni en 2001 et qui a nécessité
l’abattage et la destruction de plus de 4 millions d’animaux a
cruellement rappelé à chacun les dangers de cette maladie
particulièrement contagieuse qui frappe les populations bovines,
ovines et porcines et a ainsi remis en lumière le rôle primordial
joué à l’époque par Joseph Leunen et son équipe.
Dès 1960, le Dr Leunen a développé un service de cultures
cellulaires primaires préparées à partir d’organes de fœtus bovins
prélevés dans les abattoirs. L’utilisation de ces cellules lui a
permis de réaliser, en 1962, le premier isolement en Europe du virus
de la vulvo-vaginite pustuleuse des bovins (IPV) mieux connu
aujourd’hui sous l’appellation de virus herpes bovin 1. Les
cultures cellulaires primaires de cellules de reins de fœtus bovins
développées par Joseph Leunen ont servi et servent encore
aujourd’hui d’outil de base pour tous les scientifiques affectés au
département de virologie.
Entre 1963 et 1975, Joseph Leunen s’est consacré à la mise sur
pieds et au développement d’un service de virologie porcine axé sur
la lutte contre la peste porcine et le diagnostic des différentes
maladies virales du porc. Bien que nommé directeur de l’INRV en
1975, il n’a jamais cessé de s’intéresser et de superviser les
activités de ce laboratoire. C’est à son initiative que nous avons
ainsi isolé en 1980, dans mon laboratoire, un virus Influenza alors
appelé Hsw1 N1 (actuellement H1N1) dont la nomenclature et l’intérêt
qu’on lui porte ont évolué très récemment. Enfin, en mars 1985, en
collaboration avec Patrick Biront en charge du laboratoire de
virologie porcine, le Professeur Leunen a identifié un virus
inattendu sous nos latitudes, celui de la peste porcine africaine.
Avec l’assentiment des services de l’Inspection vétérinaire, il en
a organisé l’éradication ce qui a nécessité l’abattage de plus de
34.000 porcs et l’examen de plus de 110.000 échantillons sanguins.
Les multiples activités scientifiques du Dr Leunen lui ont valu
la reconnaissance des instances scientifiques nationales et
internationales. Il était notamment membre de la Commission de la
fièvre aphteuse de l’Office International des épizooties et de celle
de la FAO et expert pour la fièvre aphteuse auprès de l’Union
Européenne.
Elu membre de notre assemblée en 1983, il reçut en 1992, la
Médaille d'or de l'Office International des Epizooties,
l’organisation mondiale de la santé animale, pour les nombreux
services rendus dans la lutte contre les maladies virales animales.
Scientifique hors du commun, Joseph Leunen était aussi un
remarquable gestionnaire, un organisateur efficace et un meneur
d’hommes avisé. Durant son mandat de Directeur, il a encouragé et
permis aux différents chercheurs de l’INRV, quelle que fût leur
discipline, d’initier des projets de recherche et de collaboration
avec les différentes institutions scientifiques belges et
étrangères. Continuellement à l’écoute de chacun, il faisait
confiance à ses collaborateurs scientifiques, techniciens et
ouvriers. Toujours disponible, il trouvait, le plus souvent, le
moyen de dégager les moyens humains et matériels nécessaires à la
poursuite des travaux de chacun. Lors de son départ à la retraite,
il a laissé une institution dotée de bâtiments modernes et un
personnel scientifique motivé mais déjà orphelin de son père
spirituel.
Pour ma part, je n’ai jamais eu la chance de collaborer
directement avec Joseph Leunen. J’ai été recruté en 1969 dans le
département de pathologie aviaire où j’étais chargé de la virologie,
en dehors de son département. Je travaillais dans un autre bâtiment,
nous avions peu d’occasions de nous rencontrer. Nos rapports
d’abord inexistants évoluèrent cependant rapidement dès lors qu’il
m’invita à participer aux diverses activités des scientifiques de
son département, levant ainsi les barrières administratives qui nous
séparaient. J’ai pu compter sur son appui tout au long de ma
carrière, il fut mon plus ferme soutien. C’est donc avec beaucoup
d’émotion que j’évoque aujourd’hui devant vous sa mémoire.
Evoquer la mémoire d’un disparu ce n’est pas se limiter à
exposer son curriculum vitae, c’est aussi parler de l’homme. Cet
homme que j’ai eu le plaisir de découvrir lors des sessions
annuelles de l’OIE à Paris. Les longs voyages en train et les dîners
partagés m’ont permis d’apprécier la simplicité d’un homme
chaleureux et expansif, aimant la France, la Drôme, Dieulefit ,
l’odeur des lavandes, la gastronomie et les vins des côtes du Rhône.
Travailleur insatiable, Joseph Leunen était partagé entre
deux passions, sa profession et sa famille. Assurer le bonheur de
son épouse et le devenir de ses enfants était pour lui une
préoccupation constante. La santé fragile de sa fille l’inquiétait,
mais, par pudeur, il restait d’une très grande discrétion sur la
seule ombre de son existence.
Joseph Leunen était un homme de cœur. Resté fidèle à ses
origines modestes, il soutenait les actions de l’abbé Vanderbiest ,
curé des marolles, dont il avait épousé la maxime : « toute vie a
un sens, et ce qui m’intéresse dans l’existence, c’est d’être
utile… ».
