Le Comité consultatif
en matière de dispensation de soins pour des maladies chroniques et pour
les pathologies spécifiques de l'INAMI souhaite s'informer du
développement actuel et de la pratique scientifique fondée de la
médecine du sommeil auprès de l'Académie Royale de Médecine de Belgique,
dans le souci de développer des stratégies visant à améliorer les soins
de santé dans le domaine concerné. Il souhaite plus particulièrement
prendre connaissance de l'avis de l'Académie sur quatre aspects de la
question.
Afin de répondre à
cette demande, l’Académie Royale de Médecine de Belgique a constitué une
Commission comprenant les professeurs Th. de Barsy (neuropsychiatre,
UCL), G. Moonen (neuropsychiatre, Ulg) et G. Franck (neuropsychiatre,
Ulg, Président), membres de l’Académie et les Professeurs G. Aubert
(neuropsychiatre, UCL), J. Grosswasser (pédiatre, ULB), P. Linkoswski
(neuropsychiatre, ULB), D. Rodenstein (pneumologue, UCL) et R. Poirrier
(neuropsychiatre, Ulg, Secrétaire), choisis comme experts extérieurs. La
commission s’est réunie les 11 et 18 novembre 2006. De même la
Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België a constitué une
Commission comprenant les professeurs P. Cosyns (neuropsychiatre, UZA),
B. Himpens (physiologiste, KUL) et M. Decramer (pneumologue, KUL,
Président ) membres de la Koninklijke Academie voor Geneeskunde van
België et les Professeurs P. Boon (neuropsychiatre, UGent), B. Buyse
(pneumologue, KUL, Secrétaire), G. Joos (pneumologue, UGent), D.
Pevernagie (pneumologue, UGent), W. Robberecht (neurologue, KUL), W. Van
Paesschen (neurologue, KUL) et M. Van Zandijcke (neuropsychiatre, UGent)
choisis comme experts extérieurs. La commission s’est réunie le 30 août
et le 18 octobre 2006.
Les deux commissions
se sont réunies ensemble le 10 janvier 2007 pour discuter de leurs avis
respectifs. Elles sont arrivées à un consensus et ont décidé de formuler
un avis commun (G. Aubert et B. Buyse, rapporteurs).
*
* *
Résumé
La Commission juge, de façon unanime, que le moment est venu de définir
un domaine médical spécifique consacré aux pathologies du sommeil et de
l'éveil.
Au cours des 20 dernières années, on a vu émerger une médecine du
sommeil qui permet de distinguer actuellement 80 entités, définies dans
une classification des troubles du sommeil et de l'éveil actuellement
acceptée de façon internationale (ICSD-2, International
Classification of Sleep Disorders). La Commission souligne la
diversité et la haute prévalence des différents troubles du sommeil et
de l'éveil, et en particulier de l'insomnie et du syndrome d’apnées et
d’hypopnées du sommeil. L'impact socio-économique de ces troubles est
considérable. Les conséquences en termes de santé publique (et
particulièrement de complications cardio-vasculaires) sont clairement
démontrées.
La prise en charge de ces troubles exige une approche
multidisciplinaire. Elle ne se limite pas au seul examen
polysomnographique qui doit s'inscrire dans un trajet de soins du
patient, qui part du médecin généraliste, et qui, dans de nombreux cas,
demande une prise en charge intégrée faisant appel à plusieurs
intervenants de spécialités différentes. C'est pourquoi, la commission
recommande d'envisager un Certificat de compétence en médecine du
sommeil. Ces certificats seraient octroyés aux médecins spécialistes
après une formation complémentaire théorique et pratique spécifique. Le
médecin porteur de ce titre sera le garant d'une prise en charge
intégrée de qualité.
Tout ceci suppose bien entendu que l'enseignement dispensé par les
universités tienne compte de l'importance de ce domaine, et ce dès les
premiers et deuxièmes cycles de médecine, de même que dans la formation
de troisième cycle.
*
* *
Première question : Est-il raisonnable, sur la base de l'évolution de la
connaissance scientifique clinique et fondamentale des troubles du
sommeil et de l'état de veille, de délimiter à l'heure actuelle un
domaine médical consacré de manière spécifique à cette pathologie ?
