Ce document a été élaboré en vue de répondre à la demande d'avis adressée
aux deux Académies de médecine par Mme la
Ministre L.Onkelinx, Vice-Première Ministre et
Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargée de
l'Intégration sociale, sur « les possibilités légales pour les
éducateurs en diabétologie qui ne sont pas infirmiers, d’enseigner l’auto-injection
aux patients diabétiques ».
En
date du 28 novembre 2009, Mme la Ministre Onkelinx adressait à Mme la
Présidente de l’ARMB la lettre suivante :
« A
la suite d’une question formulée par Mr De Ridder, directeur général à
l’INAMI, il est apparu que la question de l’éducation au diabète pose
problème.
Au
cours des dernières années, outre les praticiens infirmiers, bon nombre
de diététiciens, podologues et kinésithérapeutes ont également suivi la
formation d’éducateur en diabétologie. Un élément essentiel de cette
formation consiste bien évidemment à apprendre aux patients comment
s’injecter de l’insuline. Bien qu’il soit possible d’utiliser des
mannequins, l’éducateur en diabétologie sera appelé, dans la pratique, à
montrer au patient comment l’injection doit se faire.
La
législation actuelle en rapport avec l’arrêté royal n° 78 du 10 novembre
1967 relatif à l’exercice des professions des soins de santé, ne permet
pas aux éducateurs en diabétologie non-infirmiers de procéder à des
injections sur le patient. Cette compétence, si on souhaite la confier
aux kinésithérapeutes, devra figurer parmi les interventions qu’ils sont
autorisés à accomplir. Cela est possible par voie de modification de
l’article 21bis, §4 de l’AR n°78, ou par arrêté royal(…)qui précisera
les interventions visées au §4. Cet AR (…) devra être pris après
consultation du Conseil national de la kinésithérapie et des Académies
royales de médecine…
Le
Bureau de l’Académie a désigné un Groupe de Travail chargé de proposer
une réponse à la demande d’avis de Mme la Ministre. Ce groupe est
constitué de MM P.LEFEBVRE, Président, A.SCHEEN membre de l’ARMB, Mme
F.FERY (ULB), Mr. M.MAES (UCL) et Mr.B.VANDELEENE (UCL).
Le
groupe s’est réuni à Bruxelles les 12 décembre 2009 (M.A.SCHEEN excusé)
et 23 janvier 2010 (en présence de M.J FRUHLING Secrétaire perpétuel,
Mme FERY excusée).
Le
groupe de Travail a appris avec surprise que la Compagnie-sœur, la KAGB
avait été consultée par la Ministre en date du 27 août 2009 et avait
rendu un avis dès décembre 2009. Cet avis est que « les éducateurs en
diabétologie, en ce-compris les non-infirmiers, sont capables
d’enseigner aux patients les injections d’insuline, d’insulino-mimétiques
et du glucagon. Ceci implique que, pour réaliser cet enseignement, les
éducateurs en diabétologie seront amenés à réaliser parfois les
dites-injections »…
Le
Groupe de Travail ne peut se rallier à cette opinion. Il regrette que
l’ARMB ait été consultée plus de trois mois après la KAGB et que, de la
sorte, la démarche usuelle d’une « Commission mixte » n’ait pu être mise
en œuvre.
Par
ailleurs, il observe qu’une consultation du portail Internet du
Ministère Fédéral de la Santé publique en date du 15 janvier 2010
révèle que l’immense majorité des « éducateurs en diabétologie »
enregistrés dans la liste des dispensateurs des « trajets de soins »
sont des infirmiers/ infirmières (près de 400) et que seuls 3 noms sont
repris comme diététiciens ou podologues et aucun comme kinésithérapeute…
Le
Groupe de Travail estime que la formation d’éducateur en diabétologie
ajoute une plus-value à la compétence de base des professionnels de la
santé inscrits à cette formation mais ne peut, en aucun cas, la
remplacer, même en partie.
En ce
qui concerne la pratique et l’enseignement des injections d’insuline, le
Groupe de Travail estime que l’injection d’insuline ne se limite pas à
un simple acte technique mais, au contraire, relève d’une démarche plus
complexe qui comporte, entre-autres, la gestion de l’autocontrôle
glycémique, l’adaptation des doses, la reconnaissance et la prévention
des hypo- et des hyperglycémies etc… Semblable démarche requiert une
formation de base aux soins de santé telle que celle acquise par les
infirmiers et infirmières.
Le
Groupe de Travail fait remarquer que c’est précisément dans cet esprit
que fonctionnent les différents professionnels de la santé réunis dans
les équipes multidisciplinaires des « conventions INAMI Diabète » où les
compétences de chacun sont respectées et les informations échangées pour
le plus grand bien du patient.
En
conclusion, le Groupe de travail
estime,
à l’unanimité, que la formation d’éducateur en diabétologie
ajoute une plus-value à la compétence de base des professionnels de la
santé ayant acquis avec succès ladite formation mais ne peut en aucun
cas la remplacer même partiellement. Il estime que l’enseignement de l’auto-injection
aux patients diabétiques est indissociable de la procédure de
l’injection elle-même et doit être réservé aux professionnels de la
santé porteurs du diplôme en soins infirmiers, ceci afin de préserver la
qualité et la sécurité des soins prodigués aux patients diabétiques.