Utile il le fut, pour la profession
vétérinaire toute entière, et pour tous ceux qui ont eu la chance
de partager des moments de vie commune avec lui.
Permettez moi, au nom de l’Académie de
présenter aux membres de sa famille nos condoléances et aussi nos
sentiments les plus respectueux et émus.
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IN MEMORIAM Professeur
Léon CASSIERS, membre honoraire
Eloge académique par le
Professeur Eric Constant
Monsieur le Président, Monsieur le secrétaire perpétuel,
J’ai choisi pour rendre hommage au Professeur Léon Cassiers
de le faire parler, tant j’estime qu’il avait, et a encore, des
choses importantes à nous dire…
Je l’ai d’abord personnellement connu au cours de
psychiatrie en premier doctorat en médecine, le vendredi matin à
8h30, dans un auditoire toujours bien fréquenté, malgré l’heure
matinale. Parce qu’il convient ici de remarquer que le cours de
psychiatrie n’était pour lui qu’un prétexte, un prétexte pour nous
enseigner plus fondamentalement LA VIE et les lois qui la régissent.
C’est certainement de ce fait qu’il pouvait toujours compter sur un
auditoire attentif, buvant ses paroles comme du petit lait. Ne
voit-on pas là également la différence entre un bon professeur,
dispensait ses connaissances, certes impressionnantes, et un maître,
ou un maître à penser…
Dans leur hommage au Professeur Léon Cassiers à l’occasion
de son éméritat, voici ce qu’en disait le Professeur JP Roussaux et
P. Jeanne : « Le Professeur Léon Cassiers a abordé pendant 40 ans
tous les domaines constitutifs de son métier : rien de la
psychiatrie ne lui était étranger. Aucun élément qui pouvait
contribuer à éclairer ce que signifie « être un homme », ni aucune
approche thérapeutique qui pouvait se révéler utile pour aider le
malade n’ont laissé son esprit indifférent.
Toujours, il a tenté d’exercer son sens critique sur les
modèles successivement proposés, il a eu le courage d’en réfuter
certains qui ne lui semblaient pas respectueux de la personne du
patient, et enfin, il a fait preuve de réserve quant à la dimension
totalisatrice de toutes les constructions théoriques.
Par ce discernement, ce courage et cette réserve, il s’est
inscrit dans la grande tradition des psychiatres humanistes, dont
nous voulons que la démarche éthique oriente et balise nos pratiques
présentes et à venir. »
Le témoignage de sa secrétaire
« J’ai été la secrétaire de Monsieur le Professeur Cassiers
pendant 35 ans et je voulais dire que c’était un homme admirable,
avec des principes de respect vis-à-vis des membres des équipes
administratives. Avec ses patients aussi, il les mettait à l’aise,
il recevait les gens simples, comme les autres, et il se mettait à
leur niveau. Il parlait beaucoup de la dignité humaine et de la
notion de respect. Il parlait souvent de ses enfants et de ses
petits-enfants. Il était fier de cette grande famille. Il nous
parlait aussi souvent de la guerre, de la libération, son frère et
lui perchés sur un réverbère en train de regarder passer les tanks
américains remontant la Toison d’or. Nombre d’entre nous peuvent en
témoigner : c’était un Grand Patron ».
Epistémologie et psychiatrie
Le professeur Cassiers a beaucoup réfléchi et élaboré
autour de la question de la place et la spécificité de la
psychiatrie dans le domaine de la médecine. Voici ce qu’il pouvait
en dire.
« Il est banal de rappeler que la relation du médecin
moderne à son malade fonctionne sur deux épistémologies différentes,
sinon discordantes. Scientifique depuis Claude Bernard, le médecin
pose le corps et même le discours du malade comme un objet de type
physico-chimique qu’il a à connaître et modifier. Engagé cependant
dans une relation humaine, appelé à satisfaire chez le patient une
demande de bien-être subjectif, il se trouve entraîné dans l’échange
des désirs et plaisirs. Le corps et le discours ne sont plus ici
objets mais Sujets. L’appel au bien-être subjectif oblige une
épistémologie de type herméneutique : une négociation sur le sens de
la maladie et de la santé, du plaisir, de la souffrance et de la
mort.
Or la psychiatrie, en plaçant le psychisme comme raison de
l’échange, perd cette référence assurée au corps physiologique. La
relation médecin-malade se trouve aspirée vers le seul pôle
herméneutique, sans cesse en passe de perdre la référence
scientifique que cependant toute médecine exige de maintenir. La
psychiatrie rencontre donc de manière aiguë la question de
l’épistémologie qui sous-tend son discours. Privée de référence au
corps physiologique, elle peut cependant rappeler celui-ci à son
discours. Elle n’échappera pas pour autant au fait que le Bien dont
elle se donne la charge n’est plus médiatisé par ce corps, mais
concerne directement l’esprit. Les épistémologies auxquelles elle va
se référer pour fonder son action, tout en affirmant leur fidélité
scientifique, vont dès lors plus radicalement qu’en médecine
somatique soulever la question des pentes éthiques sur lesquelles
elles entraînent... »
Ethique de la psychiatrie
Ethique… Le mot est lâché. Le Professeur Cassiers a
toujours été particulièrement préoccupé par les questions d’éthique
en psychiatrie et les questions bioéthiques.