La réponse de la
Commission à cette question est affirmative et unanime. Elle s’appuie
sur les arguments suivants.
1.1.
Spécificité de ce domaine médical : les troubles du sommeil et de
l’éveil
Dès 1979, une
première classification des troubles du sommeil et de l’éveil a été
proposée et acceptée par les diverses Sociétés d'étude du sommeil. Cette
première classification témoigne de l'émergence de la médecine du
sommeil comme un domaine clinique spécifique. Cet effort de
classification diagnostique est un processus évolutif, mené
parallèlement au développement des centres de sommeil et à
l'identification de nouvelles catégories nosologiques. Une seconde
classification internationale a été proposée en 1990 et elle a fait
l'objet d'une révision récente en 2005. Cette dernière classification
(ICSD-2, International Classification of Sleep Disorders)
distingue 80 entités, réparties en 8 grandes catégories diagnostiques
basées, soit sur une plainte commune (ex. insomnie ou hypersomnie), soit
sur l'étiologie présumée (ex. dysfonctionnement de l'horloge biologique
dans les troubles circadiens), soit sur le système physiologique
concerné (ex. troubles respiratoires liés au sommeil) (1). Les troubles
du sommeil ont pris place dans la classification internationale des
maladies (ICD-10, International Classification of Diseases).
En 1978, apparaissait
la première revue scientifique internationale spécialisée, consacrée au
seul domaine du sommeil (la revue Sleep). On en dénombre
aujourd’hui plus de six. Il est révélateur que des articles et des
éditoriaux sur les troubles du sommeil et de l’éveil paraissent
fréquemment dans les grandes revues internationales de médecine, telles
que le New England Journal of Medicine, le Lancet et le
JAMA (trente articles pour la seule année 2005), ou encore dans de
nombreuses revues médicales spécialisées dans les domaines les plus
divers (16 985 citations dans PubMed, en 2005). A titre de seul
exemple, citons une série d’articles de revue sur les différentes
pathologies du sommeil, entre autres sur l’insomnie, dans la revue de
pneumologie Chest (2).
1.2.
Prévalence et impact socio-économique
Les hautes
prévalences des différents troubles du sommeil et de l’éveil, ainsi que
leurs répercussions socio-économiques très importantes (3) en font un
domaine majeur, auquel pratiquement tout médecin sera confronté dans sa
vie professionnelle. L’Institut américain de l’Académie Nationale des
Sciences de la Médecine a établi, dans son rapport de 2006 que 20 à 28%
des Américains souffrent de façon chronique de troubles du sommeil et de
l’éveil, troubles qui entravent leur fonctionnement quotidien et
affectent leur santé et leur longévité (4). Les insomnies et le Syndrome
d’Apnées et d’Hypopnées Obstructives du Sommeil (SAHOS) sont les
troubles du sommeil et de l’éveil dont les prévalences dominent
largement le domaine.
Insomnies
L’insomnie est la
plainte la plus commune du sommeil, à travers toutes les périodes de la
vie. Pour des millions d’individu, le problème est chronique. Nous en
donnerons pour exemple les résultats de l'enquête belge, réalisée en
2004 par l'institut scientifique de la santé publique (5). Elle confirme
la prévalence élevée de la plainte d'insomnie en Belgique. D'après le
questionnaire, 20 % de la population a des problèmes d'insomnie ; 5 % de
la population (cela concerne donc environ un demi-million de personnes
en Belgique) a pris un somnifère (benzodiazépines) au cours des 24
dernières heures ; 9 % de la population utilise de façon régulière un
somnifère.
L’insomnie
s’accompagne de surcroît de profonds effets négatifs sur la qualité de
la vie, sur la productivité et sur le fonctionnement quotidien (3).
