1. Définition de l'excès de poids et de l'obésité en fonction du risque
L'excès pondéral est défini, chez l'adulte, par l'indice de
Quetelet, un indice de masse corporelle (IMC : poids exprimé en kilogrammes divisé par
la taille exprimée en mètre et élevée au carré) égal au supérieur à 25 kg/m² et
l'obésité par un IMC égal ou supérieur à 30 kg/m². Ce "surpoids" résulte
d'un excès de la masse grasse. Ces seuils ont été choisis à partir de la relation
statistique tirée des études épidémiologiques liant la morbi-mortalité à l'IMC : en
effet, il existe déjà une augmentation du risque à partir d'un IMC de 25 kg/m² et le
risque est très accru pour un IMC atteignant ou dépassant 30 kg/m², en particulier dans
une population de sujets adultes jeunes, et ce dans les deux sexes. Cependant, chez les
obèses âgés, le risque de mort par toutes causes est identique à celui observé chez
les non-obèses. Enfin, le risque cardio-vasculaire est particulièrement accru en
présence d'une adiposité abdominale, facilement appréciée par la mesure de la
circonférence de la taille (risque déjà accru si supérieure à 80 cm chez la femme et
94 cm chez l'homme).
2. Prévalence élevée et croissante de l'obésité
L'étude BIRNH ("Belgian Interuniversity Research on Nutrition and
Health", 1979-1984, comportant un échantillon de plus de 11.000 sujets âgés de 25
à 75 ans) a montré que la prévalence de l'excès pondéral est de 35,2 % chez les
femmes et de 46,5 % chez les hommes tandis que celle de l'obésité avérée est de 18,4 %
chez les femmes et de 12,1 % chez les hommes. Plusieurs facteurs de prédisposition
avaient bien été individualisés : 1) le faible niveau d'éducation et les classes
sociales défavorisées; 2) le manque d'activité physique, surtout en milieu urbain; et
3) une alimentation désorganisée privilégiant les lipides. La comparaison des
résultats de 5 enquêtes réalisées en Belgique entre 1977 et 1997 suggère, après
ajustement des données, que la prévalence de l'obésité aurait augmenté de 8 % à la
fin des années 70 à 15 % dans le milieu des années 90. Par ailleurs, une dernière
enquête réalisée par interrogatoire sur plus de 21.000 sujets (BELSTRESS 1994-1997) a
montré que près de 50 % des individus des deux sexes avaient un tour de taille
supérieur au seuil défini ci-dessus et correspondant à un risque cardio-vasculaire
accru. Enfin, une enquête de santé réalisée en Belgique en 1997 a montré que la
prévalence de l'obésité augmente progressivement entre 15-24 ans et 55-64 ans, dans les
deux sexes. De plus, elle est fortement et négativement corrélée avec le niveau de
scolarité, diminuant progressivement de 22,5 % chez les individus sans diplôme à 6,7 %
chez les sujets ayant fait des études supérieures. Une autre enquête chez les
adolescents a montré que 18 % des garçons de 11 à 18 ans sont déjà en surpoids. Dans
ce groupe d'âge, il existe également une augmentation significative de la prévalence de
l'excès de poids entre les périodes 1969-1974 et 1990-1993, et ce de façon encore plus
marquée chez les filles que chez les garçons. Par ailleurs, la présence d'un excès de
poids à l'adolescence est fortement corrélée à la probabilité d'un excès de poids à
l'âge adulte, aux environs de la quarantaine (risque multiplié par au moins un facteur
5).