« Les maladies psychiatriques apparaissent comme très
complexes : les unes viennent bien d’un trouble biochimique, tandis
que les autres surgissent de jeux combinatoires aberrants. En fait,
toute affection psychiatrique doit se comprendre comme une
dialectique continuelle entre biochimie et constructions
culturelles, l’une influençant autant l’autre que l’inverse. La
plupart des traitements devront donc se dérouler sur les deux plans,
ou mieux sur les trois plans : biologique, psychologique et
sociologique. » Ainsi il était un ardent défenseur de la dimension
bio-psycho-sociale de la psychiatrie et aurait aimé rebaptiser les
« neurosciences », « psycho-neurosicences ».
Une médecine humaniste : entre science et philosophie
Enfin, ce qui caractérise au mieux sa pensée, me
semble-t-il, et le rend si attachant, est sa conception de la
médecine humaniste, une médecine où la question du sens est toujours
débattue. Le respect pour la personne du malade, au centre de notre
choix professionnel, la grande modestie de sa conception de l’aide
apportée par le médecin et son extraordinaire foi en l’autre qui
parle, constituent certainement un rempart, oh combien nécessaire,
contre l’idée d’une toute puissance médicale.
« C’est à la raison de notre métier de médecins que je
voudrais réfléchir. Cette raison, c’est le malade. C’est à son
service, en premier, que doivent revenir les progrès scientifiques
que nous développons. Mais nous savons aussi que surgit là
actuellement une inquiétude. La science est-elle bien au service du
malade ? Ne se retourne-t-elle pas au contraire contre l’humanité
même de celui-ci ? Cette question est posée aujourd’hui avec une
insistance particulière.
Je serais tenté de dire qu’il n’y a guère moyen de rester
présent à côté des malades, sauf à éprouver une sympathie
particulière pour l’humanité, pour toutes les femmes et pour tous
les hommes au delà de la question de leurs réussites et de leurs
échecs. Simplement parce qu’ils sont humains et qu’ils souffrent…
Mieux que personne cependant, le médecin sait que son entreprise est
vouée à l’échec relatif ou complet. Il n’y a pas d’être humain sans
souffrance, et la mort clôt toute vie. Le médecin gagne des
batailles, mais il perd toujours la guerre. Cependant, pour le
médecin fidèle à son statut, cela n’altère ni sa persévérance, ni sa
sympathie. Simplement, et en raison de cette sympathie, il pense que
souffrir moins est mieux que souffrir seul et sans secours, et qu’il
en va de même de la mort. Ce qui caractérise le médecin qui reste
fidèle à sa position, ce n’est pas d’abord, comme on le dit trop
souvent et comme il le croit lui-même parfois, qu’il vous sauve la
vie et qu’il vous restitue la santé. Le vrai médecin, bien
évidemment, sait toujours que ces victoires sont temporaires. Il en
respecte la valeur, bien évidemment, mais aussi le caractère
aléatoire. Idéalement, le médecin aide parfois, mais il accompagne
toujours.
Que signifie cet accompagnement, sinon d’être présent aux
moments de la maladie et de la mort… Le médecin a donc choisi, par
métier, d’être présent aux moments où le sens de la vie est menacé,
voire détruit.
Nous parlons bien de présence, et non pas de solution. Pas
plus que quiconque, le médecin n’a de solutions toutes faites à
proposer à la perte du sens. Chacun se trouve, à ces moments, dans
la nécessité de reconstruire son sens propre. Mais ceci ne peut se
faire, pour tout humain, qu’à la condition de trouver un autre
humain qui reste présent, qui l’écoute et qui l’entend.
Lorsqu’il a terminé ses procédures diagnostiques et
thérapeutiques, lorsqu’il a donné au malade toutes les explications
requises, et même lorsqu’il a guéri, vient le moment où, déposant
son scalpel ou son stéthoscope, le médecin s’arrête un instant et
fait silence. Parce qu’il sait, s’il est humain, que le patient
garde une question qu’il n’a pas encore posée. Question maladroite,
confuse peut-être, parfois anxieuse, parfois brutale : de quels
plaisirs de vivre cette maladie me prive-t-elle ? Quel sens vais-je
reconstruire à ma vie, maintenant qu’elle m’a forcé à prendre
conscience de mes limites et de ma mort future ?
Le rôle du médecin n’est pas de poser ces questions, mais
de les entendre lorsqu’elles affluent. Il sait qu’il n’y trouvera
pas de réponse immédiate, et même que c’est bien le malade qui
construira ses propres réponses. Mais il sait aussi que pour cela,
il faut qu’il soit là comme médecin, sans effroi, sans se retirer,
sans avoir peur de sa propre impuissance à répondre. Mais avec la
foi que le patient, lui, y parviendra si on l’accompagne. C’est
exactement le moment où toute la puissance de la science et de la
philosophie s’arrêtent. Non pour faire place au vide, mais pour
faire place à l’humanité de l’humain. C’est-à-dire à la foi que,
lorsque deux humains se rencontrent sur ces questions, de cette
rencontre surgira peu à peu un sens nouveau, imprévisible, et
acceptable.
