Concerne : Rapport et recommandations de l'Académie
royale de Médecine de Belgique et de la "Koninklijke Academie voor Geneeskunde van
België" concernant la consommation trop importante de sel en Belgique.
Les effets néfastes pour la
santé dun apport trop élevé de sel en Belgique et les moyens dy remédier
- Les dernières données connues concernant
lexcrétion urinaire journalière de sel (NaCl ou chlorure de sodium) en Belgique
datent de 1987 (étude Intersalt). Après correction en fonction de la créatininurie,
elles reflètent une consommation quotidienne de 10 g de sel chez lhomme et de 8,4 g
chez la femme. Idéalement, lapport alimentaire individuel de sel ne devrait pas
dépasser 6 g par jour chez lhomme et 5 g chez la femme. Ces normes, préconisées
par de nombreuses Instances internationales, pourraient être atteintes moyennant une
diminution de lapport global en sel denviron 40 %. En même temps que la mise
en oeuvre dactions contre lexcès de sel alimentaire, il serait utile de
suivre leffet favorable de ces mesures.
- Létude Intersalt a mis en évidence que
lélévation de la pression sanguine que lon observe chez le sujet âgé est
fonction de la consommation en sel. Dans le cadre de cette étude, la pression systolique
sélève en moyenne de 1,5 mm Hg entre 25 et 55 ans pour chaque gramme de sel
consommé en plus et cette élévation est encore plus marquée après 55 ans. Si cette
relation est causale, une réduction de la consommation de sel permettrait de prévenir ou
de limiter laugmentation de pression systolique avec lâge, habituelle dans
nos populations, et acceptée comme un important facteur de risque cardiovasculaire. Une
autre conséquence dun excès de sel est lincidence accrue du cancer de
lestomac. Le sel en solution hypertonique n'attaque pas seulement les papilles
gustatives mais endommage également la muqueuse de lestomac avec à la longue,
lapparition de gastrites atrophiques. Il est intéressant de signaler que
lapparition précoce des appareils frigorifiques aux Etats-Unis en même temps que
la modification des habitudes de conservation des aliments qui sen est suivie a,
dès 1925, fait baisser de manière appréciable la mortalité par maladie
cérébrovasculaire et par cancer de lestomac.
- La lutte contre un apport élevé en sel a également une
dimension sociale. Ce sont en effet les sujets appartenant aux classes les moins
favorisées qui ont lapport alimentaire en sel le plus élevé en raison du fait que
la plupart des aliments bon marché contiennent beaucoup de sel. Des études réalisées
en Belgique ont montré que les différences dapport en sel entre classes sociales
pouvaient atteindre 2 g par jour. A cela sajoute encore les effets secondaires de
certains conseils alimentaires où la diminution préconisée de lapport en
matières grasses doit être compensée par un apport plus élevé en glucides,
cest-à-dire en pain ou en produits à base de céréales, auxquels des quantités
relativement importantes de sel sont ajoutées lors de leur préparation. Si lapport
en sel via ces dernières denrées nest pas diminué, leffet favorable de la
diminution des matières grasses risque dêtre complètement annihilé. Une campagne
de promotion efficace pour une consommation accrue de pain ne peut se concevoir que si la
quantité de sel y ajoutée est diminuée.
- Au plan strictement thérapeutique, lefficacité de
la réduction de lapport en sel dans le traitement de lhypertension
artérielle chez certains sujets dits " sodium sensibles " a été
bien établie. Il a aussi été largement démontré que la réduction de lapport en
sodium augmente de manière très significative la réponse thérapeutique à la plupart
des médicaments antihypertenseurs. Cette mesure diététique permet soit, à réponse
égale, une réduction de la posologie des médicaments, soit, à doses égales, une
meilleure réponse thérapeutique.
- Les campagnes dinformation du public au sujet des
dangers dune consommation trop élevée de sel devraient être intensifiées.
Celles-ci seraient organisées au niveau communautaire et bénéficieraient du soutien
actif des media. Le Ministère de la Santé Publique devrait quant à lui prendre les
dispositions nécessaires pour entraîner une diminution progressive, séchelonnant
sur plusieurs années, de la quantité de sel ajoutée aux aliments commercialisés. Toute
campagne pour limiter lapport de sel alimentaire devrait être coordonnée avec les
mesures de prévention actuellement proposées, à savoir une limitation de lapport
calorique, une réduction de lapport en graisses saturées, un enrichissement des
rations alimentaires en fruits et légumes, labstinence du tabac, la limitation de
la consommation de boissons alcoolisées et la pratique dun exercice physique
régulier.
- Une collaboration active de lindustrie
agro-alimentaire et de la boulangerie est également primordiale pour atteindre
lobjectif visé. Des initiatives spontanées visant à une diminution globale de 25
% du sel contenu dans 4000 denrées alimentaires préparées viennent dêtre prises
par une grande chaîne de magasins dalimentation en Grande Bretagne. La quantité
moyenne actuelle de 1,2 g de sel par 100 g de pain frais en Belgique est inutilement trop
élevée. Certains produits à base de céréales recommandés au petit déjeuner
apportent jusquà 3 g de sel par 100 g. La situation est encore plus préoccupante
pour les charcuteries et certains fromages. Il convient également de diminuer la
quantité de sel ajoutée lors de la préparation des repas que ce soit à domicile ou
dans les restaurants et autres lieux où des aliments sont préparés. Enfin, la salière
doit être écartée de la table des repas. Il est bon de rappeler que la quantité de sel
naturellement présente dans les aliments avant toute préparation est suffisante pour
rencontrer les besoins en sodium de lorganisme humain.
Ce rapport a été approuvé par
lAcadémie Royale de Médecine de Belgique
en sa séance du 26 février 2000.
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