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Le présent avis "BeHealth" a été élaboré
par une commission scientifique mise sur pied par l'Académie
royale de médecine de Belgique. |
Liminaire
L’Académie Royale de Médecine de Belgique a pris
connaissance du projet de loi relatif au « traitement et à
l’informatisation des données ainsi qu’aux applications de la
télémédecine », mieux connu sous la dénomination « BeHealth ». Le projet
BeHealth concerne la mise en place d’une « plateforme télématique
d’accès sécurisé aux données de santé, selon des procédures strictes
d’identification et en fonction d’autorisations ». Dans cette
définition, chaque terme a son importance et peut soulever des questions
d’ordre juridique (respect de la vie privée, droits du patient),
technique (sécurité et confidentialité des données, authentification,
droit d’accès) et médical (relation « médecin-patient », secret
médical). L’Académie a également pris connaissance de l’avis de
l’Académie néerlandophone, des nombreuses réactions et critiques à
l’égard de BeHealth, notamment de la part du corps médical et de l’Ordre
des médecins, ainsi que des avis rendus par la Commission « Normes en
matière de télématique dans le secteur des soins de santé ». Ces
réactions et avis ont conduit les autorités à développer le projet en
trois phases s’étalant sur plusieurs années et à constituer deux groupes
au sein de la structure organisationnelle de gestion et d’exploitation
de la plateforme BeHealth : un groupe « vision » responsable de
la définition et de la mise à jour de la vision BeHealth (en
concertation avec les utilisateurs du secteur) et un groupe « gestion »
proprement-dit chargé des opérations et de la sécurité.
Analyse du problème
L’élaboration d’une plateforme télématique permettant aux
citoyens-patients et aux prestataires-institutions d’accéder de manière
uniforme et sécurisée aux données personnelles de santé ainsi qu’aux
services et aux informations fournies par les différents intervenants au
niveau de la santé publique et de la sécurité sociale constitue un
projet ambitieux qui s’inscrit dans la logique de l’évolution
technologique et sociétale du 21e siècle mais qui modifie en
profondeur la relation « médecin-patient ». Le projet BeHealth soulève
de nombreuses questions d’ordre juridique et éthique mais aussi
d’étanchéité technologique au niveau de la sécurisation des accès et des
données. Il pourrait apparaître comme un redoutable outil de contrôle,
altérant davantage encore le colloque singulier médecin-patient. Des
« directives » sont dès lors nécessaires pour délimiter clairement le
champ d’application du projet.
L’informatisation et l’échange électronique des données de
santé doivent se faire de façon harmonieuse et progressive avec les
professionnels de la santé car le domaine de la santé est unique dans la
mesure où il concerne la santé d'êtres humains. Il est également unique
en cela qu’il manipule des données personnelles concernant la vie privée
de l’individu; leur protection est indispensable à une relation efficace
entre le praticien et le patient. Celui-ci ne livrera des données
personnelles sensibles et indispensables au diagnostic que s’il est
convaincu que ces données resteront confidentielles.
L'informatisation des données de santé, si elle est bien
conçue et si elle répond aux normes de sécurité et de confidentialité
requises, permet d'améliorer le travail du médecin, de faciliter
l'échange d'informations pertinentes entre les professionnels de la
santé, d'éviter la répétition inutile d'actes et d'examens, en fin de
compte de bénéficier au patient. Seul ce dernier objectif peut justifier
la mise en œuvre du projet.
Les données de santé personnelles, informatisées et
sécurisées, résultant de la pratique médicale quotidienne à l'échelon
national, que ce soit en milieu hospitalier ou en médecine générale et
spécialisée, lorsqu’elles sont regroupées dans de formidables bases de
données collectives (par le biais de la tarification-facturation, par
exemple), doivent être dépersonnalisées, afin d’en garantir l’anonymat.
Elles pourront alors être utilisées à des fins diverses : planification
et politique des soins de santé, simulation de modèles, économie de la
santé, épidémiologie, recherche universitaire ou industrielle,
prévention et statistiques.
Recommandations de
l’Académie
Dans le cadre du projet BeHealth, l’Académie Royale de
Médecine de Belgique est consciente que la société actuelle est en
transformation permanente et que souvent la priorité est accordée aux
facteurs économiques plutôt qu’humains. La profession médicale doit
s’adapter à la société d’information actuelle mais la relation humaine
médecin-patient doit rester une constante et une priorité inaltérable.
L’Académie souhaite que dans ce contexte les bénéficiaires réels du
projet BeHealth soient clairement recherchés et identifiés. Elle formule
les recommandations suivantes :
–
L'informatisation dans le domaine de la santé doit se poursuivre de
façon progressive, dans le respect des droits et de la vie privée des
patients, ainsi que de la prise en compte du caractère particulier du
colloque singulier médecin-patient.
–
L'objectif essentiel doit toujours être l'intérêt du patient. L'intérêt
socio-économique ne peut jamais primer sur celui du patient.
–
L'informatisation des données personnelles du patient doit garantir le
respect de la vie privée et de la confidentialité par les techniques les
plus avancées de sécurisation et d’accessibilité des données,
d'authentification et d'autorisation des praticiens. L’accès aux
informations fera l’objet d’un contrôle strict et vigilant et ne sera
accordé qu’aux personnes dûment autorisées et tenues par le secret
médical.
–
La
distinction entre d'une part, le domaine des données personnelles et
individuelles relatives à l'activité médicale, et d'autre part, le
domaine des données dépersonnalisées et collectives issues de la gestion
de l'activité médicale à l'échelon national doit être clairement
établie, afin qu'on ne puisse remonter que de manière exceptionnelle et
autorisée aux données originales et stigmatiser un individu ou un groupe
de sujets particulier.
–
Toute
étude portant sur les données collectives, rendues parfaitement
anonymes, tant au niveau de citoyens-patients que de
prestataires-institutions dûment informés, doit clairement préciser ses
objectifs et l’utilisation des résultats qui en sera faite.
–
L'étanchéité entre le domaine des données personnelles et celui des
données collectives ne peut être assurée et contrôlée que par des
procédures mises en place, modélisées et validées par les utilisateurs,
et/ou par une tierce structure (« tiers de confiance »), qui,
idéalement, devrait être indépendante à la fois des professionnels de la
santé, des responsables de la sécurité sociale et des autorités
politiques, de manière à garantir les droits des uns et des autres.
Ce rapport a été approuvé par le Bureau et par
l’assemblée plénière de l'Académie Royale de Médecine de Belgique
les
25/11/2006 et 13/01/2007.