Je voudrais conclure, Madame, Messieurs, chers collègues,
avec cette citation de Paul Ricoeur en harmonie parfaite, me
semble-t-il avec la recherche constante de la question du sens,
chère au Professeur Cassiers
« L’homme a besoin d’amour, certes ;
Au nom de l’académie royale de médecine, je voudrais vous
présenter, Madame ainsi qu’à votre famille, nos condoléances les
plus sincères. Hommage académique par le Prof. J.-P. Roussaux
Monsieur
le Président, Monsieur le Secrétaire Perpétuel, Chère Madame Cassiers, C’est un grand honneur de pouvoir évoquer ici le souvenir fort et chaleureux qu’a laissé le Professeur Léon Cassiers à l’ensemble de ses collègues et collaborateurs du monde universitaire et clinique. Psychiatre, docteur en criminologie et psychanalyste, le Professeur Cassiers a été à la base du redéploiement de la psychiatrie à l’UCL après le transfert de la Faculté de médecine de Leuven vers le nouveau site médical de Woluwé en 1977. Il a été pour notre pays le champion d’une conception psychodynamique de la psychiatrie en y intégrant à la fois et la dimension institutionnelle et sociale (à partir du Centre de Guidance) et le versant biologique, mais selon ses mots, « dans un parcours plus complexe que celui de simples essais cliniques sanctionnés par des statistiques ». Soucieux d’une vision humaniste de la médecine et d’une réforme en profondeur des études, il avait exercé remarquablement la fonction de doyen de la Faculté de médecine de 1989 à 1994, tout en la soumettant à une évaluation en profondeur par des experts internationaux, une démarche d’accréditation novatrice en Europe à cette époque. Le Professeur Léon Cassiers a abordé pendant plus d’un demi-siècle tous les domaines constitutifs de sa discipline : pour paraphraser Montaigne, rien de la psychiatrie ne lui était étranger. Aucun élément qui pouvait contribuer à éclairer ce que signifie « être un homme », ni aucune approche thérapeutique qui pouvait se révéler utile pour aider le malade n’ont laissé son esprit indifférent. Depuis son engagement initial pendant 20 ans à la clinique de La Ramée, il avait choisi de se mettre activement au service des malades mentaux qui disait-il « sont toujours en risque d’être les victimes du mépris de leurs semblables ». « Notre travail » poursuivait-il, « doit nous donner les outils intellectuels qui permettent de restaurer leur honneur ». Depuis toujours se sont manifestés chez le psychiatre Léon Cassiers le souci et l’intérêt pour le patient lui-même, mais aussi pour l’écoute attentive de ce qui en lui nous interroge – et même nous soigne – comme il l’avait laissé échapper dans un lapsus aussitôt assumé (1977). Du patient, il disait avec un remarquable respect : « je ne sais rien qu’il ne m’aie pas dit ». Quand il commentait le concept freudien de « neutralité bienveillante », il se disait bien plus interrogé personnellement par la bienveillance et son éventuelle efficacité que par la neutralité. Mais ensuite et de façon indissociable pointait l’interrogation, la recherche et la création d’outils intellectuels de compréhension. En homme doué d’une extrême intelligence, toujours, il a tenté d’exercer son sens critique sur les modèles explicatifs-les paradigmes successivement proposés ; il a eu le courage d’en réfuter certains qui ne lui semblaient pas respectueux de la personne du malade et enfin, il a fait preuve de réserve quant à la dimension totalisatrice de toutes les constructions théoriques. Travailleur infatigable, chercheur jamais rasséréné, il passe de travaux d’inspiration neurologique à la psychiatrie et à la criminologie (discipline dans laquelle il rédigera sa thèse sur les psychopathes délinquants à partir du test de Rorschach. Puis ce seront la psychanalyse qui restera sa référence de base, la pensée systémique issue de la cybernétique, l’épistémologie avec le souci de fonder scientifiquement la jeune science psychiatrique. Enfin, déjà doyen, le Professeur Cassiers a prolongé ses recherches dans le domaine de l’éthique, de la philosophie, de la morale, en retravaillant les grands auteurs (Aristote, Spinoza, Kant) mais aussi en analysant et discutant dans des nombreuses publications et communications, les problèmes éthiques actuels. La veille même de sa mort, il venait de mettre la dernière main à un livre consacré aux questions essentielles et aux fondements de la bioéthique. Un petit groupe de travail constitué autour de Mme Cassiers, s’est fait un devoir de publier en 2010 cet ouvrage intitulé par l’auteur lui-même : « Ni ange ni bête. Essai sur l’éthique de l’homme ordinaire ». Ce double intérêt, direct pour les patients et conséquent pour les outils intellectuels de compréhension, devait également inspirer son formidable investissement dans la création de lieux thérapeutiques divers, spécifiques, permettant l’accueil adapté de tous les types de malades : les Centres de santé mentale, Chapelle-aux-Champs, Chien Vert (dont nous fêtions hier encore les 30 ans par un colloque scientifique sur la psychose) et Méridien avec leurs départements adultes, enfants, adolescents, psychogériatriques, le centre Enaden et la communauté thérapeutique du Solbosch pour les toxicomanes, les unités d’urgence, de psychiatrie de liaison et de psychosomatique, d’accueil de la psychose aux Cliniques Universitaires Saint-Luc et Mont-Godinne, dont il avait dirigé les départements de neuropsychiatrie de façon exemplaire. Le Professeur Léon Cassiers avait la capacité exceptionnelle de pouvoir