Le
"Code d'éthique de la recherche scientifique en Belgique" est une
initiative commune de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des
Beaux Arts de Belgique, l'Académie Royale de Médecine de Belgique, la
Koninklijke Vlaamse Academie van België voor Wetenschappen en Kunsten et
la Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België, soutenue par le SPP
Politique scientifique.
Le
comité de rédaction était composé des :
-
Professeur Hervé Hasquin, Secrétaire Perpétuel de l’Académie Royale
des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique;
-
Professeur Gilbert Hottois, membre de l'Académie Royale des
Sciences, des Lettres et des Beaux Arts de Belgique;
-
Professeur Janos Frühling, secrétaire perpétuel, Académie Royale de
Médecine de Belgique;
-
Professeur Niceas Schamp, vast secretaris, Koninklijke Vlaamse
Academie van België voor Wetenschappen en Kunsten;
-
Professeur Van Houtte, membre de la « Koninklijke Vlaamse Academie
van België voor Wetenschappen en Kunsten » ;
-
Professeur Marc Bogaert, ere-vast secretaris, Koninklijke Academie
voor Geneeskunde van België;
-
Dr. Bogdan Van Doninck, directeur général Coordination et
Information, SPP Politique scientifique.
INTRODUCTION
Ce
"Code d'éthique de la recherche scientifique en Belgique" explicite les
grands principes d'une pratique scientifique éthiquement justifiée.
Malgré la grande diversité des sujets et des méthodes de recherche
scientifique, il existe des principes généraux et des normes de
comportement auxquels le chercheur a le devoir de se conformer. Le code
d'éthique présenté ci-dessous postule que les chercheurs conduisent leur
recherche d'une manière rigoureuse et qu'ils en publient fidèlement
l'information pertinente en décrivant les méthodes et les résultats de
telle sorte qu'ils puissent être vérifiés. Un code d'éthique ne
contribue pas seulement à la qualité de la recherche scientifique, mais
également à sa légitimation: il montre au citoyen, qui finance la plus
grande partie de la recherche et en recueille les fruits, que le monde
de la recherche développe ses propres outils pour garantir une recherche
responsable.
Le
présent code s'applique à toutes les disciplines, ce qui lui confère une
portée et une force de conviction plus grandes qui lui permettent de
conforter les codes existants ou les codes à développer ultérieurement
par des institutions particulières ou pour des disciplines spécifiques.
Ce code prend place au sein d'un mouvement plus large tendant à
développer des codes nationaux. Les publications entre autres de l'OCDE,
de la Fondation européenne des Sciences, de la Commission européenne
ainsi que le "Nederlandse Gedragscode Wetenschapsbeoefening" furent,
avec d'autres textes, d'importantes sources d'inspiration.
Ce
code ne fait pas référence expressément aux lois et réglementations en
vigueur (par exemple, en ce qui concerne la protection de la vie
privée ou dans le domaine de la recherche biomédicale) qui doivent de
toute façon être respectées.
Un
code d'éthique offre des avantages par rapport à des normes
légales ou réglementaires. En effet, prétendre élaborer des règles
précises prévoyant tous les cas et circonstances n’est pas possible. En
outre, un code, qui se base sur des valeurs partagées par les
chercheurs, revêt une légitimité morale plus grande que des règles
imposées d'en haut. Semblable approche invite en même temps les
chercheurs à une réflexion tant individuelle que conduite dans le cadre
de leurs instituts de recherche et de leurs associations
professionnelles. Une telle réflexion doit porter sur la façon dont ils
réalisent leur travail, mais également sur les rapports que celui-ci
entretient avec le contexte social plus large, voire même dans une
perspective internationale. Le code veut
encourager le chercheur à réfléchir d’une manière responsable aux
conditions et aux conséquences de l’insertion sociale de l’activité de
recherche ainsi qu’à celles de l’étroite association entre sciences,
technologies, économie et éthique.
L'intention est que ce code soit observé sans restrictions dans toutes
les formes de recherches fondamentales, finalisées et appliquées
financées par les autorités publiques, mais en outre que toutes les
autres formes de recherches (recherche contractuelle, recherche dans le
secteur privé…) partagent la volonté de l'appliquer au mieux.
Une
déviation limitée par rapport aux principes de ce code ne doit pas
nécessairement être vue comme une infraction. Des cas peuvent se
présenter où l'un ou l'autre de ses aspects ne peut pas être appliqué.
