LAcadémie royale de Médecine et la
Koninklijke Academie voor Geneeskunde van België ont examiné récemment la question de
lutilisation de la Déhydroépiandrostérone (DHEA) dans certaines " cures
de jouvence ".
La DHEA (ou prastérone) est un
précurseur dhormones sexuelles masculines (testostérone) et, à moindre degré,
dhormones féminines (estradiol).
Elle fait lobjet de campagnes publicitaires dans la lutte contre
le vieillissement. Aux Etats-Unis, elle est autorisée depuis 1994 comme complément
alimentaire mais na pas reçu dautorisation de mise sur le marché comme
médicament.
Le statut légal de la DHEA en Belgique est celui dune hormone
qui répond à la définition du médicament telle que précisée à larticle 1er
de la loi du 25 mars 1964 sur les médicaments. Sa commercialisation est donc soumise à
lobtention dune autorisation de mise sur le marché. Aucun médicament à base
de DHEA na actuellement cette autorisation en Belgique.
Toutefois, la DHEA peut être prescrite par un médecin sous forme
dune préparation magistrale réalisée par un pharmacien dofficine à partir
dune matière première qui doit être accompagnée dun certificat
danalyse dun laboratoire agréé.
Etant donné la situation particulière de la DHEA et le battage
médiatique réalisé autour de cette substance, il était utile de faire le point, de
façon critique, sur son efficacité éventuelle et les risques potentiels quelle
présente.
La commission a donc examiné les données objectives disponibles. Son
travail fut fortement facilité par un rapport réalisé en juillet 2001 par lAgence
française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) à la demande du
Ministre Bernard Kouchner.
La DHEA synthétisée par la zone réticulée de la
cortico-surrénale sous le contrôle de lACTH est de façon mineure transformée en
testostérone et, à un degré moindre en estradiol dans les tissus périphériques
La DHEA existe dans le plasma humain sous deux formes : la forme libre
DHEA et la forme sulfoconjuguée DHEA-S qui sont en interconversion métabolique
permanente.
Sa concentration plasmatique
évolue au cours de la vie : pendant lenfance et jusquà 7-8 ans la production
de DHEA par la cortico-surrénale est très faible. Les concentrations les plus élevées
s'observent entre 18 et 45 ans puis décroissent avec l'âge. Le vieillissement
s'accompagne en général d'une baisse progressive des taux de DHEA. Ce phénomène est
utilisé par les défenseurs de lemploi de DHEA chez les personnes âgées.
Toutefois les valeurs atteintes chez le sujet âgé restent supérieures à celles
observées chez l'enfant ou dans certains états pathologiques tels que l'insuffisance
surrénalienne ou hypophysaire.
Il faut noter que les taux de DHEA et DHEA-S plasmatiques varient, d'un
facteur de 1 à 20, dans une même tranche d'âge. Il existe une variation des taux au
cours de la journée (rythme circadien) et des variations intra-individuelles spontanées
parfois importantes.
Il n'est pas possible, en l'état actuel des connaissances,
d'identifier une concentration plasmatique seuil de DHEA ou de DHEA-S en deçà de
laquelle un déficit avec retentissement clinique justifierait un traitement substitutif.
La DHEA et son métabolite la DHEA-S pourraient exercer une action dans
le cerveau. La nature et limportance de cette action restent à établir. A ce jour,
aucun récepteur spécifique na été identifié.
La DHEA est préconisée par certains dans la lutte contre le
vieillissement mais les propriétés prêtées à la DHEA nont pas été établies
de façon indiscutable. Dans létude DHEAge (Baulieu EE et al, PNAS 2000) réalisée
en double aveugle sur 280 sujets pendant 1 an, aucun effet positif na été mis en
évidence sur le critère principal, (échelle de sensation de bien-être). Des effets
positifs ont été mis en évidence pour des critères secondaires dans des sous-groupes
particuliers. A titre dexemple, un effet positif sur la densité osseuse a été
observé uniquement au niveau du col du fémur chez des femmes âgées de moins de 70 ans.
Dans ce sous-groupe, la perte osseuse sous placebo était plus marquée que dans les
autres groupes. Il ny eu aucun effet positif pour les autres localisations ni chez
les hommes, quel que soit leur âge.
Dautre part, la DHEA aurait montré, selon certains auteurs mais
pas pour dautres, un intérêt potentiel dans le cas très particulier des
insuffisances surrénaliennes. Elle fait lobjet dun programme de
développement clinique dans le traitement du lupus.
Au plan de la sécurité, deux points méritent dêtre signalés.
Lutilisation de la DHEA s'est accompagnée, dans plusieurs études, et même à
faible doses, d'une diminution du cholestérol HDL; la DHEA est donc susceptible
d'augmenter le risque de maladie cardio-vasculaire. Par ailleurs, du fait de sa
transformation hormonale, elle peut favoriser ou aggraver les cancers hormonodépendants.
Ces risques potentiels sont susceptibles dêtre plus importants en cas
daugmentation des doses ou de la durée du traitement.
En conclusion, lutilisation de la DHEA dans les troubles
liés à la sénescence ne nous paraît pas défendable car son
efficacité na pas été démontrée dans des études cliniques contrôlées. Elle
présente, lors dune utilisation prolongée ou à doses élevées, des risques liés
à la stimulation des cancers hormonodépendants (prostate, sein, utérus) et à la baisse
de lHDL cholestérol.
Remarque : le texte complet du rapport de lAFSSAPS peut être
trouvé sur le site http://www.agmed.sante.gouv.fr/pdf/5/dhea1.pdf
Ce rapport a été approuvé par
lAcadémie Royale de Médecine de Belgique
en sa séance du 23 mars 2002.
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