transformer les difficultés en opportunités et en forces : ayant dû abandonner le grand projet d’hôpital psychiatrique sur le site de Woluwé, il développa patiemment un réseau intégré de centres ambulatoires et hospitaliers à Bruxelles et en Wallonie que le Ministre de la santé citait encore en exemple hier matin dans son ouverture du colloque sur la psychose. Ainsi, la diversité des souffrances appelait la diversité des offres de soins, spécifiques au sein d’institutions toutes liées par une « Charte éthique » commune au sein de l’Association des services de psychiatrie et de santé mentale de l’UCL - l’APSY-UCL, dont il fut le premier président dès sa constitution formelle en 1994. Avec plus de 15 ans d’avance, il avait mis sur pied un réseau de soins intégrés tel qu’il est préconisé dans la réforme actuelle de la psychiatrie. Ces constructions institutionnelles diverses prenaient cependant leur vie et leur force d’un même modèle éprouvé et promu par le Professeur Cassiers : il veillait à instaurer une véritable collaboration entre les différents métiers de la santé mentale par le partage réel des représentations et des responsabilités. Comme il aimait à le dire « reconnaître l’influence du social sur la santé mentale, c’était gauchiste, romantique et … essentiel ! » Après son éméritat en 1995, il s’était consacré très activement au Comité consultatif national de bioéthique dont il avait assumé la présidence en des temps très houleux, ceux de la loi sur l’euthanasie, de l’utilisation des cellules souches et de la procréation médicalement assistée. Tout ces thèmes sont l’objet de son livre à paraître. Parallèlement, il s’était investi dans la modernisation de l’Hôpital Psychiatrique du Beau Vallon dont il resserra les liens avec l’UCL. Diverses associations d’aide aux personnes en situation précaire (citons seulement ATD-quartmonde et Faculté d’aimer) ou encore de groupes de réflexion et d’échange sur les valeurs spirituelles (AIEMPR ou Vie montante) purent bénéficier de ses qualités d’organisateur averti, de pédagogue et d’orateur. Ainsi, durant toute sa vie professionnelle, il a été pour ses collaborateurs et pour la communauté universitaire scientifique et clinique, un modèle d’humanisme tolérant, de pragmatisme ambitieux et de bienveillance. Par son discernement, son courage et sa réserve, il s’est inscrit dans la grande tradition des psychiatres humanistes dont nous voulons que la démarche éthique oriente et balise nos pratiques présentes et à venir. Il fut un grand patron et un excellent maître à la fois ! Quand il avait reçu le titre de baron de sa majesté le Roi, le Prof. Cassiers avait choisi pour devise : « Tout ce qui n’aura pas été donné sera perdu ». Selon les termes mêmes de sa devise, je tiens ici à remercier le Professeur Léon Cassiers pour tout ce qu’il nous a donné car rien n’en sera perdu – et j’exprime à Madame Cassiers et à ses enfants le témoignage de notre très sincère reconnaissance.
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IN MEMORIAM Professeur
Gerhard SOKAL, membre honoraire
Chers Anne-Marie, Olivier, Benoit, Vincent, Geneviève et Etienne,
Le
Professeur Gerhard Sokal est décédé à Chevetogne le 29 janvier
dernier.
C’est au titre de chef de patrouille de G. Sokal que je dois
l’honneur de lui rendre hommage aujourd’hui.
C’est en juillet 1940 que la patrouille des chamois de la troupe St.
Louis à Bruxelles accueillit dans ses rangs un jeune homme,
souriant, dynamique et rayonnant de charisme.
Il
allumait nos feux sans allumettes et pêchait nos truites à la main.
Il
fut totémisé : « Caribou impassible ». Son imagination débordante ne
le prédisposait pas à la discipline mais en cas de différents son
sourire désarmant désamorçait toute tentative de conflit.
Né à
Baden en Autriche en 1927 il se réfugie à Bruxelles avec sa famille
en 1934. Naturalisé Belge il fait ses humanités gréco-latines au
collège St Louis où nous nous rencontrons en 1940. Je ne vous
citerai pas les nombreux camps que nous avons vécus, ni la langue
« cosaque » qu’il imposa à notre patrouille, sachez seulement que
c’était magique et très joyeux à une époque ou peu de choses
l’étaient.
A la
fin de la guerre nous nous retrouvons en médecine à l’UCL. Diplômé
en médecine en 1952 avec grande distinction Gérard s’engage en
médecine interne chez le Professeur Lambin. Notre connivence
persiste, parmi nos intérêts communs, la création d’une banque
d’artères est prioritaire. Gerhard avait conçu une instrumentation
sophistiquée qui permettait de prélever les artères fémorales de
cadavre sans délabrer ceux-ci. Il stérilisait et lyophilisait sous
vide les vaisseaux et les livrait prêt à l’emploi à une époque où la
chirurgie vasculaire était encore balbutiante.
Il
part ensuite pour un séjour d’un an à Fribourg au laboratoire du
Professeur Heilmeyer où il s’initie à l’hémostase et à
l’immunohématologie. En 1960 il défend une thèse d’agrégation sur le
thème : « Plaquettes sanguines et structure du caillot ».
La
grande œuvre de la vie de Gérard Sokal sera la création et le
développement d’un service complet d’hématologie.
Dès
1956 il développe un centre de transfusion efficace qui facilitera
entre autre l’essor des services de chirurgie cardio-vasculaires
naissants. Dans la foulée il a le génie de créer une équipe
hématologique qui va fusionner le laboratoire et la clinique.
En
parallèle des consultations intégrées sont organisées et elles
représenteront bientôt un modèle de discussions collégiales.