Dans une telle circonstance, il est recommandé au chercheur d’en faire
mention explicitement.
Des
erreurs peuvent se produire sans qu'il y ait faute morale de la part de
leur auteur. Dans ce cas, les collègues ou les institutions de recherche
doivent réagir d'une manière appropriée, tout en respectant le principe
de la présomption d'innocence. Accuser quelqu'un sciemment et à tort
d'un comportement non éthique constitue en soi une forme de comportement
non éthique. D'autre part, les personnes qui ont de bonne foi émis des
critiques et tiré la sonnette d'alarme, doivent être protégées.
La
supervision adéquate des chercheurs moins expérimentés est nécessaire,
sans pour autant nuire à leur liberté de recherche. Le jeune chercheur
doit être familiarisé dès le début avec l'éthique de la recherche. Il
est important que l'enseignement et l'encadrement de chercheurs
débutants portent une attention explicite aux aspects éthiques de la
pratique scientifique. Les comités d'éthique, mais aussi les académies,
les institutions d'enseignement supérieur, les fondations et les
associations scientifiques ont une responsabilité à cet égard.
Ni la
pression pour transposer les résultats de la recherche le plus vite
possible en applications exploitables ni le souci de protéger les
résultats ne justifient des entraves au comportement éthique dans le
déroulement des recherches.
Dans
l’exposé des méthodes de leurs publications, les chercheurs préciseront
que les travaux présentés ont été réalisés dans le respect du Code
d’éthique de la Recherche Scientifique des Académies royales de
Belgique.
I.
RIGUEUR ET PRUDENCE
A.
Rigueur
Les
chercheurs travaillent avec rigueur s'ils appliquent avec précision les
règles généralement reconnues de leur discipline.
1.
Dans l'exécution et la publication d'un travail scientifique, le
chercheur agit de façon précise et nuancée. L'obligation de résultats ne
peut pas nuire à ce principe.
2.
Les chercheurs doivent concevoir et exécuter leurs protocoles de la
façon la plus précise possible. Dans leurs travaux de recherche, les
chercheurs doivent prendre en compte le dernier état de l'art
dans leur domaine. Ils doivent préalablement obtenir les compétences
nécessaires en termes de connaissances et de maîtrise des techniques,
tout en développant un esprit critique. Des missions pour lesquelles ils
ne sont pas qualifiés ou dont on peut considérer raisonnablement
qu'elles ne peuvent pas être exécutées, doivent être refusées.
3. Le
chercheur doit vérifier si les outils qu'il a l'intention d'utiliser
(par exemple, équipements de laboratoire, matériel de mesure,
questionnaires standard) sont adaptés au travail à entreprendre et prêts
à être utilisés dans des conditions techniques optimales.
4. Le
responsable d'une recherche doit exercer un contrôle suffisant sur la
mise en oeuvre de la recherche par ses collaborateurs. Les
responsabilités qui en découlent sont clairement définies et sont
toujours respectées.
5.
Lors de communications ou présentations dans les médias, le chercheur
présente ses résultats de recherche de façon véridique et
compréhensible. Il évite de susciter des craintes ou des espoirs
non justifiés.
6. Un
chercheur assume ses responsabilités vis-à-vis du
développement de sa discipline et, par conséquent, s’oblige à
participer à des peer reviews.
B.
Prudence
Le
comportement d'un chercheur est prudent lorsqu'il agit avec prévoyance
et précaution et est guidé par le souci d'éviter de nuire à autrui.
1.
Bien que le premier souci du chercheur soit d'acquérir ou d'accroître
les connaissances, la prudence requiert de ne pas faire courir des
risques sans nécessité ou de façon disproportionnée. Une analyse
consciencieuse des avantages mais également des risques à court et moyen
termes d'une recherche doit être élaborée et, en cas de risques pour des
tiers, être soumise à l'avis de pairs (le cas échéant à la commission
d’éthique si elle existe).
2. Le
chercheur fait preuve de respect pour les sujets d'expériences,
d'enquêtes et de sondages, et ceci d'autant plus attentivement que les
sujets se trouvent dans une position de vulnérabilité. Les sujets
d'expérience et les répondants donnent leur consentement informé: ils
ont le droit de savoir qu'ils font l'objet d'une recherche, ils
reçoivent les informations les plus complètes possibles et donnent leur
accord préalable en connaissance de cause. Toute déviation de ce
principe doit être soumise à l'avis de personnes ou d’institutions
qualifiées pour donner un avis tant sur les aspects scientifiques que
sur la portée éthique de la question (comité d'éthique, comité de suivi
du programme, autorités académiques…).
