années disponibles (1993-1995), le
nombre de décès par cancer du poumon chez les hommes du groupe d'âge de 45-74 ans est,
en Belgique, le plus élevé de tous les pays de l'Union Européenne. En ce qui concerne
la mortalité par cancer du poumon, notre pays occupe la deuxième place, après le
Danemark. Les suites du tabagisme sont au moins aussi sévères en matière de morbidité
et de mortalité cardiovasculaires. Pour ce qui est du tabagisme passif, les mêmes
conséquences néfastes ont d'ailleurs été démontrées bien qu'à un moindre degré,
tant pour les poumons que pour le système cardiovasculaire. Cette épidémie ne pourra
être maîtrisée que grâce à une politique globale et continue de prévention, à
laquelle participeront les autorités tant fédérales que communautaires.
L'Académie de Médecine, consciente de la gravité du problème,
appuie la Ministre de la Santé Publique dans ses actions visant, en concertation avec les
communautés, à lutter contre le tabagisme dans le cadre du Plan fédéral pour le
Développement durable 2000-2004. Ces actions devraient sensibiliser l'opinion publique au
travers de la Coalition nationale Belge contre le Tabac. L'intervention financière
annuellement récurrente d'un Fonds de Prévention du Tabagisme qui reste à créer, et
qui trouverait ses ressources dans des mesures fiscales et dans les accises sur les
produits du tabac, donnerait aux associations actives sur le terrain les moyens financiers
continus et suffisants pour leur permettre de combattre le
tabagisme et ses méfaits. Au cours des dix dernières années, la
vente annuelle de cigarettes en Belgique a oscillé entre 12 et 14 milliards d'unités. Le
prélèvement de 4 centimes par cigarette proposé récemment par les Ministres de la
Santé Publique et des Finances permettrait dès lors de dégager chaque année entre 480
et 560 millions de BEF pour la prévention du tabagisme. Cette proposition budgétaire
reste en deçà des 2 BEF par paquet prélevés dans d'autres pays, mais serait un signal
particulièrement positif de la détermination des autorités en matière de prévention
du tabagisme à la condition que ce mode de financement soit fixé par la loi, et que le
budget de prévention du tabagisme ne descende pas en dessous de 500 millions BEF par an.
Si l'on veut que la majoration du prix de vente des cigarettes limite
l'initiation au tabagisme et décourage autant que faire se peut la poursuite de ce
comportement, il faut éviter de l'étaler dans le temps, car de minimes augmentations
répétées ont un effet dissuasif beaucoup moindre qu'une augmentation brutale, par
exemple de 25%. Pour éviter le glissement de la consommation vers les cigarettes roulées
et la pipe, la taxation sur le tabac vendu en paquet doit être équivalente à celle sur
la cigarette. L'étiquetage de tous les produits du tabac doit comporter des informations
alternées sur les divers risques liés au tabagisme, imprimées en caractères gras,
noirs sur fond blanc, et occupant au moins 50% de la face principale de l'emballage. La
loi concernant l'interdiction de fumer dans les hôpitaux, les écoles, les restaurants et
de manière générale dans les lieux publics doit être plus rigoureusement appliquée,
et un contrôle plus actif de sa mise en uvre doit être assuré, avec les mesures
adaptées qui en résultent.
L'interdiction de toute publicité directe ou indirecte pour les
produits du tabac reste une priorité absolue en matière de prévention. Vu leur rôle de
modèles dans la Société, les hommes politiques, les enseignants, les médecins et les
travailleurs de la Santé en général ne devraient jamais fumer en public, ce qui
constituerait en fait une forme de publicité indirecte pour les produits du tabac. L'acte
de fumer au cours d'émissions télévisées, même s'il se produit dans des locaux où le
public n'a pas accès, doit être nommément interdit. De plus, dans le texte de la loi du
10 décembre 1997 (article 3, $2bis), la phrase "toute action qui vise à
promouvoir" doit être remplacée par "toute action susceptible de
promouvoir".
Des actions répétitives au niveau scolaire, impliquant les jeunes
eux-mêmes, leurs parents, les mass media et la collectivité, doivent être menées
principalement au cours des années d'adoption du comportement tabagique et souligner
l'apparition rapide de la dépendance nicotinique.
Si l'on veut réduire rapidement le tribut-santé du tabagisme, il faut
aussi aider les fumeurs à renoncer à leur comportement. Une meilleure formation des
professionnels de la santé en matière d'aide à l'arrêt, un remboursement des
médicaments facilitant la maîtrise de la dépendance du fumeur à l'égard du tabac et
un soutien aux consultations de tabacologie ou aux Centres d'Aide aux Fumeurs sont eux
aussi susceptibles d'améliorer la situation.
Finalement l'Académie de Médecine invite le Gouvernement à
collaborer efficacement à l'élaboration d'une Convention-cadre internationale de Lutte
contre le tabagisme aussi contraignante que possible telle que proposée par
l'Organisation Mondiale de la Santé. Son application obligatoire par les Etats
signataires assurera une collaboration internationale indispensable face aux stratégies
coordonnées des multinationales du tabac.