L’acquisition d’une centrifugeuse réfrigérée de grande capacité
permit les premières transfusions de plaquettes et de la fraction I
de Cohn à l’usage des hémophiles.
Il
complète son laboratoire par une salle spéciale qui héberge un
cheval immunisé pour obtenir des immunoglobulines actives en
particulier pour la transplantation rénale.
Nommé responsable de l’oncologie il développe avec Jean-Louis
Michaux la polychimiothérapie et établit des contacts réguliers avec
le Professeur Jean Bernard de Paris qui fut fait docteur honoris
causa de l’U.C.L. en 1970.
Conscient de l’importance des contacts internationaux et de la
richesse des échanges scientifiques il accueillit des médecins et
des chercheurs de tout horizon. Il organisa un séjour prolongé à
Londres avec les membres de son équipe pour lier des contacts avec
les principales institutions hospitalières et centres de recherches
anglais en hématologie.
Soucieux du financement de la recherche il eut l’idée féconde
d’associer, dans un comité d’entraide à la recherche hématologique,
les collaborateurs du service et des notables du monde extérieur.
C’est sous le nom de « Salus Sanguinis » que cette fondation
soutient depuis 35 ans la recherche et permet l’humanisation des
soins hospitaliers.
Au
cours des années 1970-1971 nait le service d’hématologie pédiatrique
avec Guy Cornu et la première greffe allogénique de moelle est
réussie chez une enfant de 13 ans atteinte d’aplasie médullaire.
De
nouveaux collaborateurs élargissent l’équipe, chacun ayant en charge
des domaines et objectifs précis, Gérard Sokal restant bien entendu
seul maître à bord.
En
1974 il ouvre un service complet d’hématologie aux cliniques
universitaires de Mont Godinne et en confie la direction à André
Bosly .
La
collaboration avec l’Institut de Pathologie Cellulaire (ICP)
permettra de réaliser des premiers essais thérapeutiques.
En
se développant les équipes obtiennent une reconnaissance nationale
et internationale.
L’obligation de travailler ensemble était pour Gérard Sokal une
évidence ainsi qu’il le signala dans un de ces discours « …Le gout
de la recherche, le désire impérieux du savoir et de la connaissance
restent de notre ressort et nous avons besoin des autres pour le
réaliser ». C’est l’époque où il parlait de l’Empire du Sang
et où il procéda à une informatisation poussée de son service.
En
1979 Gerhard Sokal est élu doyen de la Faculté de Médecine et
devient ensuite président de l’école de médecine. Lors de son
décanat il s’intéresse particulièrement aux problèmes soulevé par la
déontologie et il crée une Commission d’Ethique qu’il
présidera jusqu’à son éméritat. Il poursuit alors sa démarche en
tant que membre du Conseil de l’Ordre des Médecins qui le
choisit comme rédacteur en chef de son bulletin.
Il
illustra dans des éditoriaux et des lettres du rédacteur, sous forme
de nouvelles et d’évocations d’expériences vécues les principes
fondamentaux de la déontologie et de l’éthique que régissent la
relation médecin-malade. Dans des décors inventés et des situations
imaginées il raconte des histoires qui mettent en scène le Docteur
Jules et son patient Alfred.
Au
terme de son mandat il publia ces anecdotes et le fruit de ses
pensées dans un livre intitulé
« Le médecin et son malade »
Membre de plusieurs sociétés savantes internationales, il est
également membre correspondant de notre Académie de Médecine,
officier de l’Ordre de Léopold et commandeur de l’Ordre de la
Couronne.
Chère famille je vous avais annoncé un père impassible, la preuve
est faite qu’il ne l’était pas tellement que cela; il était très
actif, très intelligent et extrêmement humain. Vous avez perdu un
père aimant, j’ai perdu un très grand ami, l’Académie et
l’Université ont perdu un membre brillant. Au nom de l’Académie
royale de Médecine je vous adresse nos sincères condoléances.