3. Conséquences néfastes de l'obésité pour l'individu et la
société
L'obésité, surtout à distribution abdominale et lorsqu'elle
s'accompagne d'une consommation accrue de graisses saturées, de sucres raffinés et de
sel, contribue au développement de nombreux troubles métaboliques : diabète de type 2,
hypertension artérielle, dyslipidémie avec augmentation des taux de cholestérol total
et LDL, diminution du taux de cholestérol HDL et hypertriglycéridémie, etc. Ces
anomalies sont souvent regroupées sous le vocable de syndrome d'insulinorésistance
(encore appelé syndrome métabolique ou syndrome X) et sont responsables de l'importante
morbidité cardio-vasculaire, en général au-delà de 40 ans. Outre ces troubles
métaboliques, il convient de mentionner les complications de type mécanique (pathologie
ostéo-articulaire, syndrome d'apnée du sommeil, ...), les conséquences hormonales
(augmentation du risque de cancers oestrogéno-dépendants, comme le cancer du sein, de
l'endomètre, voire du colon), les répercussions psychologiques (perte de l'estime de
soi, dépression secondaire, etc.). Il en résulte une réduction de l'espérance de vie,
avec une augmentation importante de la morbidité et une diminution non négligeable de la
qualité de la vie. La charge que représente l'obésité pour la société est également
importante (absentéisme au travail, incapacités ou invalidités, coûts médicaux,
etc.). La morbidité et la surmortalité liées à l'obésité sont d'autant plus
élevées que celle-ci est précoce (surpoids avant 18 ans). Globalement, on estime que
tout surpoids d'un kg au-delà de 30 ans entraîne une mortalité supplémentaire de 2 %
dans les 25 ans qui suivent. Ainsi, l'obésité, devenue une des principales maladies des
pays industrialisés, est à l'origine d'une part importante des coûts en santé publique
(notamment aux Etats-Unis), bien qu'aucune donnée précise ne soit actuellement
disponible en Belgique à ce sujet.
4. L'obésité, une maladie de civilisation liée au mode de vie
moderne
Même si l'obésité a une composante génétique non négligeable, il
est incontestable que l'augmentation de la prévalence des dernières décennies
s'explique exclusivement par une modification du style de vie. Sur le plan alimentaire, la
société de surabondance a fait la part belle aux aliments riches en graisses saturées,
en sucres simples et en sel, soit des aliments de plus en plus agréables au goût (gras
et sucrés) et à densité calorique élevée. Par contre, les aliments recommandés,
comme les légumes et les fruits frais qui ont fait la réputation du régime crétois,
sont de moins en moins consommés, notamment par les jeunes. L'enquête sur la santé
réalisée en 1997 a montré, par exemple, qu'environ 1/3 des Belges ne consommaient pas
au moins une fois du poisson par semaine et que de la moitié à deux tiers ne prenaient
pas au moins deux portions de fruit ou de légumes chaque jour. Par ailleurs, on assiste
à un manque de discipline alimentaire et à une déstructuration de l'organisation des
repas durant la journée au profit de fréquents grignotages privilégiant les aliments
bon-marché de type "junk/fast foods". Sur le plan de l'activité physique, il
est indubitable qu'il existe une sédentarité croissante, surtout chez les jeunes. Notre
société industrialisée faisant la part belle à l'automobile, à la télévision et à
l'informatique, favorise la vie "contemplative", la passivité, voire
l'oisiveté. Les deux phénomènes se conjuguent pour accroître les entrées caloriques
et diminuer les dépenses énergétiques, ce qui ne peut que favoriser inéluctablement un
gain de poids et conduire à une obésité.