On a tenté
régulièrement, ces dernières années, d’évaluer le coût de l’insomnie en
séparant sa morbidité propre et ses co-morbidités, en prenant soin de
distinguer dépenses directes et indirectes. Les coûts directs
comprennent les soins médicaux (consultations, hospitalisations) et
pharmaceutiques. Les études menées en France (6, 7) montrent qu’une
insomnie sévère (dont les auteurs situent la prévalence à 8%) donne lieu
à des taux d’hospitalisation et de congés de maladie doublés par rapport
aux personnes sans insomnie. Les coûts directs de l’insomnie chronique
aux Etats-Unis, sont estimés entre 1,8 et 3 milliards de dollars par an
(3, 8, 9). Les coûts indirects comprennent la productivité au
travail, l’absentéisme, les accidents de circulation, du travail et la
part des co-morbidités attribuées à l’insomnie. Un rapport récent les
situent aux Etats-Unis, entre 96 et 98 milliards de dollars par an (3).
L’addition des coûts directs et indirects de l’insomnie peut donc
dépasser les 100 milliards de dollars par an. A l’échelle de la
Belgique, ces coûts se chiffreraient à 3,1 milliards d’euros par an.
Syndrome d’Apnées
et d’Hypopnées Obstructives du Sommeil
Le Syndrome des
Apnées et Hypopnées Obstructives du Sommeil (SAHOS) touche entre 2 et 4%
de la population américaine, entre 30 et 60 ans, d'après des études
réalisées à la fin du siècle dernier (10). Ces chiffres seront
certainement revus à la hausse dans nos sociétés menacées par la
sédentarité et l’obésité. On peut estimer
qu'au moins 0,5% de la population adulte est atteinte d'une forme
modérée à sévère de SAHOS qui nécessite
un traitement spécifique par CPAP nocturne (CPAP : acronyme
anglais de Continuous Positive Airway
Pressure ; en français :
Pression positive continue par voie nasale)
(11). Ceci représente en Belgique environ 50.000 personnes. La
croissance constante du nombre d'utilisateurs de CPAP, dans le cadre de
la Convention « ventilation à domicile » de l’INAMI en Belgique illustre
clairement ce problème croissant (figure 1).
Fig. 1.
Nombre de patients dans la convention CPAP en Belgique
(chiffres de l’INAMI, avec nos remerciements au Dr L Neyrinck)

Le syndrome d'apnées
non traité s'accompagne d'une somnolence diurne excessive ; celle-ci
entraîne une diminution de la qualité de vie ainsi que des conséquences
indirectes, en termes de morbidité et mortalité traumatiques par
accidents de circulation et accidents de travail. D’autre part, le
syndrome d’apnées s’accompagne d’une morbidité et d’une mortalité
médicales importantes : hypertension artérielle, infarctus du myocarde
et décompensation cardiaque (12), accidents vasculaires cérébraux (13,
14) et dépression (15).
Le traitement de
choix du SAHOS est la Pression positive continue par voie nasale ou CPAP.
Bien conduit, ce traitement a un bénéfice économique net pour la
société ; il réduit les coûts de santé liés à la maladie et à ses
complications cardio-vasculaires, et diminue le nombre d'accidents de
roulage présentés par ces patients (16, 17).
Autres troubles du
sommeil
La narcolepsie
concerne 0,03 à 0,18% de la population. Elle débute souvent dans
l’enfance ou dans l’adolescence ; elle est souvent méconnue. Le retard
dans le diagnostic est chiffré, en moyenne entre 5 et 10 ans dans plus
de la moitié des cas. Les errements diagnostiques surviennent à un
moment stratégique de l’existence et entraînent ainsi de graves
conséquences sociales (choix des orientations scolaires et
professionnelles), médicales (accidents de circulation et de travail) et
psychopathologiques. Quant aux traitements, ils font appel à des
médicaments rares, voire à des substances prohibées en pratique médicale
courante (Modafinil, Gamma-hydroxybutyrate) (18). Ces patients
requièrent aussi un accompagnement social spécialisé (19).
Le syndrome des
jambes sans repos affecte 8 à 12% de la population mais il se
présente sous une forme sévère chez au moins 1% des patients (20, 21).
Pour ces derniers, il en résulte, d’une part des insomnies et des
hypersomnies rebelles, ne cédant qu’à des traitements très spécialisés
(22, 23) et d’autre part, une perte très sérieuse de qualité de vie
(21).
Restrictions
sociales et volontaires du sommeil constituent un phénomène croissant et inquiétant, tout
spécialement dans nos sociétés modernes où le travail de nuit s’étend
(6% en 1970 ; 18% actuellement) et où l’économie favorise le rendement
maximal. Les effets négatifs sur la santé en sont bien démontrés (24).