3.
Les animaux soumis aux expériences doivent être traités avec respect
suivant les règles internationales reconnues, de façon à minimiser leur
nombre et leur souffrance dans toute la mesure du possible.
4.
Lors d'expériences ayant un impact potentiel sur l'environnement, les
investigations devraient au préalable porter sur une analyse du risque
fondée sur un principe de précaution.
5.
Dans le cas de projets à l'étranger, les chercheurs appliqueront le
présent code en tenant compte aussi des codes et règles en vigueur dans
les pays concernés, pour autant qu'ils existent. Dans ce contexte, le
respect pour la culture locale revêt une importance essentielle. Ce
souci sera d'autant plus vif dans les cas où les règles et Codes
d’éthiques locaux font défaut ou ne sont pas appliqués.
6.
Les fautes et omissions commises, ainsi que les dommages aux
tiers qui en découlent doivent être assumés et réparés au
maximum du possible.
II.
FIABILITÉ ET VÉRIFIABILITÉ
A.
Fiabilité
Les
chercheurs sont fiables s'ils agissent d'une façon telle que des tiers
peuvent avoir confiance dans le fait qu'ils procèdent de façon
professionnelle, tant dans le travail scientifique que dans la manière
d'en faire rapport.
1. Un
chercheur s’efforcera de présenter son expertise, son travail et ses
résultats le plus correctement possible et il évitera dans tous les cas
de créer auprès de ses commanditaires et collègues, envers les média ou
toute autre tierce personne une idée trompeuse ou surfaite de son
travail.
2.
Des données issues d'observations, d'expériences ou de la littérature
existante ne peuvent pas être fabriquées ni falsifiées. On ne peut pas
susciter l'impression que des données sont disponibles si ce n'est pas
le cas. L'échantillonnage, les techniques d'analyse et les méthodes
statistiques ne peuvent pas être choisis ou manipulés en vue d'obtenir
ou de justifier un résultat défini d’avance.
3.
Les résultats de recherche sont intégralement repris dans des
publications et les résultats non désirés ne sont pas omis de façon
sélective. Les résultats qui ne correspondent pas aux hypothèses
postulées sont toujours mentionnés dans les publications des résultats
de recherche. Les degrés d'incertitude et les limites des résultats
doivent être clairement repris dans les publications, présentations et
rapports.
4.
Dans ses rapports et communications, le chercheur établit une
distinction claire entre les résultats de recherche et les conclusions
qui en découlent directement d'une part et les hypothèses et
spéculations de l'autre.
5.
Les principes généraux en matière de propriété intellectuelle sont
respectés. Le chercheur ne présente pas les travaux de terrain, les
données et les résultats réalisés ou obtenus par d’autres chercheurs
comme étant les siens ; il ne plagie pas les publications d’autrui. Les
personnes ayant collaboré à une recherche sont citées de façon correcte ;
ne sont mentionnés comme (co)auteurs que ceux qui ont effectivement
contribué à la recherche.
6. La
pensée des collègues et chercheurs est respectée ; leurs
idées ne sont pas indûment appropriées. Ceci vaut spécialement dans le
cas de nouveaux thèmes de recherche, de théories ou de technologies qui
sont encore au stade du développement.
7. Le
chercheur ne publiera pas simultanément le même texte dans plusieurs
journaux scientifiques internationaux avec peer review. Il ne
soumettra pas non plus le même texte en même temps à plusieurs revues
pour évaluation.
B.
Vérifiabilité
Le
travail des chercheurs est vérifiable lorsqu'il permet à leurs collègues
de suivre l'intégralité de leurs recherches et, le cas échéant, de les
reproduire.
1.
Les informations sont vérifiables. Les résultats de l'étude de la
littérature, les hypothèses, l'organisation de la recherche, les
méthodes de recherche et d'analyse ainsi que les sources sont décrits en
détail (dans un livre de bord de la recherche, un journal de laboratoire
ou un rapport intermédiaire) afin que d'autres chercheurs puissent
vérifier l'exactitude du processus en le reproduisant. Au cas où des
objets d'observations seraient détruits (par exemple, lors
d'excavations), ces observations sont enregistrées aussi bien que
possible. Toutes les décisions, conventions et accords sont notés et
sauvegardés.