5. Prévention de l'obésité par une meilleure éducation, dès
le plus jeune âge
L'obésité est une maladie chronique grave évitable. Compte tenu des
difficultés considérables auxquelles médecins et patients doivent faire face pour
corriger une obésité déjà installée, il est incontestable qu'une stratégie de
prévention du surpoids doit être privilégiée. Celle-ci doit débuter dès le plus
jeune âge et passe obligatoirement par une promotion de l'activité physique (à l'école
et en dehors de l'école) et par des conseils nutritionnels appropriés. Sur le plan de
l'activité physique, il est sans doute plus important d'éviter la sédentarité dans la
vie de tous les jours que de promouvoir l'activité physique à outrance. Les conseils
nutritionnels sont à la fois quantitatifs (réduire l'apport calorique total) et
qualitatifs, comprenant une meilleure sélection des aliments (diminuer la consommation de
graisses saturées et sucres simples au profit des sucres complexes de type féculents,
des fruits et des légumes; réduire la consommation d'alcool) et une meilleure
répartition sur la journée (veiller à maintenir un fractionnement suffisant de
l'alimentation, avec 3 repas dignes de ce nom par jour; manger dans des endroits
réservés à cet effet, favorisant la dégustation dans le calme; éviter les grignotages
intempestifs et la désorganisation complète de l'alimentation; privilégier les apports
caloriques dans la première plutôt que dans la seconde partie de la journée). Pour
réussir une telle stratégie de prévention, le médecin doit impliquer la participation
des pouvoirs politiques et publics, sans lesquels toute tentative de s'attaquer au
problème de l'obésité est sans doute vouée à l'échec. Il convient donc, de façon
urgente, de sensibiliser les autorités à la problématique du surpoids et de
l'obésité. Celles-ci devraient alors prendre des mesures énergiques susceptibles
d'entraîner un véritable changement de société, amenant une amélioration de
l'hygiène de vie sur le plan des habitudes nutritionnelles et de la pratique d'une
activité physique d'intensité modérée mais régulière. Il est probable que la clé du
succès passe par une véritable éducation, dès le plus jeune âge et tout au long de la
scolarité. Cette stratégie privilégiant l'éducation à la santé au niveau scolaire
permettrait aussi, en instaurant une nouvelle dynamique familiale, de sensibiliser les
parents vis-à-vis du problème important que représente l'obésité.
6. Mise en garde contre les traitements fantaisistes ou dangereux
de l'obésité
Il faut être conscient qu'il n'existe actuellement aucun traitement
"miracle" de l'obésité. Et pourtant beaucoup de sujets obèses sont toujours
en quête désespérée de ce type de remède, ce qui les amène souvent à accorder une
confiance aveugle dans ce qui leur est proposé. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant
que l'on ait vu fleurir un charlatanisme important. Outre le coût financier que les
sujets obèses sont appelés à supporter pour recourir à ces pratiques, ils en payent
également souvent un lourd tribut sur le plan de leur santé. L'obésité doit être
considérée comme une "maladie" chronique et prise en charge avec tout le
sérieux indispensable à ce type de problématique, si possible par une approche
multidisciplinaire incluant tous les partenaires de la santé (médecins généralistes et
spécialistes, diététiciens, kinésithérapeutes, psychologues, etc.). Dans le cas de
l'obésité comme dans celui de toute autre pathologie, il convient de respecter la règle
générale qui veut que le risque lié au traitement proposé, quel qu'il soit, soit
adapté en fonction du risque de base inhérent à la maladie elle-même non traitée.
Compte tenu des limites importantes des traitements actuellement disponibles, la
prévention doit être privilégiée, et ce dès le plus jeune âge par une promotion de
l'éducation à la santé.
7. Propositions d'actions concrètes
Un premier objectif concret devrait être lintensification de
l'enseignement de la nutrition dans le cursus des études des différentes Facultés
relevant des Sciences de la Santé. Cette première action permettrait de sensibiliser et
de mieux former les médecins et autres professionnels quant à l'importance de la
nutrition dans la prévention et le traitement de certaines maladies dont l'obésité.
D'un point de vue santé publique, deux actions paraissent prioritaires
: la première pour mieux comprendre le phénomène de l'obésité et ses répercussions
potentielles sur la santé en Belgique, la seconde pour tenter d'enrayer la dynamique du
gain de poids, en particulier chez les sujets jeunes.