1.3
Complexité de ce domaine médical et prise en charge multidisciplinaire
du patient
Nous prendrons comme
exemple l'aptitude de la conduite automobile (AR du 23 mars 1998). En
Belgique, les patients atteints de syndrome d'apnées du sommeil ou de
narcolepsie, non traités, sont considérés comme inaptes à la conduite ;
c'est le neurologue qui doit délivrer le certificat d'aptitude pour les
candidats du groupe 2. Certains patients atteints de syndrome d'apnées
du sommeil, et traités par CPAP, présentent une somnolence résiduelle
dont l'origine peut être diverse (mauvaise titration de la CPAP ;
mauvaise compliance au traitement ; syndrome des jambes sans repos ;
dépression ; rythme veille-sommeil irrégulier ; narcolepsie associée,
etc.). L'autorisation de la reprise de la conduite automobile demande
une approche multidisciplinaire intégrée où ces divers éléments sont
pris en compte. Dans certains cas, il faudra s'assurer, de façon
objective, que la vigilance est suffisante pour permettre la reprise de
la conduite, et ce par des tests particuliers comme le test de maintien
de la vigilance (MWT ou Multiple Wakefulness Test) ou le test
d’OSLER. Dans d'autres cas, le diagnostic différentiel demandera la
réalisation d'autres tests spécifiques comme le test de latence du
sommeil (MSLT ou Multiple Sleep Latency Test) ou certains tests
cognitifs.
Deuxième question : Comment faut-il situer ce domaine par rapport aux
spécialités classiques, telles que la médecine générale, la pédiatrie,
la psychiatrie, la pneumologie, la neurologie, etc. ?
Les spécialités susceptibles d’être confrontées à ce domaine de la
médecine, sont avant tout la médecine générale, la médecine du travail,
la neurologie, la pneumologie, la psychiatrie, la pédiatrie, la
pédopsychiatrie, l’ORL. Il faut également prendre en considération
l’anesthésiologie, la cardiologie, la dentisterie, la stomatologie, la
chirurgie maxillo-faciale, l’endocrinologie.
Toute réflexion doit prendre en compte le rôle liminaire et primordial
qu’il faut attribuer aux médecins généralistes. Ils doivent se
voir renforcés dans leurs missions d’orientations adéquates des
patients, dans les prescriptions d’une hygiène et d’une médication
adaptées et dans le suivi au long cours des patients.
Tous les acteurs
scientifiques et cliniciens, soucieux d'une prise en charge correcte des
pathologies du sommeil reconnaissent que cette prise en charge ne se
limite pas au seul examen polysomnographique réalisé au laboratoire de
sommeil. Cet examen technique s'inscrit dans un trajet de soins et ne
constitue qu'un aspect de la prise en charge de certains patients
présentant un trouble du sommeil de la veille. Aujourd'hui en Belgique,
tout médecin, quelle que soit sa spécialité, peut réaliser un examen
polysomnographique, et cela, sans garantie quant à l'indication correcte
de cet examen, la qualité de sa réalisation et de son interprétation. Un
autre danger est le fait que certains laboratoires de sommeil se
limitent à un nombre restreint de troubles du sommeil et de l'éveil (par
exemple respiratoires) à l'exclusion de tous les autres. Il arrive
fréquemment qu'un patient, après examen polysomnographique réalisé dans
un laboratoire orienté vers les pathologies respiratoires liées au
sommeil, reçoit l'information qu'il a une forme modérée de syndrome
d'apnées du sommeil, qui ne justifie pas un traitement par CPAP. Une
autre étiologie à sa plainte de somnolence n’est pas systématiquement
recherchée, de même, d’autres alternatives thérapeutiques à sa plainte
de ronflement et de somnolence ne lui sont pas toujours proposées
(conseils hygiéno-diététiques, intervention ORL, traitement
stomatologique, etc.).
