Le présent rapport
émane d'une commission conjointe des deux Académies de médecine
composée de MM. J. Christophe, J. Henry, J. Hoet, A. Lafontaine, P.
Lefèbvre, J. Nève et H. Vis, pour l'Académie royale de Médecine, et de
MM. R. Bouillon, A. De Backer, J. Joossens, H. Kesteloot, G.
Verdonck et A. Vermeulen, pour la « Koninklijke Academie voor
Geneeskunde van België ».
L'Académie royale de
Médecine de Belgique et la « Koninklijke Academie voor Geneeskunde van
België » ont été récemment sollicitées par lettre des professeurs F.
Delange (ULB), R. Bouillon (KUL), M. Jonckheer (VUB) afin de soutenir
leur démarche auprès du ministère de la Santé publique en vue de prendre
les mesures de prévention nécessaires à la correction de la carence
modérée en iode existant au niveau de la population belge. Après examen
en réunion conjointe, des nombreux travaux réalisés et des multiples
recommandations déjà émises à ce sujet, les deux Académies souhaitent
affirmer leur soutien aux propositions des signataires de cette lettre,
tout en attirant l'attention des autorités compétentes sur les points
suivants :
1.
L'existence d'un état de carence modérée et persistante en iode en
Belgique est indéniable;
2.
La
nécessité de mesures de correction à l'échelle individuelle et de la
population est justifiée. Toute introduction d'iode dans la chaîne
alimentaire doit néanmoins se faire de manière progressive et contrôlée,
en évitant que les apports globaux ne dépassent la limite supérieure des
apports nutritionnels recommandés dans le pays ;
3.
La
nature des mesures de correction doit être judicieusement choisie afin,
d'une part, de ne pas multiplier les sources d'enrichissement de la
chaîne alimentaire, notamment par des interventions non contrôlées et,
d'autre part, de ne pas encourager la surconsommation de denrées
réputées potentiellement nocives pour la santé, en particulier le sel de
table. La préférence devrait aller à des mesures globales, décidées,
mises en œuvre et contrôlées par les autorités ministérielles.
Les interventions les plus adéquates pourraient être
:
a)
La
diffusion vers les professions de santé et le grand public d'une
information judicieuse et non alarmiste quant à l'importance d'une prise
alimentaire adéquate d'iode, et des méthodes les plus efficaces pour
augmenter l'apport iodé ;
b)
La mise
à disposition de la femme, en période de grossesse ou d'allaitement, de
compléments nutritionnels (vitamino-minéraux) adaptés à ces états et
répondant à la législation actuelle concernant les normes d'apport
nutritionnel en iode ;
c)
L'ajout
d'iode aux produits commerciaux destinés à l'alimentation des
nouveau-nés et enfants, en quantité telle que l'apport alimentaire
global reste en conformité avec les recommandations nutritionnelles en
vigueur pour ces groupes d'âge ;
d)
La mise
à la disposition du public, à un prix compétitif, de sel de table
adéquatement enrichi en iode (de l'ordre de 10 à 15 ppm) dont
l'utilisation se ferait sur une base libre. Les campagnes d'information
au sujet de cet aliment devraient veiller à ce que la consommation
globale de sel de table ne soit nullement encouragée. De plus, il
s'agirait de mentionner que le sel enrichi est à destination des
personnes de moins de 40 ans et que son utilisation doit être
déconseillée pour les nouveau-nés et les jeunes enfants ;
e)
L'introduction systématique de sel iodé dans l'industrie alimentaire à
destination humaine et animale. L'iodation du sel alimentaire devrait se
faire à un niveau relativement modéré (de l'ordre de 10 à 15 ppm
d'iode).
4.
la
nécessité de mettre en œuvre des mesures adéquates de surveillance de
l'efficacité et de l'innocuité des interventions finalement adaptées.
Parmi celles-ci, la vérification de la conformité des apports
alimentaires en iode dans les diverses denrées alimentaires concernées
(sel, aliments, compléments nutritionnels) et un suivi biologique et
clinique dans des groupes cibles représentatifs de la population belge.
Un comité permanent d'experts devrait être constitué qui organiserait
ces enquêtes régulières et rendrait compte au ministre de leurs
résultats tout en suggérant des adaptations éventuelles d'une ou des
mesures décrites ci-avant.
Les Académies royales
de Médecine souhaitent voir les autorités concernées, dont le ministère
de la Santé, prendre en considération dans les plus brefs délais ces
recommandations et mettre en œuvre le plus rapidement possible les
mesures d'application. Tout nouveau retard dans l'examen de ce dossier
irait à l'encontre d'une bonne politique de Santé en Belgique.
Ce rapport a été
approuvé par
l’Académie royale de Médecine de Belgique
en sa séance du 16 mai 1998