Ainsi, il est recommandé d'organiser une nouvelle grande enquête à
l'échelle nationale sur les déterminants de l'obésité dans la population belge et les
liens avec les facteurs de risque cardio-vasculaire en général. Pour ce faire, il
conviendrait de sélectionner un échantillon représentatif et de l'étudier selon une
approche semblable à celle de l'étude "BIRNH" réalisée il y a déjà 20 ans.
De nouvelles approches originales pourraient être développées sur le plan de
l'évaluation diététique, de l'activité physique, de l'influence des facteurs
psychosociaux ou économiques ou encore des paramètres biologiques avec la prise en
compte de nouveaux marqueurs non évalués de façon précise jusqu'à présent (voir
annexe 1).
Il est également recommandé de lancer un programme
d'information-prévention au niveau scolaire. Il conviendrait de commencer par réaliser
des enquêtes dans les écoles de façon à établir un "état des lieux".
Ensuite, des stratégies d'information-prévention pourraient être initiées avec le
soutien des pouvoirs publics, aussi bien dans l'enseignement fondamental que dans
l'enseignement secondaire. Chez les plus jeunes (5ème - 6 ème
primaires), la priorité serait d'éveiller une curiosité active pour ce qui les
relations entre poids, santé, alimentation et activité physique. Chez les adolescents,
il conviendrait de développer un programme plus structuré, prenant en compte les aspects
diététiques, physiques et psychologiques (voir annexe 2).
Pour augmenter les chances de réussite de ces programmes d'action,
certes ambitieux mais à vrai dire indispensables, il paraît nécessaire que ceux-ci
bénéficient d'un large soutien, sur le plan financier et organisationnel, des autorités
compétentes (fédérales et/ou communautaires) de notre pays.
Annexe 1 : Projet détude nationale sur les déterminants de
lobésité
Le surpoids et lobésité sont de plus en plus répandus dans les
sociétés occidentales et le problème prend des proportions épidémiques aussi bien
chez les enfants que chez les adultes. Les raisons de cette évolution défavorable ne
sont pas très claires mais doivent être mises en relation avec la disponibilité de plus
en plus grande des aliments et avec la diminution du niveau dactivité physique de
la population. Concernant lalimentation, on connaît bien le rôle important joué
par lapport en matières grasses et en sucres rapidement résorbables à haut index
glucidique, ou encore par lalcool. La diminution du nombre de fumeurs pourrait
également jouer un rôle dans la prise de poids au niveau des populations.
Une étude nationale en rapport avec lobésité devrait être
focalisée sur :
- Une enquête sur lalimentation de la population ;
- Une enquête portant sur les aliments qui sont le mieux corrélés avec le surpoids. Il
existe en effet une évidence montrant que les obèses ont un autre schéma alimentaire
que les non-obèses ;
- La sensibilisation de la population par rapport au problème du surpoids ;
- Des recherches approfondies concernant les conséquences néfastes du surpoids ;
- Une enquête sur lexactitude de lapport énergétique rapporté chez les
obèses.
1. Proposition principale denquête
La proposition va en priorité vers une étude de type
BIRNH comprenant:
- Un large examen de la population basé sur un échantillon randomisé
de la population belge (10.000 sujets)
- Un interrogatoire détaillé sur lapport alimentaire et la
consommation dalcool dans les 3 jours qui précèdent et contrôlé par un
diététicien en présence des participants. Une attention spéciale doit être accordée
à lapport en matières grasses (comportant crèmes glacées, chocolat et
pâtisseries) et à la consommation de fruits et légumes. Le type de matières grasses
(saturé, mono-et polyinsaturé, oméga 6 et 3) doit être déterminé.
- La prise dun échantillon sanguin avec la mesure de divers
paramètres biologiques en relation avec létat de santé des sujets, leur état
nutritionnel et la présence de certains facteurs de risque de pathologies. La liste
complète de ces paramètres devra faire lobjet dune large concertation entre
spécialistes. Lidéal serait dobtenir un second échantillon sanguin chez 10
% des sujets après une semaine.