Pour ces raisons, la Commission recommande de favoriser une approche
multidisciplinaire. Cette recommandation paraît essentielle pour
garantir une approche clinique intégrée de tous les troubles du sommeil
et de l’éveil,
basée sur une réelle multidisciplinarité institutionnalisée. Elle est
également faite pour assurer un recours rationnel, non seulement à la
polysomnographie mais aussi pour mesurer le bénéfice d’autres
techniques, tantôt moins coûteuses, tantôt plus précises, pour
l’évaluation des patients (questionnaires « ad hoc », actimétrie, test
d’OSLER, test de latence du sommeil (MSLT) ou de maintien de l’éveil (MWT),
appareils simplifiés portables et ambulatoires pour le dépistage des
troubles ventilatoires du sommeil, etc.).
La notion de Centre multidisciplinaire consacré aux troubles du sommeil
et de l’éveil
est également définie dans le même sens par l’European Sleep Research
Society (25).
Troisième question : De combien de spécialistes experts devraient
disposer nécessairement les différentes régions du pays ?
La Commission suggère de structurer l’offre de soins en Belgique, selon
trois niveaux ou lignes.
3.1.
Définitions des lignes d’interventions médicales.
La première ligne
comprendrait tous les médecins généralistes et les médecins du travail :
identification des troubles, orientation adéquate et justifiée des
explorations, décisions thérapeutiques, suivis des patients, lutte
contre l’abus des toxiques et des hypnotiques…
La deuxième ligne
rassemblerait les médecins spécialistes qui, après avoir acquis une
compétence spécifique pour l’ensemble des troubles du sommeil
et de l’éveil
(voir réponse à la 4ème question), consacreraient au moins
50% de leur temps de travail à ce domaine. Seuls les médecins ayant
acquis une compétence en médecine du sommeil seraient habilités à
réaliser certains examens techniques spécifiques, comme la
polysomnographie, dans le cadre d’un
Laboratoire de
Sommeil.
Éventuellement, ces laboratoires de sommeil pourraient être plus
orientés dans une discipline particulière (pneumologie, psychiatrie,
neurologie…). Toutefois, le médecin coordinateur de ce laboratoire de
sommeil serait le garant d'une approche multidisciplinaire.
La troisième ligne
réunirait les médecins spécialistes au sein de
Centres
multidisciplinaires de diagnostic et de traitement des troubles
du sommeil et de l’éveil.
Ces médecins auraient également acquis une compétence spécifique pour
l’ensemble des troubles du sommeil
et de l’éveil,
mais ils consacreraient - du moins pour les coordinateurs responsables -
plus de 75% de leur temps de travail à ce domaine. Les médecins, à ce
niveau, participent à des colloques multidisciplinaires sur les
casuistiques complexes, aux enseignements médicaux pratiques et
théoriques, contribuent activement à des recherches cliniques ou
fondamentales sur les affections de l’éveil et du sommeil et assurent
des fonctions d’enseignement.
3.2.
Équipements.
Les besoins en lits équipés d’appareils de polysomnographie. pour les
patients adultes, sont actuellement estimés à 2/100 000 habitants en
Belgique, soit 200 chambres équipées d’un appareil de polysomnographie.
Cette estimation est basée sur le rapport du groupe de travail sur la
somnologie de la Société belge de Pneumologie (12/10/2004) (16, 26), et
tient compte de la prévalence croissante de la pathologie du sommeil et
en particulier du syndrome d'apnées du sommeil. En ce qui concerne la
pédiatrie, il faut tenir compte que cette spécialité était
antérieurement orientée presqu’exclusivement sur le problème de la mort
subite du nourrisson ; il est clair aujourd’hui que les autres troubles
du sommeil
et de l’éveil
doivent être pris en considération, au même titre que chez l’adulte.
Une unité de deuxième ligne ou Laboratoire de sommeil devrait disposer
d’au moins deux chambres équipées d’un appareil de polysomnographie. Une
unité de troisième ligne, ou Centre multidisciplinaires de diagnostic et
de traitement des troubles du sommeil
et de l’éveil
devrait disposer d’un nombre plus élevé de chambres équipées d’un
appareil de polysomnographie.
3.3.
Nombre d’unités et de compétences médicales requises.
Pour la deuxième ligne,
la Commission propose de retenir pour la Belgique le nombre de 64 à 66
Laboratoires de sommeil. Au minimum la moitié d’entre eux devraient
disposer d’une agréation de convention pour les traitements par CPAP. La
Commission suggère qu’une institution hospitalière germanophone dispose
au moins d’une unité de deuxième ligne.