*
IN MEMORIAM Professeur
Alexandre FAIN, membre honoraire Notre collègue Alexandre Fain est décédé le 4 janvier dernier à son domicile de Woluwe-St-Lambert, à l’âge de 96 ans. Muni de son diplôme de Docteur en médecine et d’une licence en Education physique de l’Université catholique de Louvain obtenus en 1938, il saisit la première occasion pour partir au Congo. Après avoir obtenu son diplôme de médecine tropicale à l’Institut d’Anvers, il embarque sur le Léopoldville le 7 avril 1939 et rejoint son premier poste à l’hôpital de Banningville, actuellement Bandundu, comme médecin du Gouvernement. Les soins aux malades et la chirurgie seront sa principale occupation pendant toute la période de la guerre. Il participera aussi à la mission franco-belge pour la trypanosomiase, endémie qui sévissait, à cet endroit, sur les deux rives du Fleuve Congo. Cette activité médicale dans la région du Kwango lui permettra d’observer les dégâts causés par les trypanosomes chez les malades du sommeil et par les filaires découvertes au cours de cures chirurgicales de hernies. Plus largement, il s’intéressera à la vie quotidienne des villageois, leur hygiène et aux agressions que leur inflige le milieu naturel tropical. On trouve dans les rapports annuels du FOREAMI (Fonds Reine Elisabeth d’Assistance Médicale aux Indigènes) entre 1945 et 1951, une série de textes qui seront publiés dans la Revue de Zoologie et de Botanique Africaines et les Annales de la Société belge de Médecine tropicale. Ces rapports traitent pêle-mêle de la pathologie du Congolais, de goitre endémique, de la prophylaxie de la maladie du sommeil et de son diagnostic, de l’anatomopathologie de l’éléphantiasis, de la hernie inguinale chez les Africains. Ils décrivent minutieusement des espèces nouvelles de diptères d’importance médicale ou vétérinaire, dont les responsables de myiases et les mouches piqueuses, en particulier les tabanides, les mollusques limnés vecteurs de la douve hépatique d’Afrique centrale et dressent, enfin, un inventaire complet des filaires de la province de Banningville et de leurs vecteurs. Dès le départ, on le voit, son aisance à partager ses observations verbalement ou par des publications est évidente. Elle lui permet rapidement d’être reconnu dans les milieux scientifiques belges et internationaux pour l’originalité et la précision des données exposées. Chasseur passionné et téméraire, il fournit la pitance de son staff à l’hôpital et découvre lors de la dissection des trophées, une faune endo-parasitaire de vers et d’insectes. Il échange une correspondance suivie avec le musée du Congo à Bruxelles qu’il alimente en spécimens animaux, végétaux et minéraux. Sa curiosité pour les produits de la nature congolaise l’éloigne de la pratique de la médecine. Il s’est, à l’issue de son premier séjour de sept années, formé en parasitologie, domaine qu’il ne quittera plus. De plus, conquis par le pays, ses habitants et sa faune, son avenir en Afrique Centrale est tout tracé. Pendant son congé en Belgique il rencontre, en pédalant sur la digue de Duinbergen, Paulette Milecamps, une infirmière férue de musique. Ils se marient en 1947 à La Louvière et c’est ensemble qu’ils s’embarquent pour Matadi. Le deuxième poste au Congo du Docteur Fain, de 1947 à 1956, sera à l’Est : Beni, Gysegni et finalement Astrida au Rwanda (l’actuel Butare) où il rejoint, au laboratoire médical, le Dr Jean-Baptiste Jadin. C’est là que naîtront ses trois enfants, deux garçons et une fille. Son fis aîné, Jean Alex, sera médecin. La surveillance épidémiologique des entérobactéries et le contrôle du paludisme par la lutte anti vectorielle ne l’empêcheront pas de se livrer à son exercice favori, la chasse. Il découvre alors la formidable diversité des acariens présents dans le plumage et les fosses nasales des oiseaux abattus. A partir d’Astrida, il effectuera plusieurs mission à Blukwa, foyer de peste sur le lac Albert ce qui lui permet de faire des observations sur les rongeurs et les puces réservoirs du germe responsable de cette maladie à potentiel épidémique. En 1956, il succèdera à Jadin à la tête du laboratoire médical de Bukavu et y restera deux ans jusqu’en 1957, date de son retour définitif en Belgique. Son intérêt pour les acariens se concrétise en plusieurs étapes : dès 1940, il découvre, dans les bronches de singes, des acariens parasites du genre Pneumonyssus. Les acariens parasites des voies respiratoires de plusieurs espèces animales resteront un hobby permanent au cours de sa carrière. La lecture de l’ouvrage de Baker et Wharton « An Introduction to Acarologia » le décide à se plonger dans cet univers encore peu exploré et il invite Edward Baker en 1953 à visiter son laboratoire à Astrida pour observer avec lui les endoparasites d’espèces animales d’Afrique centrale. Lorsqu’à Anvers Marcel Wanson décède soudainement en 1954, à l’âge de 49 ans, le service de zoologie médicale se retrouve orphelin et l’Institut de Médecine tropicale cherche un successeur. Qui mieux qu’Alex Fain aurait pu relever le défi ? Il assurera l’enseignement de l’entomologie et de l’helminthologie de 1957 à 1982, date de son départ à la retraite. Ses cours étaient très appréciés par les étudiants car à la manière d’un thriller, il suivait à la trace les bestioles obligées, pour survivre, de chercher leur voie dans le dédale des divers hôtes. Il partageait aussi avec truculence et un enthousiasme non feint, de nombreuses expériences vécues. L’examen cependant était craint, car il fallait identifier le spécimen de manière précise avant de le replacer dans la hiérarchie des agents pathogènes. En 1961, il est invité à donner une série de conférences aux « Summer Sessions of Acarology » à l’Université du Maryland à College Park. Il obtient alors, pour 7 ans, une bourse du NIH (pour le compte de l’Institute for Allergy and infectious diseases) afin d’étudier les parasites de la gale humaine et animale, les sarcoptes. Il prouvera que le seul agent de cette dermatose humaine est Sarcoptes scabiei et que les quelque 30 autres espèces ou variétés décrites ne