- La collecte des urines de 24 heures pour la détermination
dautres paramètres biologiques dintérêt. Ceci permettrait notamment
dobjectiver le problème de la sur- et de la sous-estimation de la prise
énergétique en fonction du BMI. Chez 10 % des sujets, une seconde récolte durines
de 24 h serait réalisée pour déterminer la variabilité. Lurée pourrait être
utilisée comme marqueur biologique de lazote et dès lors des protéines sans perte
de la qualité scientifique des résultats. Des métaux lourds pourraient aussi être
dosés.
- Des mesures anthropologiques: pression sanguine, fréquence
cardiaque, poids, taille, tour de taille.
- Lévaluation de la classe sociale: nombre dannées et
niveau denseignement, revenus, profession.
- Lélectrocardiogramme (12 dérivations)
- La détermination du niveau dactivité physique, par des
questions simples (Combien de km marchez-vous par jour ?; Combien de km
effectuez-vous à vélo par semaine ?; Combien descaliers (marches) montez-vous
par semaine ?; Combien dheures consacrez-vous à un sport physique par
semaine ?; Quel sport ?; Combien dheures dactivité physique intense
faites vous par semaine?; Laquelle ?
- La consommation de tabac: nombre par jour, nombre dannées,
etc.
2. Proposition alternative
Une enquête pourrait être réalisée à un niveau réduit dans 2
régions: Leuven, Tienen, Waremme, Huy et/ou Kortrijk, Roeselare, Mons, Charleroi. Dans
ces deux régions, les habitudes alimentaires et les chiffres de décès diffèrent
considérablement, ce qui faciliterait lidentification des causes de ces
différences. Ceci limiterait les problèmes logistiques et les 4000 participants
devraient suffire. En principe, toutes les Universités belges devraient être impliquées
dans ces études et il faudrait saccorder sur une liste dinvestigateurs
principaux. Il faudrait aussi planifier une étude longitudinale (de cohorte) qui
permettrait délever le nombre de participants à 10.000.
Le budget de la première étude pourrait atteindre 120 à 150 millions
BEF et celui de la deuxième 80 millions BEF.
Il est évident quune telle enquête fournirait des résultats de
la plus haute importance pour la connaissance des déterminants de lespérance de
vie de la population belge.
Annexe 2 : Aspects pratiques de la prévention de
lobésité
L'obésité est le plus souvent évitable. Elle est largement due à
une sédentarité accrue (l'inactivité d'une vie " contemplative ")
et à la mal-bouffe bon-marché (junk/fast foods riches en graisses saturées et sel :
fritures, sauces, candies, etc., le tout emporté par des boissons sucrées) tandis que
trop d'enfants ne mangent pas de fruits.
1. La prévention médico-pédagogique
Comme il vaut mieux prévenir que guérir, que la curiosité des
enfants est guidée par l'intérêt personnel, qu'ils sont ouverts à l'observation dès
leur plus jeune âge et avides de savoir, nous nous devons de leur apporter une
information objective au sein de l'école. Cette instruction leur permettra d'évaluer les
bénéfices combinés, immédiats et à long terme, d'un régime dit
" méditerranéen " sans alourdissement et d'une activité physique
soutenue : un choix de vie responsable assumé après information et sans plus subir
l'ignorance. Cette prise en main avisée de la santé au niveau scolaire, par
l'éducation, la motivation et l'intérêt peut aussi, par ricochet,
" conscientiser " les parents. Il ne s'agit bien entendu pas
d'encourager, chez certains adolescent(e)s, la tendance antinomique, celle de l'anorexie
mentale : in medio stat virtus si l'on veut vivre sainement à côté des dangers
nutritionnels et sans courir jusqu'à l'épuisement.