Pour la troisième ligne,
la Commission propose de retenir pour la Belgique le nombre de 12
Centres multidisciplinaires des troubles du sommeil
et de l’éveil.
Tous devraient disposer d’une agréation de convention pour les
traitements par CPAP et par ventilation assistée. Entre 6 et 8 centres
devraient être dévolus à la pédiatrie des troubles du sommeil
et de l’éveil;
idéalement ceci devrait se faire en intégration avec les centres
multidisciplinaires.
Le nombre de médecins disposant des compétences jugées nécessaires
revient alors à prendre en compte le nombre d’unités de deuxième et de
troisième lignes (sans prendre en considération le caractère partiel ou
plein temps des coordinateurs amenés à exercer leurs responsabilités
dans ces unités). Le calcul montre qu’il faut, au minimum, 64 à 66
médecins coordinateurs pour les unités de deuxième ligne consacrées aux
adultes, auxquels s’ajoutent 12 médecins coordinateurs pour les unités
de troisième ligne consacrées aux adultes et 6 à 8 médecins
coordinateurs compétents pour les unités de troisième ligne consacrées
aux enfants. La somme obtenue est un minimum de 82 à 86 médecins
disposant des compétences jugées nécessaires pour assurer la
responsabilité et la coordination des unités de deuxième et de troisième
lignes.
Quatrième question : De quelle manière, les Facultés de Médecine de
notre pays, assurent-elles l'enseignement structuré de cette matière
spécifique, ou ont-elles l'intention de le prévoir dans le futur ?
4.1.
Enseignements au niveau des premier et deuxième cycles en
médecine
La Commission émet le souhait unanime que les Facultés de médecine
assurent un enseignement structuré sur la neurobiologie et la
physiologie du cycle veille-sommeil et sur ses troubles. Cet
enseignement initié dès le niveau du premier cycle (sciences
précliniques) dans le cadre du cours de physiologie et de
neurophysiologie, se continuerait, de façon intégrée au cours du
deuxième cycle. Tout médecin en formation devra recevoir un enseignement
comprenant les Guidelines acceptés pour la prise en charge des
troubles du sommeil et de l'éveil les plus courants, par exemple les
règles d'hygiène veille-sommeil dans l'insomnie et les conseils
hygiéno-diététiques pour les patients atteints de syndrome d'apnées
hypopnées du sommeil.
4.2.
Compétence spécifique en Médecine du sommeil
Un enseignement
spécifique, universitaire et de préférence inter-universitaire, devrait
être organisé, permettant d’obtenir un certificat de compétence
spécifique en Médecine du sommeil. Cet enseignement s’adresserait de
préférence aux médecins déjà reconnus spécialistes ou en formation dans
une des disciplines les plus concernées, telles que neurologie,
pédiatrie, pneumologie, psychiatrie, ORL.
Le programme
comprendrait un enseignement théorique et pratique. La Commission
insiste sur le fait que l’enseignement pratique doit se faire dans un ou
plusieurs Centres de troisième ligne. La commission propose que le
certificat soit obtenu après deux ans de formation. Une première année
de formation spécifique pourrait être intégrée à la spécialisation de
base. Elle serait suivie d'une deuxième année de formation spécifique
durant laquelle le candidat aurait l'occasion d'aborder tous les aspects
d'une approche multidisciplinaire des troubles du sommeil et de l'éveil.
L’enseignement se clôturerait par une épreuve de qualification théorique
et pratique. La procédure de certification de l'American Board of
Medical Specialities est un bon exemple de réalisation pragmatique
(27). Des mesures de transition devraient être prévues pour les médecins
actuellement actifs dans le domaine et qui peuvent prouver leur
expertise et leur intégration à une équipe multidisciplinaire.
4.3.
Formation continue.
Une formation
continuée doit être assurée par les Facultés de médecine, en
collaboration avec les Sociétés scientifiques, de façon à permettre aux
porteurs du certificat de compétence de suivre l’évolution de ce domaine
de la médecine.
*
* *
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*
* *
Ce rapport a été approuvé par
l'Académie Royale de Médecine de Belgique
le
27/01/2007.