sont en fait que des sous-espèces infestant les animaux et sans importance pour l’homme. Il entre dans le Comité de rédaction de « Acarologia ». Dans son laboratoire d’Anvers, les insectes récoltés sont identifiés sur des critères morphologiques plutôt que biochimiques (les isoenzymes…), et c’est sur base de dessins que fonctionnent les identifications d’Alex Fain ! Le microscope reste l’instrument central guidant le crayon du dessinateur. Servi par une mémoire infaillible dans ce domaine, il donna des leçons même à Spieksma, le grand spécialiste hollandais, sur la taxonomie des acariens d’où sa réputation de « Fondateur de l’acarologie moderne » citée par les Français et reconnue depuis internationalement. Le Berlese Award lui est décerné en 1977 par l’International Journal of Acarology avec la mention « Acarologist of the year ». En décembre 1969, il est élu membre correspondant de notre Académie et devient membre titulaire en mai 1980. Il a été promu à l’honorariat en 2006. Membre attentif et avisé de jurys de divers prix de médecine tropicale, ses collègues connaissaient son engagement et sa pugnacité à défendre ses arguments. En 1971, sa réputation le fait nommer maître de conférences et titulaire de la Chaire de parasitologie à la Faculté des Sciences de l’UCL. Dans la même optique, il sera, dans les années 1980, chargé de divers cours d’acarologie : en français un cours tournant en France, Belgique et Suisse ; les anglais G. O. Evans et P. W. Murphy requièrent ses services pour l’European Course in Acarology à l'université de Nottingham. De 1968 à 1980, il fait plusieurs missions au Congo/Zaïre pour évaluer l’importance des filarioses en Santé publique et préciser leur répartition géographique et leurs vecteurs dans différentes provinces : Equateur, Kasaï, Bas-Congo (Mayombe). Toutes les filarioses sont concernées : onchocercose, loase, bancroftose, plus les filaires « secondaires » (mais pour lui, rien n’est secondaire, tout spécimen retrouvé sur le terrain mérite d’être identifié et son impact épidémiologique élucidé). Il étudie particulièrement les vecteurs et leurs gîtes larvaires. Au cours de missions sur le terrain, il était d’une résistance physique remarquable et n’hésitait pas à se mouiller pour aller cueillir les branchages immergés dans les courants d’eau rapides porteurs de larves de Simulium… ou pour sauter de la pirogue en accostant sur la berge vaseuse de la mangrove pour attraper, avant qu’ils ne replongent, des poissons périophtalmes grimpant aux racines des palétuviers ! Après une journée de récolte ou de route, il posait en soirée des filets pour capturer des chauves-souris, ramassait des échantillons de poussière sous les paillasses dans les maisons ou prévoyait une collecte d’échantillons de sang à faire après 21 heures pour ne pas rater les microfilaires sanguicoles nocturnes…La contemplation de la voûte étoilée, quatrième dimension des séjours sur le terrain reste propice aux digressions philosophiques qu’il savait alimenter d’arguments très personnels. Il s’intéressait à tous les vecteurs et a ajouté, à maintes occasions, des nouveaux noms d’espèces comme responsables de la transmission de maladies endémiques, particulièrement dans le domaine des mouches piqueuses, des simulidés et des mollusques. A la demande de l’OMS, il rédige en 1978 un remarquable bilan actuel de la répartition de la loase et de ses problèmes, de même qu’une mise au point sur la gale humaine, fruit de ses travaux commencés dans les années 1960 pour le compte du NIH américain, publiée dans l’International Journal of Dermatology. Il entretient des relations suivies avec le British Museum, où Crossby, Lewis, Hyatt, Mac Farlane sont des collègues et des amis qui l’accueillent régulièrement à Londres. La présence des acariens dans les poussières de maisons attire l’attention du monde médical sur leur responsabilité dans les allergies. Il participera dans les années 1980 au panel international sur la responsabilité des acariens dans l’asthme bronchique et autres allergies après avoir présidé la section « House and Dust Mites and Allergy » au 16ème Congrès International d’Entomologie au Japon. Ses assistants ont pris un essor enviable : Pierre Elsen, son successeur à l’Institut s’est spécialisé dans les Simulidés et l’onchocercose ; Jean-Pierre Dujardin est devenu directeur de recherche à l’IRD français après une série de travaux extrêmement fructueux à La Paz en Bolivie sur les Réduvidés, vecteurs de la maladie de Chagas ; Armand Silberstein malheureusement décédé accidentellement avait commencé une série d’observations sur Aedes polynesiensis à Papeete. Son départ à la retraite en 1982 constitue le début d’une nouvelle carrière. Il peut s’adonner à temps plein à son hobby, la description du monde des acariens. Il est accueilli pour ce travail quotidien au département d’entomologie de l’Institut d’Histoire Naturelle à Bruxelles. Il écume aussi les collections d’oiseaux, de mammifères et de coléoptères du musée de l’Afrique Centrale à Tervuren à qui il lèguera des milliers de spécimens d’insectes et de vers minutieusement décrits. Son activité ne s’arrêtera que lorsqu’en 2005, les médecins lui interdiront la conduite de sa voiture. Ces cinq dernières années, s’il ne participait plus aux séances de l’Académie, c’est à cause d’une surdité qui l’empêchait de suivre les exposés et les débats auxquels il tenait à participer. Il est l’auteur de 1150 publications, dont 103 seulement comme co-auteur. On y trouve 32 monographies comportant en moyenne 138 pages. S’il est vrai que les quatre-cinquièmes concernent les acariens, il en reste cependant 204 sur les helminthes, 54 sur les autres insectes vecteurs, 5 sur les mollusques, 14 sur des protozoaires et 21 sur la pathologie. Alex Fain aura été dans son existence, selon le principe qu’il aimait à rappeler aux les membres de son équipe en mission, quelques pas plus loin que les autres chercheurs suivant la même piste. Cette persévérance était, selon lui, la clef de la découverte originale.
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