2. Un modèle
Concrètement, l'information-prévention au sein de l'école devrait se
faire en deux étapes :
- Au niveau de l'enseignement fondamental, lutter contre l'obésité en
5è et 6è primaires toucherait une curiosité active aux trois niveaux suivants : 1) dans
le cadre de 2 h de biologie par semaine, 2) par une gymnastique diversifiée
(psychomotricité) et 3) pendant l'heure de midi. Chaque midi la restauration scolaire en
cantine-réfectoire serait un moment de santé au cours duquel l'enfant de 10-12 ans est
associé aux préparations culinaires (avec gestion qualitative et quantitative de
magasin, tenue de cahier, etc.). Seraient privilégiés les repas chauds ad hoc, avec
potage, légumes, fruits, etc. plutôt que le pique-nique incontrôlé, les hamburgers et
autres pizzas. Enfin, la cours de récréation organisée compléterait cette heure, le
tout sans attitude moralisatrice.
- Au niveau du secondaire, les adolescent(e)s sont naturellement
anxieux et préoccupés par leur avenir, y compris leur poids. Dans le cadre des
enseignements scientifiques des trois degrés, un programme structuré analyserait donc,
deux semaines par an, toutes les données en jeu, par une
" transversalité " des approches. Les dérèglements alimentaires
seraient comparés : aussi bien la boulimie face aux conditionnements publicitaires par TV
et sur boîtes d'aliments que l'anorexie mentale avec vomissements-laxatifs face aux
effets mode (l'extrême minceur, un idéal brindille soutenu par la nicotine ?). Ce
programme a) justifierait les conseils diététiques (basés sur les effets biologiques de
chaque aliment) et b) assurerait une activité physique (marche, cyclisme, natation, etc.)
pour chacun, de façon à consolider à temps des habitudes saines (circuits neuronaux) et
la confiance en soi. Ce programme structuré serait renforcé par des documents,
brochures, etc.
Dans le cas particulier d'adolescents dont l'IMC est supérieur à 25
(a fortiori lorsque leurs parents ont un IMC supérieur à 30),
" l'héritabilité " sera repérée scientifiquement et justifiera un
programme différentié avec évaluation des paramètres biologiques de santé et l'offre
d'un conditionnement soutenu (auto-contrôle, work-book avec récompenses, etc.). En
miroir, le groupe des anorexiques sera engagé dans " manger, plaisir et
santé ". Il faudra évidemment éviter tout regard stigmatisant sur ces
handicaps.
Les enseignants mis à contribution dans chaque milieu scolaire seront
régulièrement soutenus (valises pédagogiques, site internet, programmes mis à jour,
etc.). Les diététiciens, économes, personnel de cantine, éducateurs de milieux
sportifs, médecins scolaires et infirmières de PMS ont aussi leur rôle à jouer dans
cette promotion de la santé, de même que les milieux culturels et sociaux (les classes
défavorisées étant les plus touchées par la question).
3. En conclusion
Plusieurs aspects de ce programme ont déjà été proposés sous une
forme partielle, temporaire ou locale par diverses associations et comités scientifiques
mais c'est bien à son application nationale et multidisciplinaire qu'il nous faut
maintenant recourir. Ce programme de prévention requiert le soutien des média (campagnes
régulières d'information sur les risques d'une maladie le plus souvent évitable et/ou
guérissable). Les firmes pharmaceutiques et l'industrie alimentaire devraient soutenir
l'Etat pour le budget d'accompagnement d'un objectif dont l'atteinte réduira des
dépenses évitables de santé publique.
De ce qui précède, il ressort que les autorités politiques ayant la
promotion de la santé par l'éducation dans leurs attributions devraient agir en ce sens.
Elles devraient créer à cet effet au niveau fédéral et soutenir financièrement (frais
de fonctionnement) un organisme national responsable de la coordination de ce programme
intégré de " prévention active de l'obésité ". La structure de
cet organisme (composition, représentation, moyens) serait la clé de son succès.