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Le Conseil National de l’Ordre des
Pharmaciens a sollicité l’avis de l’Académie sur la présence en officine
d’appareils permettant aux patients d’effectuer certaines automesures
(poids, taille, pouls, tension artérielle, indice de masse graisseuse,…)
et en particulier de la compatibilité d’une telle présence avec l’Arrêté
Royal du 10 novembre 1967 relatif à l’exercice des professions de soins
de santé.
Le Bureau de l’Académie a constitué une Commission
ad hoc chargée d’élaborer un avis. La Commission ainsi constituée
comprend les Professeurs L.DELATTRE (président), O.DEVUYST, A.SCHEEN et
J.-C. SCHOEVAERDTS.
La pratique de l’automesure, notamment de l’automesure
de la pression artérielle est une réalité quotidienne en officine et est
effectuée sur demande du médecin ou du patient.
L’automesure de
la glycémie est plus délicate que la mesure de la pression artérielle et
doit surtout s'intégrer dans un processus d'éducation du patient pour
passer de l'autosurveillance à l'autogestion du diabète. C'est pour
cette raison que cette stratégie est surtout concentrée dans des centres
de convention en milieu hospitalier.
L’autosurveillance ne relève pas de l’exercice de
l’art médical selon l’Arrêté Royal du 10 novembre 1967. En revanche,
l’interprétation par le pharmacien des résultats de ces automesures,
l’établissement d’un diagnostic et l’instauration d’un traitement
constituent un exercice illégal de l’art médical.
L’autosurveillance ne se conçoit pas sans
éducation du patient : le pharmacien d’officine a un rôle essentiel
pour conseiller l’achat d’appareils adéquats, sensibiliser les patients
au respect des bonnes conditions de l’automesure, rassurer le patient si
les mesures sont bien dans les valeurs normales, s’assurer que le
patient ne modifie pas le traitement médicamenteux de sa propre
initiative et qu’il informe bien le médecin des résultats de l’automesure.
Dans le cadre de la vente d’un appareil d’automesure,
le pharmacien demandera au patient d’effectuer une mesure dans un
endroit calme de l’officine tout en lui délivrant des conseils
appropriés permettant un apprentissage efficace de la technique d’automesure
et la compréhension de ses objectifs.
L’utilisation d’appareils d’automesure à
l’officine ou au domicile du patient est un bon moyen de promouvoir l’autosurveillance
en dehors de toute considération commerciale car elle ne doit pas donner
lieu à la délivrance de produits ou à la prestation de services en
relation avec ces appareils.
Enfin, point sans
doute encore plus délicat, l'automesure de la glycémie est directement
liée à l'utilisation de bandelettes auto-réactives qui peuvent être
vendues en pharmacie d'officine. Une promotion inappropriée de ce type
d'approche, non directement prescrite par un médecin, pourrait aboutir à
certaines dérives commerciales vis-à-vis desquelles il convient d'être
vigilant.
Tout programme d’autosurveillance doit comporter
l’utilisation d’appareils fiables, validés se conformant aux normes
internationales et l’assurance que les patients s’en servent de manière
appropriée.
Il existerait toutefois de grandes variations
dans la qualité du matériel utilisé par les pharmaciens pour effectuer
ces mesures dans leurs officines.
L’Académie s’inquiète de la possibilité de
commercialisation d’appareils peu fiables et est en faveur du respect de
règles assez strictes notamment l’établissement de listes d’appareils
validés par un organisme officiel.
Dans ces conditions, l’Académie reconnaît
l’intérêt de la mise à la disposition d’appareils d’autosurveillance en
officine.
Ce rapport a été approuvé par
l’Académie Royale de Médecine de Belgique
en sa séance du 28 juin 2008. |