2. La
publication des résultats est la base de l'évaluation par les pairs. Les
résultats d'une recherche sont publiés et/ou rendus accessibles à
d'autres chercheurs dans les meilleurs délais. Dans certains cas, des
conventions peuvent être établies concernant les délais de publication.
3.
Les données primaires d'une recherche et les protocoles doivent être
conservés et rendus accessibles pendant une période de durée déterminée
et suffisante. Lorsque des publications, spécialement des articles de
review et de synthèse, ne mentionnent pas toutes les données nécessaires
à une vérification, celles-ci doivent être néanmoins disponibles.
III.
INDÉPENDANCE ET IMPARTIALITÉ
A.
Indépendance
Dans
leurs activités scientifiques, les chercheurs sont guidés par des règles
de nature scientifique, condition de leur indépendance.
1.
Les chercheurs doivent pouvoir réaliser leur recherche en toute liberté
et indépendance car leur créativité en dépend.
2. La
recherche scientifique sur commande est mise en oeuvre sans intervention
de la part du commanditaire au cours de l'exécution du travail
scientifique confié au chercheur. La politique du commanditaire (public
ou privé) se traduit dans le choix des thèmes de recherche. Le chercheur
ne manque pas à son indépendance en acceptant des contrats ou en
répondant à des appels à projets dans ce contexte, pour autant qu'il
garde sa liberté dans la mise en oeuvre de la recherche, en ce qui
concerne les hypothèses, les modalités de recherche, les méthodes
utilisées et la formulation des conclusions. Une conclusion scientifique
ne peut être formulée que sur base d'arguments scientifiques.
3.
Les commanditaires et bailleurs de fonds externes, ainsi que leurs
rapports avec le chercheur, sont rendus publics lors de la publication
des résultats. Les liens éventuels entre commanditaires et chercheurs
tels des fonctions d'expert ou de conseiller sont également mentionnés.
Tout conflit d’intérêt potentiel doit être déclaré lors des
communications et publications scientifiques.
4.
Commanditaires et chercheurs ou institutions de recherche élaborent des
conventions contractuelles claires, entre autres en ce qui concerne la
liberté de publication et la propriété des résultats. Dans la mesure où
des restrictions sont imposées à la liberté du chercheur, celles-ci sont
mentionnées explicitement.
5.
Lors de travail en équipe, on précisera les droits et obligations des
différents acteurs, y compris de l'institution de recherche où la
recherche est réalisée ainsi que des organismes sources de financement.
Les accords relatifs à la propriété des résultats, à leur utilisation et
à leur diffusion sont clairement établis.
B.
Impartialité
Les
chercheurs sont impartiaux lorsqu'ils ne se laissent pas influencer par
leurs préférences, sympathies, intérêts ou préjugés personnels dans
l'exécution de leur travail scientifique.
1.
Les chercheurs ont droit à leurs opinions et préférences (par exemple en
ce qui concerne l'utilité économique ou sociétale de certaines
activités) mais ils en font abstraction lors de leur travail
scientifique.
2. Si
une mission risque d'engendrer un conflit ou une confusion d'intérêt, le
chercheur ne peut l'accepter que dans des conditions où son impartialité
ne serait pas mise en danger. La solution qu'il aura donnée à ce
problème sera mentionnée de façon explicite lors de la présentation des
résultats de la recherche.
3.
Lors de la publication des résultats de recherche, notamment des
conclusions et recommandations d'application qui pourraient en être
tirées, le chercheur fait une distinction claire entre ses jugements
scientifiques et ses préférences personnelles.
4. En
participant à un "peer review", le chercheur ne peut être guidé que par
des considérations d'ordre scientifique. La confidentialité des données
est garantie.
5.
L'évaluation de manuscrits pour des revues scientifiques doit se faire
de manière impartiale et dans un délai raisonnable.
6.
Lors de désaccords avec les positions scientifiques d'autres chercheurs,
il n’en sera débattu qu’à l’aide d’arguments scientifiques.
Ce rapport a été approuvé par
l’assemblée plénière de l'Académie Royale de Médecine de Belgique
le
12 juillet 2008.